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Liban

Plus les ordures s’empilent, plus les solutions à la crise s’éloignent

Déchets ménagers

Le problème s'aggrave : l'air de Beyrouth et des autres villes devient irrespirable. Et dans les régions pressenties pour accueillir les déchets de la capitale, les oppositions se multiplient.

24/07/2015

Le Conseil des ministres tant attendu n'a finalement apporté aucune solution viable à la crise des déchets, qu'il a discuté « succinctement », selon les informations. À croire que les relents des ordures et le désastre écologique qui en découle ne méritent guère que le gouvernement planche dessus.

Le ministre de l'Environnement, Mohammad Machnouk, qui a présenté un plan de sortie de crise au cours de la réunion, a reconnu la présence de 22 000 tonnes de déchets sur les routes, et déclaré, à la sortie du Conseil des ministres, que « les régions (ndlr : qui refusent d'accueillir des sites de décharges) devraient être confiantes du fait que des sociétés privées seront en charge des déchets ménagers d'ici à quinze jours ». Rien de bien rassurant.
Un autre plan de sortie de crise a été présenté par le ministre de l'Économie, Alain Hakim (bloc Kataëb), sans rencontrer plus de succès jusque-là. À L'Orient-Le Jour, M. Hakim détaille les quatre points essentiels du plan qu'il a présenté : il faut tout d'abord, selon lui, décréter l'état d'urgence nationale, qui nécessite une intervention du ministre de l'Intérieur, pas seulement de l'Environnement. « Qui veut des déchets dans sa région ? dit-il. Personne évidemment. Mais quand il y a une urgence nationale, il faut que l'État puisse obtenir la collaboration des uns et des autres. Le parti Kataëb avait plus d'une fois proposé la décentralisation de la solution dans ce dossier. »
« Ensuite, poursuit-il, l'État devrait reprendre en charge ce dossier, le temps de régler la crise. Troisièmement, le plan propose de transporter temporairement les déchets vers un terrain dans une région très éloignée, peut-être dans les montagnes de l'Anti-Liban.» Enfin, conclut-il, « il faut finaliser les appels d'offres et commencer le travail au Mont-Liban, même si le cas de Beyrouth n'est pas encore tranché ».

Rappelons que le nouveau plan national de gestion des déchets, adopté en Conseil des ministres en janvier, prévoit de diviser le Liban en six régions devant être gérées par des sociétés privées. Le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) a déjà lancé deux appels d'offres au terme desquels cinq des six régions ont reçu plusieurs offres chacune. Beyrouth et ses banlieues sud et est en sortent bredouille, probablement en raison du fait que le cahier des charges impose aux sociétés de débrouiller des terrains de décharges, mission quasiment impossible à Beyrouth comme le montre bien la crise actuelle. Toutefois, selon des observateurs, même si l'ouverture des plis pour les appels d'offres déjà finalisés a lieu, comme le demande le parti Kataëb, le choix des sociétés devra être entériné par le Conseil des ministres... Ce qui, au vu du blocage politique actuel, n'est pas gagné d'avance.

D'ailleurs, Alain Hakim ne semble nullement optimiste quant à un règlement rapide de la crise des déchets. Selon lui, on laisse la situation se dégrader « pour revenir au bon vieux système », accusant sans les nommer « les principaux intéressés ».
D'autres aussi, même d'un bord politique très différent, expriment des soupçons vis-à-vis de la crise actuelle. Le Front d'action islamique a estimé, dans un communiqué, que « la crise actuelle des déchets a été artificiellement provoquée et vise à faire pression sur le pays en vue de prolonger le contrat de Sukleen », la société qui était chargée durant 17 ans de la gestion des déchets de Beyrouth et du Mont-Liban.

