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Cinq temps forts dans les relations diplomatiques entre la Turquie et l’Allemagne (infographie)

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Malgré la reconnaissance du Bundestag du génocide arménien, Ankara et Berlin assurent que leur relation historique ne sera pas remise en cause.

06/06/2016

La Chambre basse du Parlement allemand, le Bundestag, a voté jeudi dernier une résolution qui reconnaît le génocide arménien, déclenchant la fureur de la Turquie, qui a rappelé son ambassadeur à Berlin pour protester contre cette "erreur historique" et menacé de prendre des mesures de rétorsion.

Les deux pays ont toutefois assuré que leur relation historique ne sera pas remise en cause.
Dans un effort apparent de maintenir la tension sous contrôle, le Premier ministre turc Binali Yildirim a insisté sur l'importance des relations avec l'Allemagne, où le porte-parole de la chancelière Angela Merkel a estimé que les liens avec la Turquie étaient suffisamment solides pour encaisser de tels désaccords.

Ces turbulences renforcent l'inquiétude au sujet de l'application d'un accord controversé entre l'Union européenne et la Turquie, porté par Berlin, qui a considérablement réduit l'afflux de migrants en Europe. Ankara menace de ne plus appliquer ce pacte, faute d'obtenir à ses conditions une exemption de visas Schengen pour ses ressortissants. La résolution du Bundestag arrive à un moment critique des relations entre Ankara et Berlin, qui se sont détériorées ces dernières semaines en raison du blocage sur l'accord sur les visas, qui fait partie du package deal plus large sur les migrants.

Si la résurgence des tensions entre les deux pays est scrutée de près en Europe, les observateurs estiment que, passée l'indignation, les liens pourraient s'en sortir sans trop de dommages. De fait, Ankara et Berlin sont liés par des intérêts économiques majeurs : leurs échanges s'est élevé en 2015 à 35 milliards de dollars et le secteur touristique turc, en pleine crise, a plus que jamais besoin des millions de visiteurs allemands.

Si la résolution du Bundestag constitue un pas supplémentaire vers une reconnaissance officielle par l'Allemagne du génocide des Arméniens, le texte n'engage pas le gouvernement de Mme Merkel.


Retour, en infographie, sur cinq temps forts des relations diplomatiques entre la première puissance économique européenne et l'ancien Empire ottoman.

 

 

 

A l'époque de l'Empire ottoman

Le rapprochement entre les deux pays, à l'époque de l'Empire ottoman et de l'Empire allemand débute dans les années 1880, notamment avec Guillaume II, dernier empereur allemand et neuvième roi de Prusse. Une coopération sur les plans économique et militaire naît alors avec à la clé des échanges de connaissances. L'armée prussienne forme l'armée impériale turque. Dans le cadre de sa Weltpolitik, Guillaume II tient à redonner à l'Empire, dépourvu de colonies, sa place sur la scène internationale. Les liens avec les Ottomans s'intensifient grâce au commerce. En 1915, les soldats allemands en lien avec l'armée turque sont témoins des massacres arméniens.


Le désaccord entre Hitler et İsmet İnönü

Bien que la Turquie ait tenté de tenir une position de neutralité au début de la Seconde Guerre mondiale, le deuxième président de la République de Turquie, İsmet İnönü, refuse de s'allier à l'Allemagne nazie. Une volonté marquée par la signature du pacte de non-agression, le 18 juin 1941, appelé Pacte d'amitié turco-allemand. La Turquie finit par déclarer la guerre aux régimes de l'Axe en février 1945.



Les Turcs d'Allemagne

Au sortir de la guerre, l'Allemagne de l'Ouest renoue avec son ancien allié. Le 30 octobre 1961, à Bonn, un accord d'immigration est signé et permet aux travailleurs turcs de migrer vers la République fédérale allemande. Les relations politico-économiques entre les deux pays s'accroissent après la chute du Mur de Berlin en 1989, mais l'accord d'immigration prend fin avec le premier choc pétrolier en 1973.
Environs trois millions de Turcs et Turco-Allemands vivent aujourd'hui en Allemagne, premier pays européen avec la plus grande communauté turque.


Des relations de plus en plus tendues

Lors de sa campagne, Angela Merkel, élue chancelière en 2006, se prononce contre une adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Les relations turco-allemandes se dégradent peu à peu et le débat sur la place des immigrés turcs dans la société allemande prend de plus en plus d'ampleur. L'Allemagne confirme son éloignement de la Turquie de l'ancien Premier ministre et actuel président, Recep Tayyip Erdogan, qui remet sur la table, à chaque déplacement diplomatique, la candidature d'Ankara à l'Europe.


La crise migratoire : une nouvelle donne pour la Turquie

Avec la guerre en Syrie et en Irak, la Turquie est redevenue un interlocuteur privilégié de l'Europe pour répondre à la crise migratoire. L'UE souhaitant réguler l'immigration se retrouve obligée de coopérer avec Erdogan. Afin de freiner cet afflux, Bruxelles et Ankara ont conclu un accord, entré en vigueur le 20 mars 2016, stipulant le renvoi en Turquie de tout migrant arrivé en Grèce depuis cette date et n'ayant pas fait de demande d'asile ou dont la demande a été rejetée. En contrepartie, l'UE a accepté de verser six milliards d'euros à Ankara et s'est engagée, pour chaque Syrien renvoyé, à en "réinstaller" un autre depuis la Turquie dans un pays membre, dans la limite de 72.000 migrants.
Un accord qui ne tient désormais plus qu'à un fil.


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Tant que ces 2 "alliés" otanistes trouveront leur compte , l'un en fourguant à l'autre ses bactéries et l'autre lui refiler du pétrole et du coton usurpé , on passera l'éponge sur pas mal de choses .

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