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Diaspora

La moitié de la population de San Juan serait d’origine libanaise

Argentine

La ville a beaucoup compté dans l'histoire de l'émigration, et abrite l'un des clubs syro-libanais les plus anciens de ce pays.

Naji FARAH | OLJ
18/01/2016

Parmi les grandes étapes de notre voyage d'exploration en Argentine réalisé le mois dernier (voir notre édition du 21 décembre 2015) figurait la ville de San Juan, au nord de Mendoza près de la cordillère des Andes, où se trouve l'un des plus anciens et plus grands clubs d'Amérique latine fondé par des émigrés libanais à la fin du XIXe siècle.
Gravement endommagé lors du tremblement de terre qui détruisit 80 % de la ville en 1944, faisant plus de 10 000 morts, ce club avait été rapidement reconstruit par la communauté libanaise, appuyée par un homme d'affaires d'origine syrienne, d'où son appellation actuelle de Club syro-libanais.
La région de San Juan compte un demi-million d'habitants, dont la moitié serait d'origine libanaise. À une vingtaine de kilomètres du centre de la ville, ils ont érigé une statue réplique de Notre-Dame du Liban de Harissa, où ils se réunissent
régulièrement en famille.

Le droit à la nationalité libanaise par ascendance maternelle
Une plaque commémorative a été apposée sur le mur central de la grande cour du club en 1987, à l'occasion du centenaire de sa fondation: elle rend hommage «aux premières dames qui donnèrent naissance à la collectivité libanaise de San Juan », sur une période de 40 ans, de 1887 à 1927. Et elles sont au nombre de 102...
La liste est longue et d'un très grand intérêt (voir encadré). Nombre de personnes pourraient sûrement reconnaître dans la liste une de leurs grands-tantes, par exemple, comme Jihad Akiki Bacha, qui faisait partie de notre voyage en compagnie de son épouse Sylvie et de leur fille Jocelyne, attachée culturelle à l'ambassade d'Argentine à Beyrouth. En effet, Victoria Juri de Bacha n'est autre que sa tante maternelle, qui avait épousé le cousin paternel de son père. Un de leurs descendants, Juan Marun, a d'ailleurs été président du club.
Une consultation rapide de la «liste des premières dames» permet de constater à première vue que vingt-quatre d'entre elles, soit près du quart, ont été mariées à des Argentins dont les noms de famille n'ont pas de consonance libanaise. Un grand problème se pose alors, crucial pour l'avenir du Liban et de ses fils. Que dire aujourd'hui à leurs descendants? Qu'ils ne pourront jamais obtenir la nationalité libanaise car au Liban, pour des complications dues à l'afflux de réfugiés, notamment palestiniens et syriens, dont un certain nombre ont épousé des Libanaises, la loi ne permet pas qu'ils deviennent libanais?

La liste des femmes fondatrices de la communauté
Voici la liste des noms des femmes pionnières de la communauté libanaise de San Juan :
Rosa Simon de Abraham – Manny Abdo de Amado – Maria Carubin de Abdo – Catalina Carubin de Adem – Victoria Hazzen de Ahun – Eva Sales de Ahun – Isabel Zegaib de Ahun – Asma Naser de Assaf – Teofila Yadun de Avelin – Victoria Juri de Bacha – Latife Farjat de Barud – Kavila Neyar de Barud – Regina Tannus de Basil – Dehun Neyar de Bunader – Yamile Ganem de Caif – Soltani Carubin de Carubin – Teresa Samuel de Carubin – Mercedes Chabque de Cassab – Liza Issa de Cassab – Latife Hobeiska de Cordero – Zaime Sarquis de Cordero – Maria Assaf de Crim – Rosa Farjat de Chain – Ercilla Basil de Chaul – Maria Hazur de Darien – Ezin Fager de Daroni – Adela Trad de Daroni – Malaque Debes de Debes – Maria Nasser de Debes – Sara Bacha de Dorgan – Adela Jairarla de Elasche – Amelia Darien de Ene – Sofia Marun de Fagale – Dibe Wayne de Fagale – Meriena Nacussi de Fager – Zaizef Nohra de Fager – Afife Anture de Farran – Fahime Labaque de Flores – Asma Zaiden de Hadad – Haifa Daroni de Jalife – Victoria Fraifer de Jalil – Latife Garib de Janat – Sarife Badiz de Karam – FlorindaDaroni de Kenan – Victoria Sahlla de Labaque – Maria Salame de Labaque – Maria Chemali de Lopez – Maria Daroni de Luz – Faride Madcur de Madcur – Sara Salmuni de Abdala – Aurora Amado de Manzur – Teresa Marun de Marun – Juliette Mourad de Marun – Marien Nahin de Marun – Hala Zeid de Marun – Hamide Zeid de Marun – Zaide Zogbe de Marun – Rosa Abinader de Massut – Catalina Nacif de Massut – Maria Hadad de Mattar – Dibe Nakach de Mattar – Elisa Mure de Mayer – Marien Adem de Medawar – Rosa Darien de Moufarrel – Maria Nacusi de Nacif – Hala Elasche de Nacusi – Ana Saffe de Nacusi – Maria Amado de Nazara – Ines Naquer de Nefa – Juana Sarquis de Nollen – Alice Helou de Norte – Emilia Nahim de Norte – Maria Charbel de Peluc – Lucanda Posleman de Posleman – Tecla Posleman de Posleman – Sara Pure de Posleman – Nacira Sarrouf de Posleman – Maria Caif de Rached – Maria Posleman de Rachid – Caffa Avelin de Raed – Malaque Bacha de Raed – Cecilia Nacusi de Saffe – Marrun Seleme de Salame – Clide Yunes de Saleme – Sara Reochden de Sales – Susada Assaf de Salmuni – Maria Zogbe de Samaja – Malaque Hadad de Samat – Elisa Jairarla de Sapag – Rausa Posleman de Sarrouf – Regina Borges de Sefair – Manuela Nazur de Sefair – Yesmin Marun de Secin – Darife Cordero de Sossa – Felipa Mayer de Wassaf – Rosa Hadad de Yapur – Marta Fraifer de Zaiden – Cecilia Abinader de Zegaib – Maria Abinader de Zegaib – Rosa Chemali de Zegaib – Labibe Comait de Zogbe.

 

Vous avez dit « syrien-libanais » ?
Si le nom de Turcos était plutôt d'usage dans l'administration argentine, les multiples appellations d'Arabes, Syriens, Syriens-Libanais ou Libanais sont utilisées par nos compatriotes d'Argentine pour s'autodésigner. Le mot syrien-libanais revient le plus souvent, vu les mélanges qui s'étaient produits lors de l'arrivée des premiers émigrants, il y a 130 ans. Mais certaines familles n'arrivent toujours pas à faire la distinction entre les deux pays. Tel a été le cas de Salma Saad, originaire d'Amioun, qui nous accompagnait lors de notre visite à un vignoble de Saint-Raphaël, près de Mendoza : nous lui expliquons alors que si sa famille provient d'un village du Liban, ce n'est pas nécessaire d'ajouter « syrien » pour qu'il n'y ait pas de confusion, les deux pays étant indépendants depuis plus de 70 ans. À ce moment-là Nadim Saad, présent dans le groupe, s'écrie : « Ma famille aussi est originaire d'Amioun ! » Les liens sont établis, et Salma, dont les proches parents en Argentine forment une communauté de plus de 300 membres, promet de se rendre au Liban au printemps prochain.

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