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Économie

Saudi Oger : l’insondable légèreté de la diplomatie libanaise

Liban - Diaspora

Si certaines chancelleries ont fini par prendre très au sérieux la crise sociale au sein du groupe de Saad Hariri, le palais Bustros semble avoir opté pour la politique de l'autruche vis-à-vis de ses ressortissants.

02/07/2016

Enfin, la lumière au bout du tunnel pour les employés de Saudi Oger ? Cela devrait du moins être le cas pour les 200 employés français qui, comme les dizaines de milliers d'autres du géant du BTP, ne reçoivent plus leurs salaires depuis fin 2015. Le 29 juin, l'ambassade de France en Arabie saoudite a annoncé, dans un communiqué, qu'une « solution serait en passe d'être trouvée (pour les salariés français) dans les tout prochains jours », suite à une rencontre à Paris entre le ministre des Affaires étrangères français Jean-Marc Ayrault et le vice-prince héritier, Mohammad ben Salmane.


Comme ses concurrents, le groupe de l'ancien Premier ministre Saad Hariri a été touché de plein fouet par la politique d'austérité affectant son client le plus important, l'État saoudien. Un contexte aggravé par la mauvaise gestion de plusieurs projets par la direction de Saudi Oger, selon plusieurs sources, qui n'ont pu toutefois donner plus de détails.


L'ambassade de France en Arabie saoudite ne souhaite pas commenter la nature de cette « solution » évoquée par le Quai d'Orsay. Ce n'est pourtant pas la première fois qu'elle se retrouve en première ligne dans ce dossier : il y a quelques semaines, elle confirmait à L'Orient-Le Jour avoir facilité le renouvellement des permis de séjour (iqama) des ressortissants français, bloqués pour tous les employés non saoudiens depuis que Saudi Oger ne verse plus de salaires. Les conséquences de ce blocage sont dramatiques : leurs comptes en banques sont gelés et ils ne peuvent pas obtenir de visa de sortie du pays. En février, l'entreprise avait promis de régulariser le versement des salaires dès le mois de mars. Annonce qui n'a pas été suivie d'effet. Contactée, Saudi Oger ne répond plus depuis des mois aux sollicitations de L'Orient-Le Jour.


D'autres pays se sont aussi attelés à la résolution du problème des impayés frappant leurs ressortissants. En mars, le gouvernement philippin avait indiqué à Reuters que son ambassade avait entamé des négociations avec les autorités saoudiennes. Des diplomates bangladais s'étaient également impliqués. À ce jour, aucune solution n'a toutefois été officialisée par ces ambassades.

 

(Pour mémoire : En Arabie saoudite, la colère gronde contre Saudi Oger)

 

« Ambiance détestable »
Entre expatriés, les rumeurs vont bon train concernant une éventuelle date de versement d'arriérés de salaire pour les Français. Et une question brûle toutes les lèvres : la récente « solution » diplomatique française pourrait-elle avoir des répercussions positives sur le paiement des salaires des autres employés étrangers ? « Pas sûr », confie laconiquement une source haut placée dans le gouvernement saoudien. Résultat : « L'ambiance est détestable. Il y a une animosité forte surtout de la part des Libanais, car apparemment ils ne peuvent pas se plaindre à leur ambassade », rapporte l'épouse d'un employé français de Saudi Oger qui a quitté l'entreprise depuis peu. Ils sont plusieurs milliers de Libanais à être concernés par cette crise.
L'un d'entre eux, non payé depuis octobre, rapporte ainsi à L'Orient-Le Jour qu'un collègue de la même nationalité a essayé, en sa présence, de joindre leur ambassade au téléphone il y a deux mois. « L'ambassade a seulement répondu que Saudi Oger traverse une crise financière. Nous avons essayé ensuite plusieurs fois de la rappeler, sans succès », précise-t-il. Un autre employé libanais raconte que lorsque plusieurs de ses collègues ont essayé de contacter l'ambassade, elle a indiqué que leurs problèmes ne « la concernaient pas ».
Contactée par L'Orient-Le Jour, l'ambassade du Liban dans le royaume a refusé de commenter cette affaire.

 

(Pour mémoire : Saudi Oger : après les retards de paiement, les licenciements ?)

 

Un problème politique ?
De son côté, le ministère libanais des Affaires étrangères évite aussi soigneusement de répondre aux questions concernant ses ressortissants salariés de Saudi Oger. Sollicité par L'Orient-Le Jour, le standard du ministère renvoie tout d'abord au bureau spécialisé sur les relations avec les pays arabes. Mais, selon ce dernier, c'est au service économique de répondre... Seulement, pour celui-ci, les problèmes des Libanais en Arabie saoudite sont d'ordre politique. Contacté plusieurs fois à son bureau, le directeur des affaires politiques du ministère, l'ambassadeur Charbel Wehbé, n'a jamais été disponible pour répondre à nos questions.
Et lorsque L'Orient-Le Jour a finalement pu interroger durant quelques minutes au téléphone la directrice du développement économique au ministère des Affaires étrangères au sujet de négociations éventuelles entre les gouvernements libanais et saoudien, celle-ci est restée évasive. L'ambassadrice Dona Turk a d'abord répondu « ne pas savoir » s'il y en avait eu, avant d'ajouter qu'il était « possible » qu'il « n'y en ait pas eu »... Le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, n'a pas non plus souhaité répondre à nos questions.
« L'une des raisons qui pourrait expliquer l'inertie du ministère des Affaires étrangères dans ce dossier est que toute intervention pourrait être interprétée comme une attaque de Gebran Bassil (CPL) contre Saad Hariri (Futur), dans un contexte de rapprochement potentiel des parties sur la question du déblocage de l'élection présidentielle », commente un observateur.

 

(Pour mémoire : Ces milliers d’expatriés libanais en Arabie qui attendent leur paye de Hariri...)


En attendant, « même s'il ne nous a pas plus aidés que l'ambassade jusqu'à présent, mieux vaut encore essayer de traiter directement avec le ministère du Travail saoudien », estime, amer, l'un des employés libanais. En début d'année, ce dernier a fini par permettre aux employés non saoudiens de changer d'employeur après trois mois de salaires impayés sans avoir besoin d'en demander l'autorisation à leur employeur d'origine. Un petit pas vers une solution globale qui tarde toujours à être trouvée pour l'ensemble des employés.

 

 

Pour mémoire
Les autorités saoudiennes mettent la pression sur l’entreprise de Hariri

Lutfi el-Zein Group acquiert les parts de Saudi Oger dans Medgulf

 

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VITESSE DE CROISIÈRE

Il se trouve que quand on a certains amis , on a vraiment plus besoin d'ennemis.

Hahahahahahahahah Ahahahah!!!!!!
On comprend pourquoi saad est de retour parmi nous , il vient faire les fonds de tiroir et finir ce qu'il nous reste au pays Hahahahahahah ......

TYAN Georges

Le Président Rafic Hariri doit se retourner dans sa tombe à une allure vertigineuse. Qu'a t'on fait de l'empire qu'il a bati, qu'à t'on fait de son héritage politique!!!
Dieu encore une fois l'ait en sa miséricorde.

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