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Diaspora - Retrouvailles

« Le jour où j’ai su que René Angélil était mon cousin... »

En 2000, Élie Sara et sa famille étaient loin de se douter que le célèbre agent artistique canadien et époux de Céline Dion était un cousin germain. Quelques semaines après sa mort, Élie se souvient d'un homme humble qui a tout fait pour retrouver sa famille libanaise.

Une photo des retrouvailles familiales en 2001. En haut, la mère et la sœur d’Élie Sara posent entre René Angélil et Céline Dion, à droite, on retrouve le beau-frère et le père d’Élie, Antoine. Élie et Marie Sara sont assis.

René Angélil (décédé le 14 janvier dernier), qui devait devenir le grand agent artistique de plusieurs stars majeures, notamment sa femme Céline Dion, est né le 16 janvier 1942 au Canada, d'un père d'origine syrienne de la seconde génération, Joseph Angélil (on ne sait si son nom était à l'origine Anjalil ou Abdel Jalil), et d'une mère libanaise, Alice Sara, émigrée dès son jeune âge au Canada (décédée dans les années 60). Quand il envoie une première lettre à celui qui n'est autre que son cousin germain, Antoine Sara (le père d'Élie), René Angélil est à la recherche de ses origines libanaises depuis longtemps déjà : il a été en mesure de retrouver la trace de ses proches demeurés au pays grâce à une enquête menée par un avocat à sa demande.


«En janvier 2000, mon père Antoine, un homme d'affaires basé alors en Afrique, reçoit une première lettre de René Angélil, raconte Élie Sara à L'Orient-Le Jour, lui-même businessman. N'ayant jamais entendu parler de lui, mon père a cru à un de ces messages d'arnaque et a laissé la lettre dans un tiroir sans en parler à personne. C'était sans compter la persévérance de René, qui a envoyé une autre lettre quelques mois plus tard. Intrigué, mon père m'en a parlé et je lui ai demandé qui était cet homme, estimant que sa quête était probablement sérieuse. C'est ainsi que les contacts ont commencé.»


Si la famille de René Angélil avait complètement perdu le contact avec les Sara du Liban, pourtant des cousins proches (la mère d'Alice, Nour, et le père d'Antoine, Ibrahim, sont frère et sœur), c'est parce qu'Alice Sara, qui a perdu son propre père très jeune, n'a pas gardé le contact avec sa famille libanaise. «Quand mon père a finalement appelé René, ce dernier était aux anges, se souvient Élie Sara. Pour lui, c'était clairement l'aboutissement d'un long processus, alors que de notre côté, nous étions simplement interloqués.»


Pour la famille Sara, l'incroyable histoire devait se poursuivre au Canada. «En juillet 2001, René Angélil et Céline Dion avaient programmé le baptême de leur premier-né, René-Charles, se souvient Élie Sara. Nous y avons été conviés. Mon père, ma mère, une de mes sœurs et son mari, ainsi que moi-même, avons répondu à l'invitation. L'enchaînement d'événements a commencé dès notre arrivée à l'aéroport: à une question sur le but de notre visite, notre réponse a d'abord étonné l'officier d'immigration. Mais à la vue de l'invitation écrite, celui-ci a tenu à prendre une photo avec nous, au vu de la notoriété du couple qui nous invitait. Le plus touchant, cependant, fut l'accueil que nous a réservé à l'aéroport Marie Sara, la tante de René. À 93 ans, elle n'était pas sortie de son domicile depuis plusieurs années, mais elle a tenu ce jour-là à faire le déplacement. Elle est tombée dans les bras de mon père, son propre cousin, et a fondu en larmes.»


Embarquée dans un impressionnant cortège, la famille Sara est emmenée vers un magnifique manoir à Montréal. «Toujours sous le choc de multiples émotions, nous avons vu René Angélil entrer dans la vaste pièce où on nous avait demandé de patienter, son bébé de six mois dans les bras, raconte l'homme d'affaires libanais. Il a dit, s'adressant surtout à mon père: "Enfin, me voilà réuni avec ma famille", avant de l'embrasser. Et c'est là que la ressemblance entre les deux nous a frappés. »

 

Un couple humble et très uni
Les Sara devaient progressivement découvrir un homme humble, aimant, profondément attaché à ses racines libanaises. Sa star de femme, Céline Dion, n'a pas fait preuve de moins de gentillesse à leur égard. «Je vous remercie d'avoir réalisé le rêve de mon mari de retrouver sa famille», leur dira-t-elle. «C'était un couple uni par un amour authentique, pas simplement devant les caméras, se souvient Élie Sara. Ce séjour était magique: ils vous invitent pour un thé et vous vous retrouvez en compagnie des plus grandes stars comme Garou ou Bon Jovi!»


Les dix jours qui ont suivi devaient rapprocher les cousins fraîchement réunis. Les Libanais de naissance ont décelé chez les fils d'émigrés ce besoin de renouer avec les racines, même s'ils ne parlent plus la langue et qu'ils ne se sont jamais rendus au pays de leurs ancêtres. Mais le rêve de René Angélil et de sa famille de visiter le Liban ne se concrétisera jamais. «Suite à notre séjour, René et Céline avaient prévu de se rendre au Liban pour une visite familiale et touristique, en octobre 2001, affirme Élie Sara. Les répercussions des attaques du 11 septembre, cette même année, les en ont empêchés. Durant toutes les années qui ont suivi, les craintes liées à la sécurité d'une star comme Céline Dion devaient constamment les dissuader de faire ce voyage.»


Les cousins sont cependant restés proches. «Nous nous parlions chaque mois, et nous nous sommes revus à plusieurs reprises hors du Liban, dit-il. À la mort de mon père, René Angélil était très triste et m'a réconforté avec des mots imprégnés d'émotion. Je l'ai revu une dernière fois cet été, à Las Vegas. Il allait déjà très mal, mais j'ai pu lui dire adieu et l'étreindre une dernière fois.»


Avec le départ de René Angélil, il est très probable que les relations entre résidents et émigrés de la même famille ne restent pas aussi étroites. «L'initiative des retrouvailles venait à la base de René, souligne Élie Sara. Il n'avait jamais cessé de ressentir de l'affection pour le Liban, il avait même fait baptiser ses enfants par des prêtres libanais. Aujourd'hui, je suis toujours en contact avec deux membres de la famille, Paul Sara, un cousin du défunt qui collaborait étroitement avec lui, et son fils aîné (d'un précédent mariage) Patrick Angélil. Je ne crois pas que ses plus jeunes enfants puissent ressentir le même attachement à leurs origines, un attachement qui peut s'estomper d'une génération à l'autre.»

 

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Cette page est réalisée en collaboration avec l'Association RJLiban.
E-mail : [email protected] – www.rjliban.com


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