L’édito de Émilie SUEUR

Après le non, les questions

L’édito
06/07/2015

Les Grecs ont voté. Ils ont dit non. Un non retentissant à une question quelque peu déconcertante puisque portant sur « la proposition soumise par la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international lors de l'eurogroupe du 25 juin 2015 », un plan déjà retiré par les créanciers d'Athènes. Ils se sont prononcés sur une question complexe que leur a jetée leur Premier ministre, Alexis Tsipras, en piétinant le temps de la pédagogie collective ou du débat.
Mais les Grecs, coincés entre des leaders nationaux incapables de produire un plan de réformes digne de ce nom et une Europe devenue monstre technocratique, devaient trancher à la place de leurs dirigeants.
Avec ce non, ils renvoient les dirigeants grecs à leurs lourdes responsabilités et à une série de défis face auxquels ces derniers ne peuvent plus s'offrir le luxe de ne pas être à la hauteur. Avec ce non, ils infligent aussi un sévère camouflet à la troïka (FMI, UE, Banque centrale européenne) et opposent une fin de non-recevoir à sa politique d'austérité.
Mais avec ce non, ils ne disent pas pour autant leur rejet de l'Europe. En revanche, avec ce non, ils la questionnent, cette Europe. En répondant à la question qui leur était posée, c'est toute une série de questions, essentielles, qu'ils renvoient à l'UE.
Question économique sur la marge de manœuvre des États membres quand leur politique économique est conditionnée, dans de larges pans, par des traités supranationaux. Avec sa question corollaire de la valeur du vote des peuples dans la zone euro et du déficit démocratique en son sein. En portant Siriza au pouvoir en janvier dernier, les Grecs, peuple souverain, avaient clairement dit non à la politique d'austérité de Bruxelles. Or, c'est celle-ci qui a continué de s'imposer à eux sans que le résultat des urnes grecques ne l'influence d'un iota. Une politique qui, en outre, ne fait pas l'unanimité dans le monde économique, alors que de grands noms du domaine, de Thomas Piketty à Joseph Stiglitz, multiplient les appels à l'UE à reconnaître que l'austérité était une erreur et à s'atteler rapidement à une restructuration de la dette grecque.
Ce référendum pose aussi la question de l'intégration des peuples ou plus précisément de savoir si le processus peut se poursuivre contre eux, ainsi que celle de la solidarité entre les nations européennes. Un des fondements mêmes de la construction européenne.
Ce référendum pose enfin, et peut-être surtout, la question de ce que représente l'UE aujourd'hui, de ce qu'elle inspire.
Début juillet, seulement 26 % des personnes interrogées dans le cadre d'un sondage réalisé pour i-Télé et Le Parisien/Aujourd'hui voyaient dans la construction européenne une « source d'espoir ». Ils étaient 61 % en 2003. En revanche, 42 % des personnes interrogées envisageaient la construction européenne comme une « source de crainte », et 31 % ni l'une ni l'autre.
Dans une tribune publiée début juin dans les colonnes du Financial Times, sept économistes de renom, après avoir appelé à un programme de relance pour la Grèce orienté vers la croissance et l'emploi, concluaient en considérant que « la manière dont la Grèce sera traitée sera un message pour tous les partenaires de l'eurozone ». Et que ce message devait être porteur « d'espoir et non de désespoir », martelaient-ils.
Les diverses réactions, hier soir, des responsables de l'UE au vote grec n'allaient pas vraiment dans ce sens.
Au cours des sept derniers jours, de nombreux analystes estimaient qu'avec ce référendum, les Grecs jouaient leur avenir.
Aujourd'hui, il est grand temps que l'Europe réfléchisse au sien.

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES GRECS ONT PRIS L'APPÂT ET SE SONT PRONONCÉ SUR UNE PROPOSITION RETIRÉE ET SUIVIE PAR TROIS AUTRES PROPOSITIONS... ET UNE PROMESSE D'ACCORD DANS LES 48 HEURES... POUR LES EUROPÉENS CE RÉFÉRENDUM EST CADUC CAR PRONONCÉ SUR UNE PROPOSITION INEXISTANTE. DANS LES PROCHAINES NÉGOCIATIONS... ON REPART DE ZÉRO !

AIGLEPERçANT

Bel article Mme Sueur. L'UE est le vrai malade qui joue au docteur, au chevet d'un peuple sain qu'on veut faire passer pour malade.
Ce qu'il faut dorénavant appeler la gifle grecque va entraîner plus de répercutions au sein de l'Europe des banquiers voyous que sur le peuple grecque souverain.
Merkel et C . Lagarde du temple vont faire face à leurs employeurs qui n hésiteront pas à les radier pour avoir failli dans leur mission d'affameurs des peuples.
Le reste des peuples d'Europe les regarde.
Il y a un avant et un après référendum grecque.

Chemayel Khalil

Dans toute la littérature sortie sur la crise grecque il y a très peu d'articles qui ont su partir du politique et revenir au politique dans leur analyses comme le fait l'auteur de cet article. Loin de plonger dans l'économique technique et structurel, l'auteur nous ramène toujours à la dimension politique qui domine la crise, et ce faisant, révèle le fond. L'auteur casse magistralement toute la campagne des médias valets du pouvoir financier , gouvernement réel, transformant le pouvoir politique de l'EU en un conseil d'administration (cela vous rappelle t'il quelquechose de déjà vu) ,qui gère la et les politiques de l'EU comme une mécanique matérielle qui ne voit et ne veut que le profit de caisse ! J'apprécie cette démarche qui va encore plus loin et qui nous amène plus près de la mécanique de gestion des intérêts des banques et du système financier dominant comme résumé de la politique de l' EU . Merci à la résistance forte du peuple de Grèce qui d'abord , ramène et révèle la véritable nature de la crise : la démocratie et le social dans une Europe à construire ensemble .

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