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Liban - #LaRépubliquePoubelle / Manifestation

La campagne « Vous puez ! » perd le contrôle de la situation, le centre-ville transformé en champ de bataille

Place Riad el-Solh, hier soir : un mort (pas confirmé) et près d'une cinquantaine de blessés hospitalisés suite aux affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre. Infiltré par des éléments subversifs qui ont provoqué les FSI durant plusieurs heures, le mouvement pacifique « Vous puez ! », né de la mauvaise gestion de la crise des ordures, a, sans aucun doute, perdu le contrôle de la situation.

En soirée, le centre-ville ressemblait à un champ de bataille. Photo AFP

Le centre-ville de Beyrouth, depuis la place Riad el-Solh, la rue Lazarieh (l'immeuble du même nom était encerclé par l'armée à l'heure de mettre sous presse) et la rue des Banques, jusqu'à la place des Martyrs, ressemblait à un véritable champ de bataille hier soir. Incendies, explosions, tirs, grenades lacrymogènes, jets de pierres, affrontements entre soldats et manifestants, ambulances transportant des blessés, magasins vandalisés, murs tagués... Le spectacle était pour le moins apocalyptique après que la manifestation qui se voulait pacifique, initialement organisée par la campagne « Vous puez ! » pour dénoncer la mauvaise gestion de la crise des ordures, eut lamentablement dégénéré. Et ce à l'initiative de bandes d'éléments subversifs, le visage caché derrière des bandanas pour certains, déterminés à l'escalade et à semer le chaos : « Une cinquième colonne », selon les organisateurs.

La dérive était inévitable. Après des heures d'insultes, de lancers de bouteilles d'eau et de pétards en direction des forces de l'ordre, retranchées derrière des barbelés, ces dernières ont finalement réagi, vers 19h30, aspergeant les manifestants à coups de canon à eau. Ce qui a poussé les éléments incontrôlés à enflammer des pneus qu'ils ont une nouvelle fois lancés en direction des FSI, dans l'espoir de défoncer les barricades et de se diriger vers le Grand Sérail. Peu avant 21h, après des jets de pierres nourris de la part de voyous, les affrontements ont pris une tournure telle que les forces de l'ordre ont eu recours aux bombes lacrymogènes, avant de charger les manifestants pour les disperser, distribuer quelques coups de bâton, tirer en direction des manifestants avec des balles en caoutchouc et procéder à des arrestations. Les multiples tentatives des organisateurs pour empêcher les débordements n'ont pas abouti, de même que leurs appels à interrompre le mouvement de protestation jusqu'au lendemain. La grande majorité des manifestants s'est toutefois retirée vers la place des Martyrs avant de rentrer chez elle.

 

(Lire aussi : Samedi, les manifestants ont été réprimés dans la violence)



Quant aux débordements sécuritaires, ils se sont poursuivis tard dans la soirée. Et pas qu'au centre-ville : des jeunes ont ainsi vandalisé plusieurs biens publics et privés dans les quartiers de Béchara el-Khoury et Salim Salam. Des magasins ont été pillés. Mais peu après minuit, les choses commençaient plus ou moins à se calmer : armée et FSI organisaient des rondes communes, après des contacts entre le Premier ministre, Tammam Salam, le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk (qui a présidé une réunion sécuritaire au QG des FSI vers 22h00) et le commandant en chef de l'armée, Jean Kahwagi. Beaucoup de contrevenants à l'ordre public ont été arrêtés. Auparavant, dans le centre-ville, les fauteurs de troubles avaient allumé plusieurs incendies, dont l'un s'est propagé jusqu'aux jardins de l'Escwa.

Le bilan est relativement lourd. Un mort, selon plusieurs sources, mais sans confirmation de quelque partie que ce soit, notamment de la Croix-Rouge, et 49 blessés, dont l'un, Mohammad Cassir, dans un état grave, touché par des inconnus dans le centre-ville, mais loin de la scène d'affrontements, selon l'Ani.

 

Crise des déchets : le week-end de la colère (en images)

 

Familial, bon enfant...
C'était pourtant dans une ambiance pacifique et au rythme de chansons patriotiques qu'avait débuté la manifestation durant la matinée. À mesure que l'heure du rassemblement (prévu pour 18 heures) se rapprochait, c'est par dizaines de milliers que les citoyens affluaient, Place Riad el-Solh, dans tout le périmètre de Lazarieh et de la rue des Banques, dans un centre-ville de Beyrouth barricadé par les forces de l'ordre. Survoltés, déterminés plus que jamais, ils ont exprimé leur colère. Non seulement contre la mauvaise gestion par les autorités de la crise des ordures, mais contre des années de mauvaise gouvernance, de corruption et de traitement catastrophique de dossiers essentiels à la survie de la population : l'eau, l'électricité, la pauvreté, le chômage et tant d'autres encore... Leur colère aussi contre l'usage de la force, samedi soir, contre les manifestants, à coups de canon à eau, de gaz lacrymogène et de tirs en l'air.
Au niveau de leurs exigences, les manifestants n'y sont pas allés de main morte. Bien au contraire, dès les premières heures de l'après-midi, répondant à l'appel des organisateurs, ils ont donné le ton, exprimé leur ras-le-bol. C'est un changement radical qu'ils ont exigé. « Le peuple veut la chute du régime », ont-ils scandé en chœur, au rythme des tambours et des applaudissements. Ils ont aussi appelé à « la démission du gouvernement ».

