L’édito de Élie FAYAD

Le grain de sable

L’édito
02/06/2015

Il est parfois des similitudes troublantes à des décennies d'intervalle. Dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier, les Libanais se déchiraient littéralement autour du statut et de l'action de ce que l'on nommait alors, non sans un certain culot, la « résistance palestinienne » au Liban-Sud.

A-t-on jamais vu une organisation étrangère opérer en tant que résistance à partir du territoire d'un État souverain, plongeant de ce fait le pays dans un cercle vicieux d'attaques et de représailles destructrices ? Il faut dire qu'en ce temps-là, pour une bonne moitié des Libanais, cette situation n'avait rien d'anormal. On sait où cela allait mener...

Ce qu'on retiendra, pour la leçon d'histoire, ce sont les campagnes de dénigrement menées tambour battant à l'époque contre l'État et l'armée libanaise, que l'on accusait au mieux d'inaction ou de laxisme et au pire de chercher à pactiser avec l'ennemi. Près d'un demi-siècle plus tard, on s'apprête à resservir le même plat, cette fois-ci dans l'est du Liban.

Les campagnes de jadis avaient fini par créer un contexte tel que les diverses organisations palestiniennes armées prirent l'habitude d'agir dans la plus grande impunité, alors même qu'elles ne mettaient en œuvre que les stratégies contradictoires de régimes arabes rivaux, et jamais une politique réfléchie et démocratiquement agréée en vue de libérer la terre.

Plus tard, dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, les joueurs ne seront plus les mêmes. Mais la règle du jeu ne changera guère. L'Égypte, l'Irak, la Libye sortiront par la fenêtre ; l'Iran entrera par la grande porte, aidé par son complice omniprésent, Hafez el-Assad. La résistance se « libanisera », certes, en ce sens que ses exécutants seront désormais des individus détenant la nationalité libanaise, mais on continuera plus que jamais à mettre en œuvre la tactique de dénigrement de l'État et de sa troupe... afin de justifier l'idée même de résistance hors du cadre étatique.

Ainsi, jusqu'en 2000, l'armée libanaise sera constamment interdite de séjour au Liban-Sud et chacun des joueurs (essentiellement Israël, la Syrie et le Hezbollah) lui signifiera tour à tour cette interdiction à de multiples occasions. Entre 2000 et 2006, la troupe sera autorisée à y opérer un déploiement symbolique, mais ce n'est qu'après la guerre de juillet que cette région trop longtemps mise à l'écart entrera de nouveau dans le giron de l'État. Depuis, le Liban-Sud est l'un des secteurs les plus calmes du pays, en dépit des péroraisons martiales saisonnières des uns et des autres.

Il y a une semaine, le secrétaire général du Hezbollah a donné le « la » pour ce qui est de la situation à la frontière orientale. Son désormais protégé, Bachar el-Assad, est aux abois à Damas. Il convient de l'aider coûte que coûte, faute de quoi il pourrait en venir à perdre sa capitale. Cela passe nécessairement par une stratégie transfrontalière qui n'a que faire des considérations souverainistes. Mais il y a un écueil : l'armée libanaise. Celle-ci a beau être tendue comme un arc, et avec elle l'ensemble du peuple libanais, face au terrorisme jihadiste, Hassan Nasrallah sait qu'elle ne deviendra pas un outil de l'axe irano-syrien. Et pour commencer, elle ne fera pas fi des frontières.

En annonçant la levée de régiments populaires – cette « Brigade de la citadelle » dont il est fortement question ces jours-ci pour seconder ou remplacer l'armée dans les hauteurs de Ersal –, le secrétaire général du Hezbollah aura donc entamé le travail de dénigrement décrit plus haut.

Puis viendront les comparses faire écho à la voix du maître...

Élie FAYAD

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Bery tus

Tout le monde a droit à une Seconde chance, d'ailleurs ceux qui trouvaient normal la présence des palestiniens au LIBAN, se sont la meme qui ont finalement compris de mettre en avant le LIBAN D'ABORD !!! Et ceux qui font semblant de les combattre morderont la poussière !!

Hitti arlette

C est cette même moitié de libanais qui ne trouvaient rien d anomal dans le comportement des palestiniens à l'époque , s'attaquent et econdamment aujourd'hui de la belle façon ceux qui combattent cette horde de l EI , et autres types de takfiristes qui gambadent non loin de nos frontières ..

Sabbagha Antoine

Le dénigrement est devenu avec le temps un grand mot pour les frustrés qui veulent à tout prix mourir pour une cause toujours perdue laissant le pays plonger dans l'inconnu et ceci à cause de nos hauts responsables vendus au Diable .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SUPERBE DANS L'ANALYSE DES FAITS PASSÉS ET PRÉSENTS ! C'EST CE QU'ON NOMME : UN ARTICLE !

Pierre Hadjigeorgiou

Je ne retiendrai que le message adressé a ceux qui n'ont rien encore compris: Toutes actions qui se font en dehors des intérêts et de la légalité du Liban finiront comme ont fini les Palestiniens, morts, désarmés ou ailleurs! Est ce le destin que réserve Hassouna aux Chiites? En fait pire puisqu'il promet d'en exterminer plus des 2/3 s'il le faut! Parole de scout, il a signé sa fin avec cette déclaration! Le Parti Chiite explosera de l’intérieur et il n'en restera pas grand chose très bientôt! Cette fois, le 14 Mars ne doit plus accepter de compromis avec ce parti de la mort et de la destruction. C'est soit il lâche sur tout et il échappe a la catastrophe soit tant pis pour lui!

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

De même qu'au vieux et qu’à l’ancien panthéon éhhh, éhhh phénicien l'on trouvait les dieux de toutes les nations, on trouve dans ce Grand-Liban post-Printemps tous les péchés de toutes les formes centre asiatique semi-arides et Per(s)cées de "gouvernement". Ce style d'éclectisme atteint 1 hauteur insoupçonnée jusqu'ici ; yîîîh, yâ hassirtîîîh. On en a la parfaite garantie, notamment dans la gourmandise politico-archaïque d'un fakkîh reclus, caché, cloîtré et noirci qui pense jouer tous les rôles de sa wilâïyâh Per(s)cée dans ce pays : De la wilâïyâh théocratique ou bureaucratique, de la wilâïyâh absolue ou constitutionnelle, de la wilâïyâh autocratique ou simili-démocratique ; même si ce n'est pas par l'intermédiaire de la peuplade, du moins en "propre" personne. Si ce n'est pour cette peuplade, du moins pour lui-même et sa "pure-propre" personne. Ce Grand-Liban ainsi Perc(s)é, en tant que personnification du vice absolu de ce présent Per(s)cé politique, ne pourra démolir ce genre de barrières conFessionnelles spécifiquement libanaises mais malheureusement Malsaines car fakkîhàRiennes, sans démolir la barrière générale de son présent politique Per(s)cé walïyoulfakihiste si collaborationniste, si sectaire et si pathétique pire même qu’un vieux tabrîz Per(s)cé.

Halim Abou Chacra

Magistral votre Edito, M Fayad. Vous dîtes tout sur la "résistance"-supercherie des années soixante et soixante-dix du siècle dernier qui a fini par détruire le Liban, ainsi que sur la "résistance"-supercherie actuelle qui veut désintégrer définitivement l'Etat et son armée, au bénéfice du projet de ses maîtres perses.
J'aurais dû lire cet Edito avant de faire mon petit commentaire sur l'article SITUATION. Ce commentaire aurait été bien meilleur.

Bery tus

wow jolie plein de petit clin d'œil !!

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