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Le Liban en deuil au lendemain de l'attentat de Bourj el-Brajneh

Terrorisme

Le double attentat a fait 44 morts et 239 blessés, selon un bilan encore provisoire de la Croix-Rouge libanaise.

OLJ/AFP
13/11/2015

Le Liban observait vendredi une journée de deuil au lendemain du double attentat-suicide, revendiqué par l'Etat islamique (EI), perpétré dans une rue commerçante bondée du quartier de Bourj el-Brajneh, dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah.

Le double attentat a fait 44 morts et 239 blessés, selon un bilan encore provisoire de la Croix-Rouge libanaise. Plusieurs des blessés sont dans un état critique, selon elle. C'est l'une des attaques les plus meurtrières dans les régions contrôlées par le Hezbollah.

Les hôpitaux ont commencé à remettre aux familles les corps des victimes et des centaines de personnes ont pris part aux funérailles, alors que les écoles, universités et administrations publiques avaient fermé leurs portes. L'une des victimes fait figure de héros. Selon la presse et ses proches, Adel Tarmous a payé de sa vie le fait d'avoir empêché un kamikaze de pénétrer dans une Husseiniyé, lieu de culte chiite.
Hussein Soukeini, 35 ans, était le voisin d'Adel Tarmous. "Après la première explosion où j'ai été blessé, j'ai vu Adel courir derrière un homme qui se dirigeait vers la Husseiniyé et le pousser de force sur le côté", raconte-t-il à l'AFP. "La deuxième explosion a eu lieu quelques secondes plus tard".

A Taloussa, son village d'origine au sud Liban à quelques kilomètres seulement de la frontière avec Israël, la dépouille de M. Tarmous a été enveloppée avec le drapeau du Hezbollah. Son geste a été qualifié d"acte héroïque" par le maire du village et son portrait a été érigé aux côtés de celui de son cousin, "martyr" du Hezbollah en Syrie.
Selon l'Agence nationale d'information (ANI), d'autres funérailles ont eu lieu dans le sud du pays, la banlieue-sud et la plaine de la Békaa (est).

 

 


Les enquêteurs sur les lieux du drame
A Bourj el-Barajneh, les drapeaux jaunes du Hezbollah et ceux verts du mouvement Amal étaient accrochés sur le lieu de l'attentat tandis que des bulldozers nettoyaient la rue jonchée de gravas et de bris de verre.

Les enquêteurs ont poursuivi de leur côté l'examen des lieux du drame où se sont rendus dans la matinée le procureur général Samir Hammoud et le juge Sakr Sakr.
Samir Hammoud a indiqué qu'il ressort de l'enquête préliminaire que la première déflagration était le résultat de l'explosion d'une moto piégée bourrée de sept kilos d'explosif, actionnée par un kamikaze. La seconde déflagration a été provoquée par une ceinture de deux kilos d'explosifs.
Par ailleurs, les deux juges ont déclaré que la présence d'un troisième kamikaze n'a pas encore été établie.

La veille, l'armée libanaise avait indiqué que deux kamikazes ont successivement fait détoner leurs ceintures explosives dans le quartier de Bourj el-Brajneh et un troisième terroriste qui n'a pu faire exploser sa ceinture a été retrouvé mort. Mais l'EI, tout en parlant de deux attaques, a fait état d'un seul kamikaze dans un communiqué. "Des soldats du califat ont réussi à faire exploser une motocyclette piégée contre un rassemblement de 'rafida'", terme péjoratif désignant les chiites, puis "un de nos combattants a fait détoner sa ceinture explosive au milieu du groupe". En décrivant les explosions, un témoin a dit penser que "c'était la fin du monde".

