L'ex-gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, lors d'un entretien avec l'AFP en décembre 2021, alors qu'il était encore à la tête de l'institution. Photo AFP
C'est un nouvel épisode presque rocambolesque qui s'est ajouté au feuilleton judiciaire sans fin que connaît l'ex-gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, poursuivi au Liban et à l'étranger dans plusieurs affaires portant sur des faits présumés de corruption.
Attendu à une audience fixée jeudi par le parquet de cassation dans le cadre d'une plainte déposée contre lui et l'ex-PDG de Bank Audi, Samir Hanna, par l'actuel gouverneur de la banque centrale, Karim Souhaid, Riad Salamé a été autorisé par le procureur général près la Cour de cassation, le juge Ahmad Rami el-Hajjar, à ne pas se présenter alors qu'il était en route et faisait l'objet d'un mandat d'amener, selon les informations d'une source proche du dossier.
Les avocats des deux parties ont été informés de ce revirement après coup.
Riad Salamé devait être interrogé par l'avocate générale près la Cour de cassation, Samaranda Nassar, désignée par le procureur. Selon nos informations, son avocat, Wassim Ghaoui, avait auparavant présenté une excuse médicale, qui a été refusée par le parquet, lequel a lancé un mandat d'amener à son encontre, conduisant les services sécuritaires à se rendre jeudi à sa résidence pour exécuter les instructions, sans que l'on sache à ce stade s'il s'agit de sa résidence principale de Rabieh (Metn) ou de sa résidence secondaire de Safra (Kesrouan). N'ayant trouvé personne sur les lieux, les agents ont pris des photographies de l'extérieur de l'habitation et les ont transmises au procureur à titre de compte rendu. Entre-temps, M. Salamé avait pris la décision de comparaître volontairement. Sur le trajet, il se serait senti mal et aurait contacté le parquet pour lui indiquer que sa tension était montée à 23 et qu'il avait besoin d'être examiné par un médecin. Le procureur lui en a accordé l'autorisation. M. Salamé aurait été admis au service des urgences d'un établissement hospitalier.
On ignore encore à ce stade, si l'audience sera ajournée ou reportée à plus tard dans la journée. Le parquet a prévu d’examiner le rapport médical afin de vérifier si le malaise invoqué par Riad Salamé, alors qu'il se rendait au Palais de justice de Beyrouth, est avéré. À l'issue de cet examen, il pourrait alors décider de reporter l'audience, ou de clore l'enquête pour décider d'éventuelles poursuites contre l'ancien gouverneur.
Karim Souhaid occupe le poste de gouverneur depuis le printemps 2025. Il avait été nommé après un intérim de près de deux ans assuré par le vice-gouverneur Wassim Manssouri après la fin du mandat de Riad Salamé, considéré comme l'un des principaux responsables de la crise financière qui a éclaté dans le pays à la fin de 2019.
Sa plainte, déposée en janvier dernier, porte sur des titres que la BDL aurait souscrits dans des sociétés et dont les garanties auraient été constituées par des actions de Bank Audi. Ces opérations présumées auraient causé d'importantes pertes financières en plaçant des fonds de la banque centrale auprès d'entités qui se seraient révélées par la suite fictives ou en difficulté financière.
Le procureur a décidé d'interroger Riad Salamé après un premier tête-à-tête avec Samir Hanna. Ce dernier a en revanche comparu lors de son audience, jeudi.
Fin septembre 2025, Riad Salamé avait été libéré contre une caution de 14 millions de dollars par la même Chambre d’accusation, après avoir été incarcéré depuis septembre 2024 dans une autre affaires ipliquant la BDL et Optimum Invest. Son état de santé s'est considérablement dégradé pendant cette période, selon nos sources.