Familial, bon enfant et pacifique, le public était également composé d'universitaires engagés, d'activistes de la société civile et de mouvements de gauche. Il n'avait pas hésité à se déplacer de loin, de Saïda ou Nabatiyé pour certains, de Bickfaya ou Bsalim pour d'autres, et brandissait des slogans et écriteaux d'une grande variété réclamant pêle-mêle le changement, la démission du gouvernement, un État laïc, ou tout simplement une solution à la crise des déchets... À l'instar de ce groupe d'étudiants, venus d'un peu partout, qui réclamait « la chute du régime confessionnel raciste », ou de cette famille au grand complet, venue avec ses deux fillettes et sa nounou, réclamer le changement, pour que « les petites ne soient pas forcées d'émigrer un jour ». « Je ne parviens pas à dormir la nuit à cause de l'odeur des ordures. Trouvez donc une solution », lançait Joseph, un habitant de Aïn el-Remmaneh de 10 ans entouré de ses parents, arborant bien haut son écriteau.


Plus d'images et de vidéos sur la manifestation de samedi ici

 

« Pas perdre de vue la crise des déchets... »
Plus virulents, certains slogans maniaient carrément l'insulte à l'égard de la classe politique. « Démissionnez », « Tfeh, vous puez », ou « Partez, vous nous avez assez insultés », disaient les moins véhéments. Deux mères de famille venues de Raboué et Jal el-Dib, accompagnées de leurs enfants, hurlaient leurs griefs contre l'ensemble des dirigeants. « Nous en avons assez de leurs partages du gâteau! Il est grand temps que les hommes politiques respectent le peuple. »
C'est au milieu de ces images que les représentants du mouvement « Vous puez ! » ont énuméré leurs revendications. Ils ont exigé que soient sanctionnés les éléments des forces de l'ordre qui avaient tiré, samedi, sur les manifestants et demandé au gouvernement d'annuler les appels d'offres afin de redonner aux municipalités les prérogatives nécessaires dans le dossier des ordures.

Que deviendra ce dossier après les débordements d'hier? Nombre de manifestants n'ont pas manqué de le relever. « Il ne faut pas perdre de vue la crise des déchets qui est un objectif clair. Or il semble que le mouvement veut faire tomber le régime », a déploré le psychologue Wissam Koteit. « Où cela nous mènera-t-il? » Même constat d'un chercheur en neuroscience, Albert Moukheiber, qui craint pour les graves risques sanitaires s'il venait à pleuvoir. « Il faut évacuer les poubelles au plus vite avant la pluie, a-t-il martelé. Autrement, nous risquons de graves maladies. »
Les jeunes voyous ont, semble-t-il, commencé leur travail de sape, poussant une manifestante venue de Bickfaya, Darine Abou Kassem, à rentrer chez elle, mécontente et déçue, à l'image de bien d'autres.

 

 

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Le centre-ville de Beyrouth, depuis la place Riad el-Solh, la rue Lazarieh (l'immeuble du même nom était encerclé par l'armée à l'heure de mettre sous presse) et la rue des Banques, jusqu'à la place des Martyrs, ressemblait à un véritable champ de bataille hier soir. Incendies, explosions, tirs, grenades lacrymogènes, jets de pierres, affrontements entre soldats et manifestants,...
commentaires (5)

ESPÉRONS QUE CET ÉTINCELLE VA RÉVEILLER CE PEUPLE PROFONDEMENT ENDORMI POUR CHASSER TOUTES CES FAMILLES MAFIEUX QUI PARTAGENT CE GATEAU QUI S'APPELLE LE LIBAN.

Gebran Eid

11 h 38, le 24 août 2015

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Commentaires (5)

  • ESPÉRONS QUE CET ÉTINCELLE VA RÉVEILLER CE PEUPLE PROFONDEMENT ENDORMI POUR CHASSER TOUTES CES FAMILLES MAFIEUX QUI PARTAGENT CE GATEAU QUI S'APPELLE LE LIBAN.

    Gebran Eid

    11 h 38, le 24 août 2015

  • CORRECTION : PRIÈRE COMPRENDRE PAR UN MONTAGE... UNE PROVOCATION PROGRAMMÉE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 54, le 24 août 2015

  • Le public était également composé d'activistes. Il n'avait pas hésité à se déplacer de loin, de Saïda ou Nabatiyé pour certains (chïïtes-Amal/héZébbb, de Bickfaya ou Bsalim pour d'autres (chrétiens PN SS et/ou bääSSyriens).... "Trouvez donc une solution", lançait Jouzéééf, un habitant de Aïn el-Remmaneh de 10 ans entouré de ses parents, arborant bien haut son écriteau. Sûrement un chrétien boSSféràrien orange amer, lui !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    08 h 48, le 24 août 2015

  • LA CAMPAGNE "VOUS PUEZ" DONT LES SLOGANS POLITIQUES SONT CLAIRS... UN MONTAGE !

    LA LIBRE EXPRESSION

    08 h 29, le 24 août 2015

  • ce mouvement devrait etre dissolu. Moi je juge sur piece, oui c'est les bonnes revendications, oui manifester c'est bien, oui y'en a marre. A vous dire franchement j'aimerais les voir sur un peleton d'execution tout nos politiciens (absolument tous). Mais au bout du compte, en un jour, on a brule le centre ville et les choses ne font que commencer.

    George Khoury

    08 h 07, le 24 août 2015

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