L’édito de Michel TOUMA

Contre vents et marées

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
14/03/2016

Le Liban a connu au cours de son histoire contemporaine deux principaux sursauts indépendantistes : en 1943 et en 2005. Une différence fondamentale a cependant marqué ces deux points d'inflexion majeurs. En 1943, l'indépendance et, d'une manière générale, le pacte national qui l'a sous-tendue ont été le fruit d'une entente au sommet entre deux leaders, Béchara el-Khoury et Riad el-Solh, qui avaient pour ambition d'édifier un État souverain, rassembleur, garant des spécificités et du pluralisme libanais. L'esprit du pacte ne bénéficiait pas cependant d'une vaste adhésion populaire transcommunautaire. L'idée d'un libanisme fondé sur le postulat du Liban d'abord, condition sine qua non à la recherche d'un équilibre politique durable et à la mise en place d'un développement équilibré, n'était l'apanage, dans une large mesure, que d'une seule des deux composantes communautaires du tissu social local.
En mars 2005, le schéma a été fondamentalement différent. La révolution du Cèdre – qui se concrétisera politiquement par la large coalition du 14 Mars, dont nous célébrons aujourd'hui même le 11e anniversaire – a été le fruit non pas d'un accord au sommet entre leaders, comme en 1943, mais d'une longue et lente maturation qui a abouti, pour la toute première fois, à une adhésion populaire pluriconfessionnelle au projet libaniste du Liban d'abord. Fait sans précédent, des bases populaires de différents horizons communautaires et sociaux se sont retrouvées autour d'un même projet politique, défendant une même ligne de conduite stratégique à l'égard des développements en cours sur la double scène locale et régionale.
Onze ans plus tard, et malgré ce qui peut se dire ici et là, le projet du 14 Mars, celui de la révolution du Cèdre, se maintient toujours – politiquement et médiatiquement – contre vents et marées, en dépit des tiraillements et divergences apparus au sein de la coalition. Et pour cause : le 14 Mars représente beaucoup plus qu'un simple rassemblement ou alliance entre des partis, factions et personnalités indépendantes. Il est l'expression d'une certaine vision du Liban, de son rôle et de sa vocation dans la région, bien au-delà des leaders et des partis. Il reflète une adhésion populaire plurielle à l'édification d'un État rassembleur, à la consolidation d'une culture de paix, une culture du lien, à la préservation du vivre-ensemble fondé sur le respect des spécificités et des libertés des diverses composantes nationales, parallèlement à la neutralité du pays vis-à-vis des conflits régionaux.
Qu'il y ait eu des couacs, des échecs, des options contradictoires, rien de plus normal. L'on a souvent tendance à ne pas voir, en effet, que les divers partis, courants et personnalités qui forment le 14 Mars ont chacun, et cela est totalement légitime, leurs propres calculs et intérêts spécifiques. On a suivi récemment, à titre d'exemple, l'ampleur des querelles de clans et l'étendue des clivages entre des courants antagonistes au sein de certains grands partis occidentaux, notamment en France et aux États-Unis, qui ont pourtant une vieille tradition de pratiques démocratiques.
Ces données objectives ne sauraient constituer toutefois une excuse à l'impasse dans laquelle s'est engouffré le 14 Mars. Certes, la marge de manœuvre de la coalition souverainiste se trouve sensiblement réduite par la ligne de conduite d'un parti surarmé dont le positionnement, le jeu politique et les alliances se situent dans un tout autre espace-temps que celui du Liban. Il n'en reste pas moins que les pôles et chefs de file de l'alliance peuvent bénéficier de suffisamment d'atouts et de soutiens pour ne pas se contenter de réagir simplement aux événements.
Face à l'arsenal militaire, à la violence morale ou physique et aux visées hégémoniques des puissances régionales, il n'est pas exclu, malgré tout, que l'action politique combative, l'arme médiatique et la mobilisation populaire puissent faire le contrepoids. Mais encore faut-il ne pas pousser trop loin les manœuvres partisanes et les querelles de personnes. Car les enjeux nationaux et stratégiques, voire existentiels, sont d'une portée indéniable, aussi bien dans le pays qu'au niveau régional, comme l'illustrent d'ailleurs, encore une fois, les attentats terroristes sanglants d'hier soir à Ankara et en Côte d'Ivoire. Il y va, dans un tel contexte de démence meurtrière généralisée, de la pérennité et de la raison d'être du Liban-message.

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Bery tus

Merci Mr Touma vous remettez les pendules a l'heure et surtout redonner l'histoire la vrai du liban !!

Gebran Eid

C'EST BIEN DE VOIR POSITIF, MAIS HÉLAS IL FAUT POTER DES JUMELLES POUR BIEN VOIR LA RÉALITÉ.

LA TABLE RONDE

Le Liban a connu au cours de son histoire contemporaine deux principaux sursauts indépendantistes : en 1943 et en 2005.

Et 2000 ???? libération d'une occupation barbare ??
Et 2006 ??? victoire sur une tentative de retour à l'occupation , avortée ???

Dites nous Mr Touma , vous aimez les crêpes bretonnes ?

Elles doivent être uniformément réparties sur le plateau à cuisson , sinon elles forment des dentelles avec des trous et pas belles à voir , même si pour vous et vos sympathisants elles resteraient bonnes .

C'est comme un tissu , même de qualité , mais troué , ça fait plus le même effet .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CHER MONSIEUR MICHEL TOUMA... JE VOUS RENVOIE A MA DIATRIBE D,HIER - L,OGRE ET LES HUMAINS- DANS L,ARTICLE : GEAGEA - LE 14 MARS SE PORTE MAL, MAIS IL DOIT POURSUIVRE SA MARCHE JUSQU,AU BOUT...
BONNE JOURNEE.

Halim Abou Chacra

Paroles de sagesse de M Touma. Ceux qui portent atteinte au "pluralisme libanais" et à la "vocation de neutralité du Liban vis-à-vis des conflits régionaux" sont des aventuriers irresponsables qui n'ont pas conscience de la nuisance gigantesque qu'ils causent à ce pays, leur pays.

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