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Culture

Du bout des doigts, elle a pris le cœur des mélomanes en otage

festival al-bustan

À l'âge où les enfants s'amusent dans les bacs à sable, Gloria Campaner caressait déjà, par un geste naturel et instinctif, les touches blanches et noires d'un piano. Aujourd'hui, écouter (et voir) la pianiste jouer, c'est accepter l'envoûtement.

Danny MALLAT | OLJ
21/03/2016

Gloria Campaner a un grand sourire en forme de promesse d'amour. Sa musique est un message d'Eros. Lui faire honneur, c'est la partager et la porter en offrande. En cette nuit de la Saint-Joseph, elle a dédié son concert, dans la cadre du Festival al-Bustan, au père universel et à son père géniteur, son ange gardien qui l'a menée à bon port, après avoir traversé avec elle nombre de chemins escarpés.

Un piano plutôt qu'un vélo
Italienne, originaire de Venise, Gloria Campaner ne vient pas d'une famille de musiciens. Un père acteur de théâtre à la Commedia dell'arte, une mère paysagiste, elle grandit au sein d'une famille d'artistes, mais son talent, c'est au divin qu'elle le doit. À trois ans, elle se voit offrir un piano rouge et blanc, un jouet comme tant d'autres. Mais plutôt que de l'aborder comme un objet ludique et de l'agresser de ses petites menottes, Gloria en effleure tendrement les touches. Puis elle s'invente un jeu particulièrement amusant et prenant : suivre, sur le petit écran, les performances des grands pianistes et les imiter, les mimer à sa manière. Sa gestuelle, aujourd'hui, témoigne de cet apprentissage. Et son phrasé musical renvoie à sa détermination précoce...
Ayant remarqué son penchant pour la musique, ses géniteurs lui font essayer plusieurs instruments. Vu son jeune âge, le piano s'avère plus facile que le violon. Le choix était fait. « Le clavier vous répond à l'instant où vous l'approchez et que vous le touchez », affirme celle qui a offert son premier récital à cinq ans. La suite ? La cadette des cours de musique intègre le conservatoire de Bologne, suit des cours privés et fascine les professeurs qui l'accompagnent. À l'âge où l'on sillonne les rues du quartier à bicyclette, Gloria arpente les chemins – pour transcender son génie – accompagnée de son père. À 11 ans, elle se produit au sein de l'Orchestre philharmonique de Venise. Sa voie était tracée.

 

(Lire aussi : Tout le lyrisme de Shakespeare dans la voix d'Anna Kasyan)

 

Sur les chemins de la vie
Comment vivre une adolescence, un premier amour, les virées entre copains, un groupe de rock en formation avec ses amis musiciens et ne pas se laisser décourager par les préludes de Bach, et les exercices de Hanon et de Czerny ? Une parenthèse de jeunesse à 15 ans – où elle arpente les villes pour se produire au sein d'un groupe de jazz, reggae et musique contemporaine avec sa bande – durera le temps d'un amour de jeunesse. À 18 ans, elle abandonne ses pantalons de cuir noir, sa chevelure décolorée et reprend les rênes de son destin pour s'acheminer plus sûrement vers une carrière qui fera d'elle une pianiste hors nomes. Gloria Campaner ne délaisse pas pour autant ses études. Elle réussit à décocher une licence en littérature classique de latin et grec, un diplôme scientifique tout en suivant une éducation musicale en parallèle. Sa détermination et son assiduité ? C'est au soutien de ses parents qu'elle les doit, assure-t-elle aujourd'hui.

 

(Pour mémoire : Giorgio Croci et Gloria Campaner, un dialogue à quatre voix...)

 

Un message d'amour
Pour Gloria Campaner, la musique est un appel de l'intérieur, un besoin de communion aves les grands compositeurs, une urgence de tisser des liens profonds, une envie de créer des connexions avec le cœur des autres. Faire parvenir un message, avec beaucoup de loyauté envers soi-même et envers le public, ressemble, dit-elle, à l'écriture d'une belle histoire d'amour. L'amour, cette seule énergie qui nous garde en vie...
Lors de son concert à l'auditorium Émile Bustani, celle qui a glané de multiples récompenses – dont les prestigieux Paderewski, Prokofiev Special Award, Franz Liszt, ainsi que le European Prize for Culture – a pris le cœur des mélomanes en otage, pour les emmener tout près des étoiles.
En long fourreau blanc lamé, accompagnée de l'Orchestre de jeunesse d'Arménie sous la baguette de maestro Gianluca Marciano pour un programme « tout Beethoven », elle portait en elle la beauté des anges à qui elle souriait quand ses doigts glissaient et s'envolaient pour atteindre l'âme des mélomanes présents.
Gloire à Gloria Campaner, artiste qui envoûte, fascine et ensorcelle.

 

 

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