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Le Liban en 2015

Les retombées de la crise syrienne affectent toujours l’économie

economie

Si le Liban a réussi à maintenir une relative stabilité sécuritaire compte tenu des conflits qui font rage à sa frontière, son économie, elle, tente de garder la tête hors de l'eau alors que le pays abrite le plus grand nombre de réfugiés syriens par habitant au monde.

05/01/2016

Alors que la Syrie entre dans sa cinquième année de guerre civile, la déstabilisation politico-militaire qu'elle a engendrée a largement contribué au ralentissement de l'activité économique du pays, sans compter la crise migratoire sans précédent à laquelle le Liban tente de faire face. « Le coût cumulé de la crise des réfugiés au Liban s'élève à 15 milliards de dollars, soit le tiers du PIB », avait déclaré le directeur général du ministère des Finances, Alain Bifani, en octobre dernier, lors des réunions d'automne de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI) à Lima, au Pérou. « Le Liban n'a reçu jusque-là qu'une aide de 17 millions de dollars, alors que ses infrastructures croulent sous le poids des réfugiés et que sa situation économique est catastrophique », avait-il ajouté en demandant un effort accru à la communauté internationale.

D'autant que ces aides ont un effet non négligeable sur l'économie, une étude du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et du HCR publiée en juin dernier estimant que les nouvelles dépenses engendrées par leur biais permettraient de dégager 1,3 % de croissance supplémentaire. Selon cette étude, « les 800 millions de dollars dépensés entre le troisième trimestre 2011 et le deuxième trimestre 2014 par quatre agences onusiennes (le Pnud, le HCR, le Pam et l'Unicef) se sont traduits en réalité par une injection de 1,28 milliard de dollars dans l'économie libanaise ».

Mais ces rentrées d'argent sont encore loin de pouvoir compenser totalement les pertes engendrées par la crise, car l'afflux de réfugiés a surtout exacerbé les faiblesses préexistantes des infrastructures libanaises. La BM avait estimé, dans son rapport de 2013 sur l'impact de la crise syrienne sur le Liban, que les dépenses nécessaires pour amener la prestation de services publics au niveau antécrise s'élevaient à 2,5 milliards de dollars, dont 1,1 milliard pour les infrastructures. « La guerre en Syrie entraîne des dépenses additionnelles d'un milliard de dollars par an et une baisse des revenus du pays de 1,2 milliard de dollars », avait déclaré de son côté Alain Bifani à Lima. Selon un rapport du FMI sur l'économie libanaise publié en juillet 2014, parmi l'offre de service public, c'est la fourniture en électricité qui a le plus été impactée par la crise syrienne. L'été dernier, l'écart entre l'offre et la demande en électricité avait atteint les 50 %, exacerbé par une forte consommation due aux chaleurs estivales et à la présence de réfugiés, selon le ministère de l'Énergie. Pourtant, cet écart reste surtout l'une des conséquences du manque d'investissement dans ce secteur : ils atteignent en moyenne 1,6 % du PIB entre 2010 et 2013, contre 6 % environ dans les pays de la zone Mena, selon le rapport du FMI.

Subventions et protectionnisme

Outre cet impact continu sur la demande domestique et les infrastructures, l'année 2015 a vu les retombées de la crise syrienne affecter plus particulièrement deux domaines d'activité, entraînant des réponses spécifiques des pouvoirs publics. Elle a d'abord achevé d'ébranler le commerce extérieur libanais, depuis la fermeture, en avril, du poste-frontière syro-jordanien de Nassib, dernier point de passage terrestre vers les pays du Golfe pour les produit agricoles et industriels. Cela s'est traduit par une baisse de 15,8 % des exportations sur les dix premiers mois de l'année, par rapport à la même période en 2014. Pour enrayer ces pertes, le gouvernement a chargé l'Autorité de développement des investissements (Idal) de mettre en place, en septembre, un plan de subvention de 14 millions de dollars destiné à compenser le surcoût de 25 % entraîné par la réorientation maritime – via l'Égypte et la Jordanie – de ces exportations pour les professionnels.

Le gouvernement a aussi tenté, en janvier, de répondre à l'impact de l'afflux de réfugiés syriens sur le marché du travail en durcissant les conditions d'octroi de permis de travail et de résidence aux Syriens. Ces mesures protectionnistes interdisent aux réfugiés d'exercer un emploi tandis que les Syriens non enregistrés au HCR sont seulement autorisés à travailler dans la construction, le gardiennage ou l'agriculture. Selon le dernier rapport semestriel de la BM, environ la moitié des Syriens présents au Liban occupent un emploi non qualifié ou semi-qualifié dans les trois secteurs précités, de manière informelle pour la quasi-totalité d'entre eux. « Le niveau de compétition de cette main-d'œuvre avec les Libanais peu qualifiés est encore flou, du fait que de nombreux Syriens (environ 300 000, NDLR) travaillaient déjà dans ces secteurs avant la crise. Ce sont donc ces derniers et les travailleurs étrangers non qualifiés qui payent le prix de cette nouvelle main-d'œuvre sur le marché, les employeurs libanais en profitant pour abaisser le coût du travail », note toutefois le rapport. D'autant que le revenu mensuel moyen d'un ouvrier syrien est environ 38 % inférieur au salaire minimum libanais (450 dollars). « Les Libanais disposant d'un fort capital culturel et financier n'ont pas vraiment été touchés par la crise et peuvent même en bénéficier, tandis que la situation de ceux au capital limité se détériore, en raison de la baisse des salaires et des opportunités d'emploi », ajoute le rapport.

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