 

(Lire aussi : « Ce porc a ouvert sa veste en hurlant Allah Akbar ! »)

 

Mesures sécuritaires
Par ailleurs, une réunion sécuritaire, présidée par le Premier ministre, Tammam Salam, en présence notamment des ministres de l'Intérieur, Nohad Machnouk, de la Défense, Samir Mokbel, des Finances, Ali Hassan Khalil et de la Santé, Waël Bou Faour, s'est tenue au Grand Sérail, siège du gouvernement. Le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Jean Kahwagi, était également présent à cette réunion.

Dans un communiqué publié à l'issue de la réunion sécuritaire, les ministres et les responsables des services de sécurité présents ont assuré que toutes les dispositions avaient été prises pour préserver la sécurité du pays. Le ministre de la Justice, Achraf Rifi, a indiqué à l'issue de la réunion sécuritaire que le dossier de l'attentat de Bourj el-Brajneh sera transmis à la Cour de justice après avoir été examiné par le Conseil des ministres. Par ailleurs, le ministre de la Défense, Samir Mokbel, a assuré que "l'ensemble des services de sécurité oeuvrait à préserver la paix civile".
Le secrétaire général du Haut Comité de Secours, le général Mohammad Kheir, a donné vendredi ses directives pour débuter l'évaluation des dégâts. Il s'est également engagé à trouver des logements aux habitants du quartier dont les maisons ont été endommagées.

Au lendemain de l'attentat, d'imposantes mesures de sécurité ont été prises, notamment autour des mosquées en ce vendredi, jour traditionnel de prière pour les musulmans. Des soldats de l'armée libanaise se sont déployés autour des lieux de culte à Tripoli, au Liban-nord et à Saïda, au Liban-sud.


Cette attaque, la plus meurtrière commise par l'EI au Liban, a été condamnée par les Etats-Unis, la France et l'Onu. Le drapeau de la Finul a été mis en berne vendredi à Naqoura, en signe de deuil. La veille, à l'étranger, le président français François Hollande avait exprimé son "effroi" et son "indignation", dénonçant un "acte abject". Washington a dénoncé des "actes terroristes horribles". De son côté, le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a condamné un "acte méprisable", appelant les Libanais à "continuer d'oeuvrer pour la sécurité et la stabilité" du pays.

(Chronologie : Les principaux attentats au Liban depuis le début du conflit en Syrie)

Vengeance de l'EI
Il s'agit du premier attentat contre un fief du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth depuis juin 2014, lorsqu'un agent de sécurité avait été tué en empêchant une attaque.
L'EI avait pour la première fois revendiqué en janvier 2014 un attentat contre un fief du Hezbollah au Liban qui avait fait quatre morts mais l'attaque de jeudi est la plus sanglante contre un fief du parti chiite depuis son implication début 2013 dans le conflit syrien.

Entre juillet 2013 et février 2014, il y a eu neuf attaques contre les fiefs du Hezbollah ou des régions fidèles à ce mouvement, la plupart revendiquées par des groupes extrémistes sunnites. Ceux-ci avaient présenté leurs attaques comme une "vengeance" à la décision du Hezbollah d'envoyer des milliers de ses hommes combattre en Syrie au côté du régime Assad contre les rebelles et les jihadistes, en grande majorité des sunnites.

Le Hezbollah chiite combat au côté du régime de Bachar el-Assad les rebelles et les jihadistes, dont l'EI en Syrie, déchirée depuis plus de quatre ans par un conflit dévastateur qui a fait plus de 250.000 morts.

Il y a moins d'un mois, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah avait de nouveau défendu son implication en Syrie, en parlant d'"une bataille essentielle et décisive". La présence du Hezbollah en Syrie "est plus importante que jamais - qualitativement, quantitativement et en matière d'équipement", avait-il dit. "Sans la combativité sur le terrain face à Daech et ses alliés (...) qu'en serait-il de la région aujourd'hui, en Irak, en Syrie et au Liban?", avait-il poursuivi, utilisant un acronyme en arabe de l'EI, lequel occupe la moitié du territoire syrien.
D'après le dernier bilan donné par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 971 membres du Hezbollah ont trouvé la mort en Syrie.

 

 

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