(Lire aussi : Bassil livre sa propre version des faits en Conseil des ministres)

 

Encore un « non » de Saïda et de Choueifate
Quoi qu'il en soit, Beyrouth croule toujours sous les déchets. Ça et là, on observe des bennes fumantes, signe d'une incinération sauvage par des habitants excédés, une pratique particulièrement dangereuse pour l'environnement et la santé. Les députés de Beyrouth se sont réunis hier au domicile de l'ancien Premier ministre Saad Hariri, en présence du président du conseil municipal Bilal Hamad. S'exprimant en leur nom, le député Mohammad Kabbani a rappelé que « la capitale ne peut pas résoudre ce problème sans l'aide des autres régions, étant donné l'exiguité du territoire et sa densité démographique ». M. Kabbani faisait allusion au refus unanime des régions d'accueillir ne serait-ce qu'une partie des déchets de la capitale.

Après Jbeil, le Akkar ou encore Nabatiyeh, la protestation s'est étendue à Saïda hier, la capitale du Sud étant fortement pressentie pour accueillir une partie des déchets du Beyrouth administratif.
Ces informations ont été confirmées par Nabil Zantout, directeur général de la société IBC qui possède et gère l'usine de tri et de compostage de Saïda. Celui-ci a indiqué que « la discussion avec les autorités concernées et la municipalité porte sur la possibilité de traiter 250 à 300 tonnes par jour, afin de réduire la pression sur les autres régions ». Il a ajouté que « le président du conseil municipal a imposé une condition, celle de transporter les déchets inertes (tout ce qui reste après le tri et recyclage, et qui nécessite une décharge) hors de la ville ».


(Lire aussi : Le Hezbollah fustige une « pourriture politique et administrative »)


C'est un son de cloche nettement plus radical qui nous parvient d'Ibrahim Bsat, vice-président du conseil municipal de Saïda. « La municipalité ainsi que toutes les parties politiques actives dans la ville refusent catégoriquement l'accueil de déchets supplémentaires, a-t-il affirmé à L'Orient-Le Jour. Nous nous remettons à peine des années de souffrance causée par l'ancien dépotoir (traité il y a quelques mois). L'usine de Saïda traite actuellement les déchets d'une quinzaine de villages du caza, outre ceux de la ville, quelque deux cents tonnes par jour. »

L'inquiétude gagne aussi Choueifat. Imad Kadi, un militant de la société civile de la ville, membre de la Campagne civile pour la fermeture de la décharge de Naamé, nous apprend que « plusieurs témoins ont remarqué des camions déversant des déchets sur le littoral de la ville, plus précisément dans la zone connue sous le nom de » Costa Brava « , après minuit, probablement venus de la banlieue sud ». Ces dires n'ont pas pu être vérifiés auprès des autorités concernées.
Le militant a dit craindre qu'un projet resté longtemps endormi, celui de la construction d'un brise-lame au niveau de cette côte pour enfouir les déchets dans une superficie gagnée sur la mer, ne soit de nouveau envisagé. Il relève un autre indicateur qui lui paraît grave : « Le ministre Akram Chehayeb (également député de la région) a déjà déclaré que la possibilité de la réalisation de ce projet sera discutée en Conseil des ministres. »
Un communiqué publié par la société civile, signifiant le refus de cette éventualité, a été suivi d'une déclaration de la municipalité allant dans le même sens. « Ont-ils seulement pensé aux dangers et aux désagréments que représente une décharge aussi proche d'un aéroport ? », poursuit Imad Kadi, assurant que la lutte contre un tel projet ne fait que commencer.

 

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET... QU'EN FAUT-IL FAIRE ? ATTENDRE ENCORE... ET DÉCLARER LE PAYS UNE RÉPUBLIQUE DE LA POUBELLE ? ABRUTIS DE TOUS BORDS : DÉGAGEZ !!!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET... QU'EN FAUT-IL FAIRE ? DÉCLARER LE PA

SOUS LES PAVÉS LA PLAGE

Paris est une ville propre , meme si ca sent la crotte de chien dans les rues , mais les agriculteurs ont decide de la salir en y deversant du fumier et du lait partout sur les nationales et autoroutes .
Moralite , ville propr, ville sale , de toute facon , elles finissent toujours par se salir ...

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