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Libertés

Liliane Daoud à « L’OLJ » : Il ne m’est jamais venu à l’esprit qu’on se débarrasserait de moi de cette façon

La journaliste libano-britannique, présentatrice de l'émission politique « al-Soura el-kamila » sur une chaîne privée égyptienne, ONTV, est arrivée à Beyrouth après avoir été expulsée d'Égypte.

La journaliste libano-britannique Liliane Daoud, aux commandes de l’émission politique « al-Soura el-kamila ».

La journaliste Liliane Daoud, expulsée d'Égypte par les autorités du Caire qui lui reprochent d'être proche de l'opposition, a quitté la capitale égyptienne pour Beyrouth sur le vol d'EgyptAir qui a décollé mardi à 0h30, après quatre heures et demie de séquestration à la suite de son arrestation par les agents des services de renseignements du département de l'immigration.
Lundi en soirée, l'ex-mari de la journaliste, Khaled Berry, qui avait annoncé que huit hommes avaient emmené son ex-épouse vers un « endroit inconnu après lui avoir pris son téléphone et son passeport britannique », se trouvait chez elle pour prendre avec lui leur fille Joud, âgée de 11 ans.

« Les personnes qui m'ont arrêtée ont indiqué qu'elles allaient vérifier si mes documents de résidence étaient en règle, faute de quoi je serais expulsée. Or elles savaient très bien que mon employeur avait présenté tous les documents depuis avril 2015 et que les autorités responsables ne les finalisaient pas car elles voulaient effectuer de prétendues plus amples investigations avant de se prononcer », explique-t-elle à L'Orient-Le Jour.
« Mon arrestation est intervenue peu de temps après que la chaîne ONTV a changé de propriétaire et que la couverture dont je bénéficiais auparavant, en la personne de Naguib Sawiris (un milliardaire des télécoms qui a vendu la chaîne en mai 2016 à l'homme d'affaires Ahmed Abou Hashima, par ailleurs ex-mari de Haïfa Wehbé) n'existait plus, d'autant plus qu'il était en voyage », ajoute la journaliste.

« Depuis plusieurs mois déjà, j'étais la cible d'une campagne d'intimidation tant au niveau personnel qu'au niveau du choix des thèmes politiques retenus pour mon programme télévisé : on m'avait dressé une liste de sujets tabous à ne pas aborder, notamment le ministère de l'Intérieur, l'armée, les manifestations... Cela réduisait mon champ d'action et je n'obtempérais pas facilement, quitte à affronter la colère des responsables plus tard », raconte-t-elle.

 

(Lire aussi : « Ah tu es journaliste, c'est bien, tu travailles en immersion, c'est ce que tu cherches, non ? »)

 

« Nous avons évité le pire... »
« Il y a avait beaucoup de personnes qu'aucune chaîne n'acceptait de recevoir dans ses talk shows, mais qui pouvaient s'exprimer dans mon émission que j'ai tenu à garder ouverte à toutes les composantes de la société égyptienne, qu'elles soient prorégime ou de l'opposition », indique-t-elle. « Jamais il ne m'est venu à l'esprit qu'on se débarrasserait de moi de cette façon, devant ma fille, dans ma maison et avec cette rapidité et cette violence ! J'avais souvent pensé qu'après avoir quitté l'Égypte pour un voyage, on ne me permettrait plus d'y revenir, mais franchement expulser la mère d'une fille égyptienne, c'est aberrant et inconcevable », dit Mme Daoud.

« Nous avons évité le pire durant mon arrestation : ma fille a failli perdre sa mère et son père d'un seul coup, mon ex-mari s'était emporté et je me suis résigné à obéir aux ordres des policiers avant que ça ne dégénère. J'ai dû gérer la situation devant ma fille terrorisée par le cours des événements et qui n'a pas eu le temps de me dire au revoir », raconte-t-elle d'une voix triste. « Tout ce que j'ai réussi à lui dire, c'était de se ressaisir et de rester forte car il ne faut pas avoir peur des lâches qui se dressent contre la vérité et la justice », reprend-elle d'un ton déterminé, avec l'accent égyptien. « Ils ont confisqué mon téléphone portable, mon passeport, mon livret bancaire et m'ont forcée à réserver un billet d'avion. Et j'ai su plus tard que tous mes comptes bancaires ont été bloqués », dit Mme Daoud.

 

(Lire aussi : Consciente de ses tabous, la jeunesse égyptienne se met à en parler)

 

Sur les réseaux sociaux, les messages ont fusé de partout en signe de solidarité avec cette femme qui a choisi l'Égypte pour y vivre et qui est une farouche avocate des libertés publiques. Plusieurs internautes et collègues ont publié des messages dénonçant les mesures prises par le gouvernement égyptien à l'encontre de la jeune femme qui se dit « égyptienne par choix, par alliance et par maternité ».
« Ce qui me rend triste, ce sont les rumeurs qui ont été diffusées disant que je suis atteinte par le virus du sida et que c'est la raison pour laquelle j'ai été expulsée », reprend-elle. « J'ai choisi de vivre en Égypte définitivement après la révolution de 2011, c'est la patrie de mon cœur et le prix à payer est exorbitant », conclut-elle en remerciant « tous ceux qui l'ont soutenue dans ces moments difficiles ».

Depuis plusieurs mois, Liliane Daoud, ancienne journaliste par ailleurs de la BBC à Londres, était sous le coup d'une campagne ciblée de critiques sur les réseaux sociaux, où elle était accusée d'être proche de l'opposition.
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi est régulièrement accusé par les défenseurs des droits de l'homme d'avoir instauré un régime ultra-autoritaire qui réprime violemment toute opposition depuis qu'il a destitué en 2013 son prédécesseur islamiste Mohammad Morsi.

 

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La journaliste Liliane Daoud, expulsée d'Égypte par les autorités du Caire qui lui reprochent d'être proche de l'opposition, a quitté la capitale égyptienne pour Beyrouth sur le vol d'EgyptAir qui a décollé mardi à 0h30, après quatre heures et demie de séquestration à la suite de son arrestation par les agents des services de renseignements du département de l'immigration.

commentaires (2)

POUQUOI MADAME ? MECONNAISSIEZ-VOUS LES DEMOCRATIES (SIC) MOYEN ORIENTALES ???

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

22 h 40, le 29 juin 2016

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Commentaires (2)

  • POUQUOI MADAME ? MECONNAISSIEZ-VOUS LES DEMOCRATIES (SIC) MOYEN ORIENTALES ???

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    22 h 40, le 29 juin 2016

  • On ne nous dit pas tout. Cette journaliste mariée à un homme répondant au nom de Berry , ne pouvait être qu'une espionne au service du hezb résistant , ou tout au moins une espionne qui participe à la guerre chiite/sunnite au Caire , voyons ! Faut pas chercher midi à quatorze heures , Hahahahahahah ! !!!!!!

    FRIK-A-FRAK

    13 h 56, le 29 juin 2016