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Liban - Dalieh

Les promesses de Bilal Hamad ? Juste une application de la loi...

Un peu plus de deux semaines après l'expulsion des familles du site, le président de la municipalité de Beyrouth annonce dans un entretien à L'Orient-Le Jour qu'« un cinquième du territoire privé sera dédié à un espace public ». Les militants restent sceptiques.

Les familles constatant les dégâts après la démolition de leurs cabanes début mai.

Le samedi 2 mai, les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont délogé à l'aube quatorze familles qui vivaient encore à Dalieh. Sachant que la démolition des dernières habitations sur la propriété des sociétés foncières présentait les signes d'une nouvelle étape dans la construction prévue d'un grand projet touristique sur cette portion de la côte, L'Orient-Le Jour a interrogé Bilal Hamad, président du conseil municipal de Beyrouth, sur l'avenir du site de Dalieh-Raouché. Cet espace fait actuellement l'objet d'une polémique entre les militants de la société civile et les investisseurs privés.
M. Hamad était visiblement ravi d'annoncer que « les investisseurs ont prévu un projet de grande envergure qui prend en considération le droit des citoyens d'avoir un libre accès à la mer ». Bilal Hamad déclare suivre de près le plan des investisseurs. Il estime qu'un tel projet ne fera qu'embellir le site emblématique de Raouché, en prévoyant « 20 000 mètres de chemin pour atteindre la mer, s'asseoir sur des bancs et admirer la célèbre grotte aux pigeons ».
Selon lui, « un cinquième du territoire privé sera dédié à un espace public ». Rappelons que les terrains de Dalieh, qui ont longtemps appartenu à des familles beyrouthines, ont été acquis par des sociétés privées qui appartiennent aujourd'hui, selon des sources concordantes, aux héritiers de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, assassiné en 2005. Des militants rassemblés dans une « Campagne pour la protection de Dalieh-Raouché » militent pour préserver un espace public sur la côte.

 

(Lire aussi : Un concours d'idées pour préserver la côte de Dalieh)


Pourquoi l'annonce de ce projet n'a pas été divulguée auparavant, compte tenu des nombreuses revendications des militants de la société civile qui protestent activement contre la privatisation du littoral ? À cela, Bilal Hamad réplique qu'« ils (les militants) ne savent pas ce que nous planifions ». Qu'attend donc le président de la municipalité pour lever le voile sur le sort réservé à Dalieh ? « J'attends que les investisseurs fassent une présentation de leur projet », déclare-t-il.
Pourtant, récemment, le ministère de l'Environnement a soumis un projet de décret visant à classer Dalieh comme site naturel. Ce décret n'a pas encore été adopté, mais l'on peut se poser la question de savoir pourquoi le ministère de l'Environnement souhaiterait protéger Dalieh si le site n'est pas menacé par le projet touristique des investisseurs privés. « Parlez au ministre Mohammad Machnouk, il sera très heureux de connaître la véritable nature du projet », répond Bilal Hamad. Il ajoute que, « de toute façon, la municipalité ne pourrait se permettre de racheter aux compagnies privées la côte de Dalieh, estimée à un milliard de dollars ».
Interrogé par L'Orient-Le Jour hier en marge d'une conférence de presse sur les incendies, M. Machnouk assure que ses projets restent inchangés. « Pour ma part, je poursuivrai jusqu'au bout mon projet de décret sur le classement de Dalieh comme site naturel, comme je l'ai maintes fois promis, a-t-il dit. Il est très important de protéger le site, notamment les rochers sur la côte. »

 

(Lire aussi : « Des terrains publics, d'une valeur de 500 millions de dollars, menacés de privatisation à Beyrouth »)

 

L'accès à la mer, un droit constitutionnel
Questionnée sur sa réaction concernant les propos tenus par M. Hamad, Sarah Lili Yassine, urbaniste et membre de la Campagne pour la protection de Dalieh-Raouché, affirme « ne pas être choquée par ce discours vu la réalité politique et le soutien prévisible de M. Hamad aux investisseurs ». Mais elle déplore plutôt la fierté dont fait preuve le président de la municipalité lorsqu'il prétend vouloir donner accès à la mer au public, alors que cet accès constitue un droit constitutionnel. Tout en restant sceptique sur le terme « accès public », la militante poursuit : « Quand on observe les restrictions pratiquées à Zaitunay Bay ou encore sur le site de l'hôtel Mövenpick, notamment les interdictions de se promener sur les lieux avec un chien, de faire un pique-nique ou de s'installer sur les pelouses... comment peut-on garantir que le même sort ne sera pas réservé au soi-disant espace public prévu par le projet des investisseurs ? » s'interroge-t-elle.
Sarah Lili Yassine ajoute que « le discours de Bilal Hamad n'est pas celui d'un maire, mais plutôt d'un investisseur privé ». Elle regrette l'absence de mobilisation de l'État pour organiser un débat public et ne comprend pas le rôle que joue l'édile dans ce dossier. « C'est la municipalité qui octroie les permis de construire, dit-elle. Le président du conseil municipal devrait donc écouter l'appel des citoyens qui veulent préserver cette côte d'un projet touristique. »

