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Économie

Financement du cinéma : vers un modèle libanais ?

Conférence

Une vingtaine d'investisseurs et de producteurs ont esquissé plusieurs pistes de réflexion, lors d'une table ronde à l'Institut français, pour répondre aux enjeux du financement du cinéma.

23/01/2016

Avec 31 films libanais produits en 2015, pour un investissement de 32,4 millions de dollars, contre une moyenne de 11 films par an entre 2006 et 2010, l'industrie cinématographique libanaise semble afficher une forme resplendissante, selon un rapport de l'Autorité de développement des investissements (Idal) sur ce secteur en 2015. Une santé d'autant plus étonnante que l'industrie locale reste confrontée à de nombreux problèmes de financement. C'est pour faire le point sur ces derniers qu'une table ronde a été organisée jeudi par le ministère de la Culture, en partenariat avec La fondation Liban Cinéma (FLC) et l'Institut français (IFL).

Car, si les entrées en salle constituent la source de revenus quasi unique de l'industrie, celles-ci ne sont pas suffisamment rentables pour assurer un financement viable. « Le producteur récupère environ 40 % des revenus générés par les entrées en salle. Mais le marché libanais en lui-même ne représente que 3 millions de tickets vendus, les films libanais représentant seulement 15 % des entrées, avec voire deux films "commerciaux" qui atteignent les 80 000 tickets vendus, contre environ 20 000 places pour le cinéma d'auteur », explique Pierre Sarraf, producteur et directeur associé de la maison de production Né à Beyrouth. Et, au Liban encore plus que dans d'autres pays, la distribution vidéo ne peut constituer une véritable source de recettes, les DVD piratés étant monnaie courante dans le pays. Les producteurs libanais peuvent donc envisager de coproduire avec des pays étrangers, comme la France, mais, seuls une dizaine de films ont été officiellement coproduits depuis l'an 2000, dont les films Et maintenant on va où ? et Le Cerf-volant.

(Pour mémoire : Idal promet de soutenir la production audiovisuelle au Liban)

Financement public ?
Alors, pour encourager les investisseurs, Idal offre des exonérations fiscales allant jusqu'à 100 % de l'impôt sur les bénéfices pendant 10 ans pour tout nouvel investissement de 400 000 dollars minimum dans le secteur cinématographique, accompagné de la création de 25 emplois. Pour assouplir ces critères d'éligibilité, Idal a soumis une proposition de loi en Conseil des ministres en mars 2015 afin d'abaisser le montant de l'investissement à 200 000 dollars. Il vise à exonérer de 50 % l'impôt sur les bénéfices dû par l'ensemble des sociétés de production enregistrées au Liban. Ce projet de loi attend encore d'être voté au Parlement. Reste qu' « avant d'en bénéficier, encore faut-il faire des bénéfices, et nous sommes bien loin de ce schéma », ironise Maya de Freige, présidente de la FCL.De plus, contrairement à la plupart des pays européens, la production cinématographique ne bénéficie pas de mécanisme public de financement : « Il n'y a aucune aide publique libanaise pour financer le cinéma d'auteur, la seule aide existante est fournie par le ministère de la Culture pour une dizaine de projets par an », note Maya de Freige. « Les moyens humains et financiers sont dérisoires au ministère de la Culture, personne n'est chargé du développement du cinéma libanais. Seule une commission a la mission de distribuer une petite somme d'argent pour financer la production locale, à hauteur de 170 000 dollars, ce qui est à mon avis lamentable », déplore le ministre de la Culture, Rony Araiji.

En France, le mécanisme de subventions du cinéma n'est pas financé par l'impôt, mais il met à contribution l'ensemble des acteurs du secteur à travers le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC). « Le CNC est alimenté par des taxes sur le prix des places de cinéma, sur les chaînes de télévision, sur les éditeurs et distributeurs de la télévision et sur les fournisseurs d'accès à Internet », explique Julien Ezanno, chargé de mission coproduction internationale au CNC. Un modèle qui enchante peu les chaînes de télévision libanaises : « Au Liban, la télévision peut seulement être utilisée comme un outil marketing, du fait du mauvais état financier du secteur audiovisuel », évacue le PDG de LBCI, Pierre Daher. Et, comme souvent au Liban, les acteurs sont assez réticents à l'idée d'attendre la participation du secteur public :
« Il faut trouver de nouvelles sources de financement, en passant par le secteur privé, qui est beaucoup plus réactif », lance Maroun Chammas, le directeur de Berytech, lors de la table ronde.

(Pour mémoire : Pierre el-Daher à « L’OLJ » : Il faut à tout prix sortir les chaînes de télévision des urgences)

S'inspirer du numérique ?
Les discussions ont donc très vite tourné vers l'exemple de la circulaire 331, émise en août 2013 et permettant aux banquiers d'injecter 3 % de leurs fonds propres dans « l'économie de la connaissance » et garantissant à 75 % le montant de ces investissements par la Banque du Liban (BDL). « Il faut un instrument financier spécifique au cinéma qui fonctionnerait sur le même modèle que cette circulaire », souligne Maya de Freige. Mais pour la directrice du bureau exécutif de la BDL, Marianne Hoayek, « la circulaire 331 peut s'appliquer à l'industrie du cinéma, mais seulement aux sociétés liées à ce secteur, qui utilisent les nouvelles technologies ». Elle a néanmoins annoncé la décision de la BDL d'inclure le secteur artistique, et plus particulièrement le cinéma, à ceux pouvant bénéficier des prêts subventionnés de la BDL à des taux d'intérêt très bas. Autre solution, s'inspirer de l'expérience de l'économie numérique pour le financement du cinéma : « Je propose de créer un fonds en premier lieu, car cela permet de réduire le risque en finançant plusieurs films, avec la possibilité d'avoir un succès sur dix, comme pour le financement des start-up. Si nous prenons cette initiative, la Banque centrale réagira sûrement et pourra alors y ajouter un mécanisme de garantie qui s'inspire de la circulaire 331 », suggère Maroun Chammas à la salle.

 

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