Au moment où certaines figures de la communauté libanaise orthodoxe faisaient circuler des pétitions interprétées par la Rencontre orthodoxe comme une condamnation de "l'intervention militaire russe en Syrie", la « Rencontre orthodoxe » a invité l'ambassadeur de Russie Alexander Zasypkin à donner une conférence sur la politique russe dans la région. L'ambassadeur a affirmé que le sort du président syrien n'a pas été évoqué à Moscou et que son pays mène une guerre contre le terrorisme tout en favorisant le dialogue intersyrien sur la base du communiqué de Genève. Selon lui, la Syrie restera un État laïc souverain qui rassemble toutes les composantes sociales.
Le secrétaire général de la Rencontre orthodoxe, Marwan Aboufadel, a prononcé un mot de bienvenue dans lequel il a rejeté toute volonté de diviser la communauté orthodoxe, rappelant que le communiqué du patriarche orthodoxe a mis un terme à la polémique interne.
De son côté, l'ambassadeur de Russie a expliqué l'évolution de la situation internationale et la politique de son pays depuis la chute du mur de Berlin. Selon lui, les années 1990 ont constitué une période charnière avec la chute du Pacte de Varsovie et celle de l'URSS. Il y avait alors des occasions pour établir de nouvelles relations internationales sur une base commune sécuritaire et économique. Mais le camp occidental s'est estimé vainqueur et n'a pas voulu établir des relations équilibrées. La Russie voulait l'avènement d'un monde multipolaire et pluraliste. Mais cet objectif était difficile à atteindre tant qu'il y avait un déséquilibre dans le rapport de force. Toute la politique du président Vladimir Poutine s'articule donc autour de la volonté de rétablir l'équilibre entre les différentes forces internationales, surtout après l'expansion de l'Otan et de l'Union européenne, au point de placer la Russie devant un choix crucial : avec ou contre elles. « Les révolutions colorées » étaient donc aux yeux des Russes une utilisation des problèmes internes des pays pour atteindre des objectifs stratégiques, et changer les régimes en place, les dirigeants et les alliances. Même chose au Moyen-Orient, où toutefois certains nouveaux alliés de l'Occident se sont montrés inefficaces, et finalement, on a assisté à une montée des courants radicaux. Au départ, cela faisait partie de la stratégie de l'Occident qui se résumait à l'instauration d'un « chaos constructif », mais très vite ces courants radicaux se sont amplifiés au point de devenir un phénomène dangereux pour tout le monde.
Selon l'ambassadeur de Russie, son pays a rapidement perçu la menace que représentaient ces mouvements radicaux et il a choisi pour la circonscrire d'établir de bonnes relations avec son entourage, d'un côté, et d'élargir son éventail de relations, de l'autre. Dans un discours important prononcé à Munich en 2007, Vladimir Poutine avait lancé l'idée d'un partenariat avec l'Occident, mais sur des bases égalitaires. Les événements de Libye ont été un tournant : se sentant flouée, la Russie, par la voix de son président de l'époque Dmitri Medvedev, a déclaré que son pays n'acceptera pas une réédition du scénario libyen en Syrie.
Selon l'ambassadeur, la Russie a donc eu une politique constante dans la région, coopérant avec les États en place contre le terrorisme. C'est donc cette même politique que la Russie applique en Syrie. Il y a même eu, à un moment, une initiative américano-russe, mais les Américains l'ont suspendue après les événements d'Ukraine. La Russie a malgré tout poursuivi ses efforts en vue d'une solution politique, et elle a organisé deux réunions de dialogue entre des représentants de l'opposition et du régime à Moscou. L'aspect positif de ces réunions est de maintenir vivace l'espoir d'une solution politique. Toutefois, les développements les plus importants restent sur le terrain syrien. Les États-Unis ont monté une coalition pour lutter contre l'EI et les Russes ont refusé d'y participer car elle ne bénéficiait pas d'une couverture de l'Onu. Par contre, l'intervention russe se base sur une résolution de l'Onu portant sur la lutte contre le terrorisme. Mais elle ne signifie pas que l'opération politique s'est arrêtée.
Pour les Russes, le plafond est toujours celui du communiqué de Genève. Il y a à ce sujet des interprétations différentes. Les États-Unis estiment que dans l'esprit du communiqué, le président syrien doit partir. Les Russes, eux, rappellent que cela n'est nulle part mentionné dans le texte. Selon l'ambassadeur, les Russes ont donc demandé aux Américains s'ils étaient d'accord pour le maintien de l'État syrien et de ses institutions, et lorsque ces derniers ont répondu par l'affirmative, les Russes ont rappelé que dans le système syrien, le président est la tête de l'édifice étatique. S'il s'en va, tout risque de s'effondrer. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé dans d'autres pays de la région...
L'ambassadeur a aussi affirmé que la visite du président Assad à Moscou a été certes consacrée aux développements militaires sur le terrain, mais il a été aussi question du processus politique et de la participation des composantes de la société civile au pouvoir.
En réponse à une question, l'ambassadeur de Russie a expliqué que la coordination avec les Israéliens vise à éviter des frictions avec les pays dont l'aviation est présente dans le ciel régional. À une question sur la protection des minorités qui peut devenir une menace pour elles, Zasypkin a déclaré que son pays n'a pas une approche confessionnelle dans la région et qu'il prône la coexistence entre toutes les parties dans le cadre de structures étatiques qui les rassemblent. La Russie n'est donc pas avec les petites entités confessionnelles dont elle ne voit pas comment elles pourraient survivre.
En réponse à une question sur le sort du président Assad, Zaspykin a estimé que cette question n'a pas été évoquée dans le cadre du dernier sommet de Moscou, pour la simple raison qu'elle ne figure pas dans le communiqué de Genève. Il a répété que la Russie est avec le maintien en place des régimes au Moyen-Orient, précisant qu'il n'y a pas de régime juste à cent pour cent. De plus, attaqué, un régime riposte souvent dans la violence, même s'il est injuste de faire assumer au régime syrien la responsabilité de toutes les victimes et des réfugiés syriens...
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Syrie : la diplomatie dans tous ces États


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
a-t-il reconnu, tout en soulignant également l'impact du Printemps arabe et le fait que l'EI a démarré depuis la Syrie et non l'Irak. juste pour vous rappeler cela madame Haddad !!
13 h 36, le 25 octobre 2015