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Ce qu’a d’inquiétant l’intervention de Poutine en Syrie

Le président russe Vladimir Poutine. Sergei Karpukhin/Reuters

C'est entendu : il n'y a pas de bonne solution en Syrie.
Plus exactement : il n'y a plus de bonne solution depuis ce samedi noir de la fin août 2013 lorsque l'opposition modérée avait encore une existence, lorsque l'État islamique n'était pas encore sorti des limbes et lorsque Barack Obama en une stupéfiante volte-face renonça, in extremis, à stopper la machine de guerre de Damas qui venait de franchir la ligne rouge, qu'il avait lui-même fixée, de l'utilisation des armes chimiques.
Mais il n'empêche.
Dans l'enfer des mauvaises solutions, il y en a une qui est plus mauvaise encore et qui est probablement même la plus mauvaise de toutes : c'est celle de Vladimir Poutine.

1. Les Sukhoi russes ont visé, en priorité, les régions d'Idleb, Homs et Hama qui sont des zones où, selon tous les observateurs indépendants, Jihadwatchers et autres lanceurs d'alerte qui scrutent les vidéos mises en ligne par les autorités russes elles-mêmes, n'est pas implanté l'État islamique. Ce qui veut dire que leur premier objectif n'était pas les jihadistes, mais l'ensemble de l'opposition, notamment démocrate, au régime de Bachar el-Assad.

2. Le but à peine dissimulé de cette intervention n'est pas, à partir de là, de contribuer à cette « lutte contre le terrorisme » qu'invoquent les éléments de langage du Kremlin, mais de remettre en selle, coûte que coûte, le régime qui l'a enfanté. Plus précisément, il est de sauver, après l'avoir soutenue à bout de bras, une dictature dont la diplomatie américaine et française a parfaitement raison de dire qu'elle est responsable, non seulement de la montée en puissance d'un Daech qui était la dernière carte de Bachar pour apparaître aux yeux du monde comme un moindre mal et un rempart, mais de la mort des 260 000 hommes, femmes, enfants victimes de sa folie criminelle.

3. Dira-t-on que le passé c'est le passé et que, compte tenu du désastre général, l'intervention russe aura au moins le mérite de stopper le processus ? Non. Car l'offensive se faisant à la Poutine, c'est-à-dire selon des méthodes éprouvées lors des deux guerres de Tchétchénie et dont le moins que l'on puisse dire est qu'elles ne s'embarrassent guère des procédures et précautions en usage dans les armées occidentales, sa première conséquence sera, non de diminuer, mais d'augmenter le nombre des morts civils. Le monde s'est ému à juste titre de la terrible bavure américaine de Kunduz, en Afghanistan. Combien de Kunduz syriens seront-ils à déplorer du fait des frappes aveugles de l'aviation russe ? Combien de nouveaux carnages si l'on continue (ce n'est qu'un exemple, mais qui en dit long sur la tactique de Moscou) de privilégier les bombes gravitaires sur les missiles guidés ?

4. Les réfugiés. Comment peut-on croire une seule seconde que la méthode Poutine soit de nature à atténuer la tragédie des réfugiés? En poussant des dizaines de milliers de nouveaux civils à fuir ses frappes indiscriminées, en déblayant la voie aux escadrons de la mort d'un régime qui donnait, ces derniers mois, ses premiers signes d'essoufflement, en ruinant, enfin, les derniers espoirs que l'on pouvait nourrir quant à la création, au sud de la Jordanie et au nord de la Turquie, de sanctuaires ou de zones tampons dignes de ce nom, Poutine aggrave encore la crise et jette sur les routes de l'Europe les derniers opposants qui, jusqu'ici, avaient tenu bon : et je dis bien « les routes de l'Europe » ; car la Russie, n'étant ni l'Allemagne ni la France, prendra bien soin, en même temps qu'elle les terrorisera, de leur fermer ses propres frontières.

5. Une information, donnée par les médias russes mais curieusement peu reprise en Occident : en même temps qu'il positionnait ses avions, ses hélicoptères de combat et ses forces spéciales, Poutine ancrait le porte-avions Moskova, avec ses dizaines de missiles antiaériens, dans le port de Lattaquié. L'État islamique se serait-il doté, à notre insu, d'une flotte aérienne qu'il faudrait mettre hors d'état de nuire? Évidemment non ! De là à conclure que le Kremlin envisagerait de tenir pour cible légitime tout avion appelé à survoler un territoire qu'il considère désormais comme le sien, il n'y a qu'un pas. Et ces avions ne pouvant, par définition, que battre pavillon des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Turquie ou de tout autre État membre de la coalition, on voit sans mal le genre d'escalade où ce raisonnement pourrait entraîner le monde.
Nous n'en sommes heureusement pas là. Mais qu'on ne vienne, en tout cas, pas nous présenter comme un renforcement de la coalition anti-Daech une opération qui ne vise, à ce jour, qu'à donner à la Russie la maîtrise du ciel syrien et à y assurer, au sol, ses intérêts de puissance.