Ces informations surviennent quelques jours avant les conférences organisées par l'Institut français du Proche-Orient, l'Institut français du Liban et la municipalité de Beyrouth, qui ont pour thème « Espaces publics à Beyrouth : vie, mort, renaissance ? ». Notons que ces tables rondes, qui auront lieu du 20 au 23 mai, se dérouleront notamment sous le patronage de M. Hamad. Les militants de la Campagne de Dalieh tiendront un discours visant à repenser l'usage des terrains publics de la côte. Reste à découvrir comment Bilal Hamad présentera la position de la municipalité sur le dossier Dalieh.

 

Les dernières familles de pêcheurs « expulsées sans jugement »

Les membres des dernières familles de pêcheurs qui habitaient encore à Dalieh ont assisté, le 2 mai, à la démolition de leurs habitations. Ces familles sont, depuis deux semaines, toujours dans l'attente d'être indemnisées, selon leurs dires. « Nous n'avons toujours rien reçu, même pas une pièce de monnaie », s'exclame Amira, qui vivait depuis des années avec son mari et son enfant dans ces petites maisons de fortune au bord de la mer. Samira Itani, née en 1960 à Dalieh, explique que depuis quelques années, elle avait vu plusieurs familles de pêcheurs accepter que leurs maisons soient démolies en échange de compensations. « On pensait que notre tour viendrait », dit-elle.
Selon une source des FSI, ces familles vivaient dans des « constructions illégales ». Leurs habitations étaient en effet situées sur des terrains détenus par des sociétés foncières qui prévoient la construction d'un grand projet touristique sur le site.

 

(Lire aussi : L'expulsion des pêcheurs de Dalieh était « abusive », selon des militants)



L'avocat des familles des pêcheurs, Ali Khalil, dénonce le caractère « violent » de cette expulsion, qui n'a fait l'objet d'aucune décision de justice au préalable, selon lui. Interrogé par L'Orient-Le Jour sur cette affaire, il rappelle que « selon le code de procédure civile, pour qu'une expulsion soit légale, il faut un ordre judiciaire, on ne peut pas avoir recours à de telles pratiques arbitrairement ». Il ajoute : « Même si légalement ce terrain appartient aux héritiers de Rafic Hariri, d'un point de vue social et humain, il faut que l'on procure à ces familles un toit au-dessus de leurs têtes. »
Bien que des négociations soient en cours entre les compagnies privées et le président de la coopérative des pêcheurs de Dalieh pour obtenir des compensations financières, « il n'y a rien de concret pour le moment », fait remarquer Ali Khalil. L'avocat précise qu'une plainte pourrait être déposée contre celui qui a donné l'ordre d'exécuter cette expulsion par la force. « Ces familles n'ont plus rien à perdre », poursuit-il. Afin d'en savoir plus sur la personne qui a chargé les FSI de procéder à ces démolitions, nous avons tenté de rentrer en contact avec plusieurs responsables, sans succès. Aucun n'a souhaité s'exprimer.

Les propos du président du conseil municipal de Beyrouth, Bilal Hamad, diffèrent toutefois de la version des familles de pêcheurs. « Selon les informations qui me sont parvenues de l'autre partie, toutes les familles ont été payées », dit-il à L'Orient-Le Jour. Il avance également l'argument que les investisseurs ont déboursé ces sommes « de leur propre poche pour réparer une erreur du gouvernement qui a laissé s'installer ces familles sur des terrains privés ». Bilal Hamad affirme également qu'il pensait que « le dossier était clos » et que c'est d'ailleurs la raison pour laquelle les investisseurs avaient placé une clôture le long du littoral pour protéger leur propriété et empêcher les pêcheurs de revenir s'installer sur la côte, malgré les compensations reçues. Interrogé sur les circonstances de l'expulsion, il répète qu'il n'est pas à l'origine des directives données aux forces de l'ordre.
En réaction aux affirmations du président de la municipalité, l'avocat des familles rétorque qu'« il est vrai que certaines familles ont reçu de l'argent, sur base de convocations au tribunal et d'une expertise ». « Mais, poursuit-il, en ce qui concerne les familles expulsées récemment, nous avions révoqué le rapport de l'expert car il présentait des lacunes. »

 

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