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Liban - Liban

Des tentes qui s’envolent et de la boue jusqu’aux genoux... Le calvaire des réfugiés syriens

Ils pataugent dans la boue, vivent dans le froid et craignent les tempêtes. Depuis cinq ans, les réfugiés syriens des camps informels du Liban se retrouvent presque seuls face à la nature.

Un tracteur tirant un camion-benne qui s’est embourbé dans le camp de Terbol.

Depuis cinq ans, chaque hiver, les réfugiés syriens des camps informels du Liban ont leur lot de catastrophes : des tentes qui s'envolent, des camps inondés, des familles qui tombent malades et des enfants qui se noient ou qui meurent de froid.
Depuis le début de 2015, plus d'une centaine de camps de la Békaa ont été relocalisés, et cela à la demande de l'armée libanaise pour des raisons de sécurité. Les réfugiés sont donc obligés de prendre leurs affaires et louer aux propriétaires libanais un autre lopin de terre agricole. Une terre noire fertile qui n'absorbe pas l'eau facilement.
Peu après la libération des militaires détenus par le Front al-Nosra, en novembre dernier, l'armée libanaise a pris la décision de déplacer seize camps, dans la région de Dalhamiyé, dans le caza de Zahlé, pour des raisons de sécurité. Ces camps étaient proches des casernes et des check-point militaires et la troupe craint qu'ils ne soient utilisés par d'éventuels terroristes pour des opérations dont elle serait la cible.

« La situation est alarmante dans trois des seize camps relocalisés », souligne Maria Assi, directrice exécutive de Beyond, dans un entretien avec L'Orient-Le Jour. « Les réfugiés de ces trois camps se sont déplacés juste avant la première tempête. Ils n'ont pas eu le temps de préparer leur camp pour l'hiver. Ils n'ont donc pas eu le temps de couvrir le sol d'une couche de gravats pour éviter la grosse boue ou de renforcer leurs tentes. Les premières pluies ont eu raison de leurs biens, notamment leurs matelas et couvertures qui ont été imbibés de boue et l'eau n'était pas encore prête pour qu'ils puissent laver et récupérer leurs affaires », dit-elle.
Invitée à commenter le déménagement des seize camps, elle souligne : « Cela s'est fait avec l'aide de l'Unicef, des ministères des Affaires sociales et de la Santé et de nos équipes présentes sur le terrain. » « Le problème qui se pose est celui des trois camps qui ont déménagé en dernier. Nous avons dû distribuer à nouveau des couvertures et des matelas », dit-elle.


(Pour mémoire : Human Rights Watch tance le gouvernement libanais, Beyrouth réplique vertement)


L'un de ces camps se trouve dans un champ agricole de Terbol. Mayssa, 10 ans, originaire du district d'Alep, se promène dans la boue et sous la pluie. Portant des espadrilles et un legging laissant entrevoir ses chevilles nues, elle affirme : « J'ai besoin de chaussettes, de pantalons, de pulls, de sous-vêtements. J'ai huit frères et sœurs, et nous dormons chaque trois sur un matelas, partageant une seule couverture. »
Son père et son frère aîné s'appliquent à renforcer encore la tente pour qu'elle tienne face à la tempête. « Il y a un mois, lors de l'une des tempêtes, la tente s'est envolée. On s'est levé à une heure du matin pour la remonter. Il pleuvait et il faisait froid », raconte-t-elle encore.
Mayssa attend que le Centre de protection pour les enfants et les femmes, un projet de l'Unicef et de Beyond, où elle passait du temps à jouer et à apprendre dans l'ancien camp, rouvre ses portes.

L'infrastructure des camps
Talal et Toufaha, les parents de la fillette, se plaignent que jusqu'à présent l'UNHCR ne leur a pas donné les coupons nécessaires à l'achat de mazout, comme c'était le cas au cours des deux dernières années.
« Nous ramassons des bouts de bois ou n'importe quel autre produit combustible, des chiffons par exemple », dit Toufaha alimentant un poêle de restes de bois pris dans une menuiserie. « Si quelqu'un tombe malade durant la pluie, nous ne pouvons même pas l'amener chez le médecin, car nous ne pouvons pas sortir de nos tentes à cause de la boue. On plongera dedans jusqu'aux genoux », ajoute-t-elle.
La famille, tous comme les autres réfugiés du camp, attend que les aides nécessaires arrivent et le que camp devienne plus vivable.


(Lire aussi : La contestation contre la politique d'austérité de l'Unrwa gagne en ampleur)


« Quand un camp doit être relocalisé, ce sont les réfugiés qui entreprennent le déménagement et ce sont eux qui négocient la location du terrain avec les propriétaires libanais. Certains décident de vivre auprès de proches dans d'autres camps déjà construits. Mais souvent, ce sont des camps entiers qui déménagent », indique de son côté, à L'Orient-Le Jour, Tatiana Audi, chargée de communication pour la Békaa de l'UNHCR.
« Une fois sur place, nous envoyons nos équipes pour recenser les besoins des réfugiés. Nous travaillons en coopération avec d'autres agences onusiennes, notamment l'Unicef », ajoute-t-elle. « Nous travaillons sur l'infrastructure des camps. Les travaux de revêtement du sol par du gravat doivent être effectués avant l'hiver. Il faut un sol dur et il faut ensuite tasser les cailloux ; cela ne peut pas être fait sous la pluie ou quand la terre est boueuse », explique-t-elle encore.
À Terbol, le camp qui abrite Mayssa, ses frères, ses sœurs et ses parents compte 90 familles, soient environ 750 personnes qui pataugent dans la boue à chaque coup de pluie.

 

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