Monsieur Poutine n'est pas seulement un pompier pyromane, c'est un impérialiste à l'ancienne.
Comme en Ukraine dont ce déploiement de force syrien a aussi pour but de faire oublier le dépeçage, comme avec les pays Baltes, la Pologne, la Finlande ou, désormais, la Turquie dont ses Mig ne cessent de tester les frontières aériennes en même temps que la solidité du lien avec l'Otan, il est engagé dans une stratégie d'agression dont l'affaiblissement de l'Europe est, je le dis depuis des mois, la visée principale.

Puissent les Européens s'en aviser avant qu'il ne soit trop tard.
Puisse-t-on, en France par exemple, ne pas céder au chant des sirènes d'un apaisement qui, du Front national à l'extrême gauche en passant par un nombre grandissant de républicains des deux bords, est en train de devenir le signe de ralliement de ce parti aux frontières invisibles mais, finalement, assez cohérentes qu'il faut commencer d'appeler le Parti Poutine.

© Project Syndicate, 2015.


C'est entendu : il n'y a pas de bonne solution en Syrie.
Plus exactement : il n'y a plus de bonne solution depuis ce samedi noir de la fin août 2013 lorsque l'opposition modérée avait encore une existence, lorsque l'État islamique n'était pas encore sorti des limbes et lorsque Barack Obama en une stupéfiante volte-face renonça, in extremis, à stopper la machine de guerre de...

commentaires (7)

Comme il en a l'habitude, M. Lévy verse dans l'approximation, voir pire... Le Moskova est un croiseur lance-missiles, non pas un porte-avion. Renseignez-vous, avant de vous mettre au clavier, je vous prie.

Peppe Coppola

02 h 26, le 18 octobre 2015

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Commentaires (7)

  • Comme il en a l'habitude, M. Lévy verse dans l'approximation, voir pire... Le Moskova est un croiseur lance-missiles, non pas un porte-avion. Renseignez-vous, avant de vous mettre au clavier, je vous prie.

    Peppe Coppola

    02 h 26, le 18 octobre 2015

  • On pourra penser ce que l'on veut de BHL, il n'empêche que son article est très pertinent et décrit parfaitement la situation dramatique résultant de l'intervention de Pseudo-tsar de Russie en faveur du dictateur héréditaire de Syrie. D'autre part il est trop facile et déloyal de critiquer l'intervention ed la France ou de Europe en Lybie. Tout être censé considérait Kazafi comme un dictateur à moitié fou et complètement schizophrène et personne ne restait flegmatique devant sa folie meurtrière lorsque lui et son multimilliardaire de fils appelaient leurs milices au massacres des centaines de milliers de manifestants qui voulaient en finir avec cette dictature. Nous avions tous peur pour le peuple lybien et tous les démocrates au monde voulaient empêcher à tout prix son massacre. Aussi lorsque les monsieurs "JE VOUS L'AVAIS DIT...." ont constaté que la révolution dérapait (ce qui est arrivé à de nombreuses révolutions, même non islamiques puisque la révolution russe a coûté 25.000.000 de morts au peuple russe en comptant les morts de la guerre civile russe, ceux de la famine en Ukraine provoquée par Staline et ceux des camps du même monstre; puisque la révolution chinoise a aussi entraîné la disparition de dizaines de millions de personnes....etc....) il leur était trop facile de se démarquer pour accuser BHL ou Hollande ou d'autres.

    Saleh Issal

    16 h 58, le 17 octobre 2015

  • Que ce soit l'imperialisme a l'americaine exemplifie par la destruction de l'Irak promulgee par les neo-cons(!)et le sionistes ou lintervention de Poutine en Syrie,quand les resultats sont si boulversants, la difference dans leur style d'imperialism devient peu importante. Ce que Poutine demontre c'est si il est avec vous, il vous soutient!

    Vincent Makhlouf

    15 h 25, le 17 octobre 2015

  • Nous avons enfin compris, Monsieur BHL est contre je cite "l'impérailiste à l'ancienne". Alors, il faudra qu'il nous explique c'est quoi un "impérialiste moderne"? Bruxelles, 16.10.15

    PPZZ58

    20 h 55, le 16 octobre 2015

  • L'INTERVENTION RUSSE... AVEC L'ACCORD DES U.S. VA DÉBOUCHER À LA FIN SUR LA SOLUTION POLITIQUE DE LA CRISE... IL N'Y A PAS D'AUTRE ISSUE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    17 h 32, le 16 octobre 2015

  • L'OLJ pitié ...pas du BHL ...! cet intello de salon parisien...n'a aucune crédibilité pour parler du moyen orient ...! sa derrière prestation tragique , pour conseiller N.Sarkozy de bombarder la Lybie ...fut un bide célèbre au résultat est hélas connu...!

    M.V.

    14 h 29, le 16 octobre 2015

  • "Puisse-t-on, en France par exemple, ne pas céder au chant des sirènes d'un apaisement qui, du Front national à l'extrême gauche en passant par un nombre grandissant de républicains des deux bords, est en train de devenir le signe de ralliement de ce parti aux frontières invisibles mais, finalement, assez cohérentes qu'il faut commencer d'appeler le Parti Poutine." ! Pourquoi le "Parti Poutine" ? Non, plutôt le Parti Munich.... 38 !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    04 h 50, le 16 octobre 2015