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Attentats de Paris : Ils étaient sur les lieux, des Libanais témoignent

France

Tout avait commencé comme un vendredi soir ordinaire. Au programme, un dîner au restaurant avec des amis, un concert avec sa compagne, une sortie au Stade de France... Jusqu'à ce que des terroristes décident de faire tout voler en éclat, faisant d'une nuit parisienne un long cauchemar.

Quatre Libanais, dont certains ont été au plus près de l'enfer, nous ont livré leur témoignage.

15/11/2015

- 21H49, heure française, vendredi soir. Un tweet parle de "très nombreux coups de feu au Bataclan". Dans la salle de spectacle, où se déroule un concert de rock, plusieurs hommes armés à visage découvert ouvrent le feu aux cris de "Allah Akbar", et prennent les spectateurs en otage. Quelques heures plus tard, la police lance l'assaut. Dans cette salle de spectacle, elle découvre l'horreur : les terroristes ont perpétré un massacre, 82 personnes ont été tuées. Les quatre assaillants sont morts, dont trois en actionnant leur ceinture d'explosifs.

 

Devant un café près du Bataclan, un corps sur le trottoir. REUTERS/Christian Hartmann

 

 

 

"En traversant la fosse, nous avons dû enjamber des morts et des blessés"

 

Nadim*, un Franco-libanais, se trouvait au Bataclan ce soir-là avec sa compagne pour assister au concert des Eagles of Death Metal. "Nous étions dans la fosse, au milieu de la salle", explique-t-il. "Un peu avant 22h, nous avons entendu des détonations. Nous ne sommes pas habitués aux coups de feu, alors nous avons d'abord pensé qu'il s'agissait de pétards ou d'effets sonores qui faisaient partie du concert. Mais il ne nous a pas fallu longtemps pour comprendre ce qui se passait", poursuit-il, en cherchant un peu ses mots.
"Nous nous sommes immédiatement couchés à terre, alors que d'autres autour de nous tombaient, atteints par les balles. Nous étions comme des pigeons d'argile. Ma compagne et moi, nous étions en chien de fusil par-terre, ce qui nous a empêché de voir les assaillants. A un moment donné, nous avons entendu une détonation, du côté de la scène. Je n'ai pas su ce que c'était. Il y avait des fumigènes et la lumière des spots nous aveuglait. Heureusement que nous étions à terre, plus bas. Sinon, je crois bien que la déflagration nous aurait emportés", raconte ce quadragénaire, emmené par ses parents hors d'un Liban en guerre en 1975.

A un moment, se souvient-il, l'intensité des tirs a diminué. "On entendait des coups de feu séparés, suivis parfois de gémissements. Je me rappelle avoir pensé à cet instant : +Quand est-ce que ça va être notre tour+", continue Nadim, dont la voix, parfois, faiblit. "Chaque instant qui passait, je me disais que nous étions encore en vie, que nous tenions le coup. J'ai une seconde de plus à vivre, j'ai de la chance. Mais jusqu'à quand?". Partiellement caché par le corps d'une personne blessée, Nadim raconte avoir tenté de contacter la police à l'aide de son portable, mais sans succès. "Là, je me suis dit +c'est foutu+".

Nadim estime que la prise d'otage a duré environ une heure et demi. Une heure et demi pendant laquelle il est resté plaqué au sol, avec sa compagne, la peur aux tripes. "Le RAID (l'unité d'élite de la police nationale) est ensuite intervenu. Ils nous ont sortis de la salle les mains en l'air. Nous étions parmi les derniers, avant l'intervention de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention). En traversant la fosse, nous avons dû enjamber des morts et des blessés. Certains corps étaient ciselés par les impacts de balles", raconte Nadim. "En s'approchant des policiers, je pouvais distinguer leur regard incrédule. Ils avaient l'air anxieux aussi. Ils ont crié : +Mains sur la tête! Levez-vous doucement! Laisse ton portable!+". Ils craignaient que des assaillants se fassent passer pour des civils". Mais Nadim reconnaît que les policiers ont été "très professionnels".
Vers 23h30, les ex-otages se retrouvent dans la rue. "Nous avons couru", glisse la compagne de Nadim. "Nous nous sommes dirigés vers la rue Oberkampf, toujours les mains sur la tête, aux cris des policiers qui nous demandaient de nous dépêcher. Nous avons d'abord trouvé refuge dans un bar, puis on nous a transférés avec d'autres personnes dans la cour intérieure d'un immeuble. Les forces de l'ordre nous ont divisés en groupes. On nous a demandé d'attendre que le périmètre soit sécurisé".


Pendant tout le drame, Nadim est resté très calme : "un calme olympien, je ne comprends pas comment j'ai fait". C'est environ deux heures plus tard "que les nerfs ont lâché", dit-il.

Nadim et sa compagne résidant en banlieue parisienne, ils ont été accueillis, ce soir là, par la tante du Libanais, qui vit à Paris intra muros. Le soir même, Nadim n'a rien raconté à ses enfants. "Ce n'est que ce matin (samedi) que je les ai vus, après que mon ex-femme les ait préparés moralement".

Aujourd'hui, Nadim est reconnaissant d'avoir eu la vie sauve, mais pas en paix pour autant. "Je me sens coupable d'avoir survécu. Mais par dessus tout, je me sens coupable de n'avoir pu aider ou sauver quelqu'un".

 

*Le nom de la personne a été changé, à sa demande.

 

 

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"Nous nous sommes barricadés à l'aide de planches en bois"

Vendredi soir, Ralph*, 28 ans, dinait dans un restaurant à 300 mètres du Bataclan. Lorsque les personnes présentes ont commencé à recevoir les premières informations faisant état de tirs au Bataclan, tout le monde est sorti du restaurant. « Là, à la terrasse du restaurant, nous avons entendu des tirs et la police est vite venue nous demander de nous barricader à l'intérieur. C'est ce que nous avons fait à l'aide de planches de bois », raconte le jeune Libanais qui vit à Paris. Ils sont alors une trentaine, dans une petite salle au fond du restaurant, à patienter. « L'attente a duré quatre heures lors desquelles nous fumions et tentions de capter du réseau pour rassurer nos proches. Certains faisaient des blagues pour détendre l'atmosphère, mais nous étions très stressés, se souvient le jeune homme qui travaille dans la finance. Personnellement, j'étais évidemment stressé mais en tant que Libanais j'ai vécu pire... ».

Lorsque Ralph apprend que la police donne l'assaut, il sort du restaurant mais entend alors deux explosions. « Plus tard nous avons appris que c'était les deux jihadistes qui se sont fait exploser », précise-t-il. Il retourne donc au restaurant pour attendre le feu vert de la police. Alors qu'il habite juste à côté il préfèrera prendre un taxi et découvrira son quartier totalement quadrillé par les forces de l'ordre.

 

*Le prénom a été modifié à la demande de la personne interviewée.

 

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Les premières informations annonçant cette nuit cauchemardesque sont, en fait, venues du Stade de France. Entre 21h00 et 21h15, trois explosions retentissent autour de l'enceinte sportive, dans le nord de Paris, pendant le match amical France-Allemagne, disputé devant 80 000 spectateurs. Parmi les spectateurs, le Libanais Tony Baz, qui vit à Paris, et son fils.

 

Après la fin du match, des spectateurs attendent sur la pelouse, alors qu'une attaque a été perpétrée à l'extérieur de l'enceinte du Stade de France. AFP  / MATTHIEU ALEXANDRE

 

"Tout de suite, ce doit être l'expérience, j'ai senti qu'il y avait quelque chose d'anormal"

 

"Un peu avant 21h15, j'ai entendu une première déflagration. Tout de suite, ce doit être l'expérience, j'ai senti qu'il y avait quelque chose d'anormal, raconte-t-il à L'Orient-Le Jour. Quelques minutes plus tard, j'ai entendu une autre déflagration. A ce moment-là, j'étais certain qu'il ne s'agissait pas de feux d'artifices". Mais autour de lui, personne ne réagit, et le match se poursuit normalement. Un quart d'heure avant la fin du match, M. Baz décide de quitter le stade pour éviter les bousculades. A la sortie, il voit de nombreux policiers et énormément de voitures de police. « Ils avaient totalement quadrillé le quartier », explique-t-il. « Comme je suis habitué à ce genre de situations, je me suis dis qu'il y avait probablement eu un attentat mais je n'avais pas imaginé l'ampleur de la chose », confie-t-il. C'est son épouse qui lui apprend l'ampleur du drame. « J'ai couru pour prendre le métro, il y avait beaucoup de monde, mais pas encore de panique. Personne n'avait réalisé la gravité de ce qui se passait ».

Une personne a été tuée dans l'opération terroriste menée autour du Stade de France, ainsi que les trois kamikazes.

 

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"C'était la panique partout"

Céline Tuéni, 28 ans, se trouvait en visite à Paris, vendredi soir, quand a débuté la série d'attaques terroristes. "C'était la panique totale, il y avait des policiers partout, aucun taxi n'était libre. Les gens ne voulaient pas prendre le métro, de peur qu'une rame ne soit aussi la cible des terroristes", raconte la jeune femme.

"Nous, Libanais, nous sommes habitués à ce genre de situations, et nous sommes en fait plus tristes que choqués... Aujourd'hui, la peur règne partout. Les rues sont quasi-désertes, le métro aussi. Les magasins sont vides; Paris est extrêmement calme aujourd'hui".

 

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Le retour de mauvais souvenirs

Pour certains Libanais, les attentats perpétrés à Paris ont aussi fait remonter de mauvais souvenirs.

"Aujourd'hui (samedi), une scène a suffi à faire revenir un très mauvais souvenir, une expérience très douloureuse que j'ai vécue à Qana (Liban-sud)", raconte Mayssaloun Nassar, 30 ans, journaliste pour France 24.  "Aujourd'hui, à l'entrée des Urgences de l'hôpital Pompidou, j'ai vu sortir une mère et un père. La maman portait un sac en plastique dans lequel j'ai vu des vêtements, des chaussures. Il y avait aussi des traces de sang. Les vêtements de leur fis ou fille mort(e)  suite aux attaques terroristes. J'ai eu un flashback: les chaussures et vêtements des enfants libanais morts suite aux bombardements israeliens sur le village de Qana au Liban sud en 2006. La leçon à tirer de ce terrible moment est que le terrorisme n'a pas de nationalité ni de religion. Il faut le combattre partout et sans pitié".

 

 

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QUE LES GRANDES PUISSANCES SACHENT QUE SANS INTERVENTION MASSIVE TERRESTRE... EN LES BOUCLANT ET LES EXTERMINANT... ILS DEVRAIENT S'ATTENDRE À PIRES ACTIONS QUE CELLE DE BEYROUTH ET DE PARIS...

Halim Abou Chacra

Tous ces salauds de kamikazes crient "Allah Akbar", comme leur ont inculqué des cheikhs criminels qui les ont radicalisés et rendus fous. "Ce porc a ouvert sa chemise et crié "Allah Akbbar", disait bien un témoin qui a échappé du carnage de Bourj el-Barajneh. Ils commettent là une crasse erreur juste avant de se faire crever. Ils devraient crier "Chaitan Akbar" !

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