X

Liban

Joumblatt à « L’OLJ » : Qu’attendent donc les parlementaires pour légaliser le cannabis ?

La saga du haschisch – épisode 1, l’interview

En l'absence d'une volonté politique d'éradiquer la culture de haschisch, Walid Joumblatt, député du Chouf et chef du PSP, invite pour la énième fois les autorités, à travers « L'Orient-Le Jour », à légaliser de manière règlementée la culture et la consommation de haschich.

15/04/2015

En décembre dernier, le député Walid Joumblatt lançait un nouvel appel aux autorités : « Il est temps d'autoriser la culture de haschisch et d'annuler les mandats d'arrêt contre les personnes recherchées à ce niveau. » C'était le 13 décembre 2014 sur son compte Twitter.
M. Joumblatt, connu pour son franc-parler, n'en est pas à sa première tentative. « Je le répète depuis un an déjà : cultiver le haschisch est une formule de relève économique pour la Békaa, pour Baalbeck et pour le Hermel », affirme-t-il, dans une interview à L'Orient-Le Jour.
Pour le député du Chouf, la culture de haschisch, et pas seulement à des fins thérapeutiques, est « le meilleur substitut, le seul moyen de survie » d'une région minée par l'exode rural vers la capitale. Dénonçant « les terribles conditions de vie » dans cette partie du pays, où « les personnes recherchées sont nombreuses » et « la criminalité importante à cause de la pauvreté », il assure que les habitants de cette région « n'ont pas d'autre revenu, n'ayant pas émigré en Afrique ou dans le Golfe », contrairement à d'autres Libanais. Quant aux cultures de substitution mises en place dans le cadre d'un programme d'éradication de la culture du cannabis, à l'époque où feu Rafic Hariri était Premier ministre, il constate leur « lamentable échec ».

 

(Pour mémoire : Et si le cannabis était légalisé au Liban ?)

 

Criminels à Roumieh
Mais qu'en est-il des effets néfastes de la consommation récréative du haschisch ? « Je n'en vois pas les effets dévastateurs, répond-il franchement. Surtout s'il est comparé aux pilules qui font des ravages, créées par certains milieux politiques pour détruire moralement des sociétés », précise-t-il, laconique. Ce qu'il condamne par contre, c'est que des consommateurs, dont une tranche de la jeunesse libanaise, « se fassent attraper pour possession de quelques grammes de cannabis. Ils sont emprisonnés à Roumieh où ils deviennent de véritables criminels », dit-il, déplorant la démesure de la sentence et les conséquences dramatiques qu'elle entraîne.
La campagne de Walid Joumblatt entend bien « réveiller la classe politique de sa torpeur » et pousser les autorités « à réformer les lois ». « Qu'attendent donc les parlementaires ? demande-t-il. Il est dommage qu'au Liban, on fasse de la haute politique au lieu de s'intéresser aux problèmes du citoyen. » Quant à la capacité des autorités à réglementer la culture, il n'en doute pas. « Lorsque l'État décide de s'y mettre, il le fait bien, comme il l'a fait dans sa lutte contre les cellules terroristes ou à la prison de Roumieh. »

 

« Leçons d'en haut »
Dans cet esprit, M. Joumblatt assure que la culture du haschisch est « une tradition ancestrale au Liban ». Il rappelle l'attitude permissive, à l'époque du président Fouad Chéhab, à l'égard des agriculteurs cultivant le haschisch. « Les raisons étaient purement économiques, en l'absence de grands projets de développement. » Il avance un autre argument de taille : « Dans certains pays occidentaux, la légalisation se fait lentement. Alors pourquoi diaboliser la culture de cannabis au Liban ? »
Le député ne manque pas de dénoncer à ce propos la position de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) qui considère le haschisch comme une drogue illicite et prône donc son interdiction : « C'est joli de donner des leçons d'en haut. Mais l'Onu parvient-elle à éradiquer les cultures en Amérique latine et le trafic vers l'Amérique du Nord, ou même les cultures au Maroc ? »
Walid Joumblatt persiste et signe. Il relance le débat pour l'autorisation réglementée de la culture et de la consommation de haschisch au Liban. Mais pour l'heure, la classe politique dans son ensemble ne semble pas vouloir se mouiller face à ce dossier tabou et délicat.

(À suivre, l'épisode 2, le reportage)

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Ali Farhat

J'aime bien le coté "Rasta" de joumby! Mais bon, il faut arreter de faire diversion quand il y a des grandes questions à résoudre dans le pays. Je sais pas pourquoi, j'ai aucune confiance dans ce caméléon, mais je le trouve parfois sympa... rigolo, une sorte de pied-de-nez à la politique ne notre pays. Joumby chameleon est une oeuvre d'art (ou une relique!) de notre Liban.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VOILÀ LA PRIORITÉ CAMÉLÉONISTIQUE SUR LE DIALOGUE ET LA SÉCURITÉ !!!

Remy Martin

Chapeau a Walid Joumblat, quoi qu'on dise ! N'en deplaise a ceux qui tiennent absolument a se cacher derriere leur petit doigt ... Et puis ca reduirait peut-etre les ardeurs belliqueuses de ceux qui croit que le pha***s est au bout du fusil !

Pierre Hadjigeorgiou

Il est en manque apparemment et craint qu'il ne finisse a Roumieh.

M.V.

Réponse à Mister girouette : que les compagnies d'assurance augmentent les primes ,pour couvrir les risques cardiovasculaires , cancer du poumons etc.. ainsi que les primes accidents automobile par exemple...vu que le cannabis est loin d'être une drogue inoffensive.......

Halim Abou Chacra

Ce pays est déjà étourdi, sans président, sans direction et avec des chefs politiques très irresponsables qui le bloquent en tout et pour tout ce qui touche à leur propre et mesquin intérêt. Imaginez-le avec le haschisch légalisé !! Ou peut-être il s'en porterait mieux. Je n'en sais plus rien.

Dernières infos

Les signatures du jour

Un peu plus de Médéa AZOURI

C’est tous les jours dimanche

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants