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Liban

La faute aux prix du pétrole !

La situation
Élie FAYAD | OLJ
16/01/2015

La perspective d'un dénouement prochain de la crise présidentielle s'est une fois de plus éloignée cette semaine après les informations sur l'échec de la dernière mission en Iran de Jean-François Girault, le « monsieur présidentielle libanaise » au Quai d'Orsay.

On se rappelle que lors de son précédent passage à Téhéran, il y a quelques mois, le chef du département d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient au ministère français des Affaires étrangères avait entendu des paroles encourageantes de la part des dirigeants iraniens sur la question, ce qui l'avait poussé à élargir l'assiette de ses contacts et de venir au Liban rencontrer l'ensemble des protagonistes.
Dans certains milieux, on était allé jusqu'à évoquer la possibilité de la tenue de l'élection au plus loin en mars prochain.
Cette fois-ci, M. Girault se serait vu répondre que l'Iran ne s'ingère pas dans les affaires intérieures libanaises, que la présidentielle au Liban en est une, qu'elle est de surcroît une question qui intéresse au premier chef les chrétiens libanais, et que, de ce fait, il ferait mieux de s'adresser directement aux parties concernées...
Pourquoi ce revirement brutal et cette escalade de la part des Iraniens ? Les spéculations allaient bon train ces jours derniers à ce sujet à Beyrouth. Nombre d'observateurs relèvent que la nouvelle crispation est liée essentiellement à des considérations touchant le Golfe, et en particulier l'Arabie saoudite.


Sur le plan diplomatique, cette dernière se refuse pour l'instant à s'ouvrir en direction de Téhéran tant que les conditions qu'elle pose dans un certain nombre de dossiers régionaux, notamment sur le conflit syrien, ne sont pas satisfaites. On sait, en effet, que le royaume saoudien n'a pas changé d'un iota sa position à cet égard et ne veut toujours pas entendre parler d'une solution politique en Syrie incluant Bachar el-Assad.
À cela il faut ajouter le fait que la confusion reste maîtresse dans la plupart des autres dossiers régionaux et aussi qu'une escalade est amorcée dans le Golfe sur la question de Bahreïn, objet d'une récente polémique entre le gouvernement de Manama et le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.


Last but not least, la chute des prix du pétrole a fait aussi son effet. Pour Téhéran, comme d'ailleurs pour Moscou, il est clair qu'en se refusant à réduire sa production de brut, le royaume saoudien cherche délibérément à pousser les cours vers le bas, étranglant de ce fait les finances russes et iraniennes.
Que l'arme des prix du pétrole ait souvent été utilisée dans la géostratégie mondiale, notamment de la part des États-Unis – dont c'est là l'un des vecteurs de la puissance diplomatique –, on ne le sait que trop. Mais voilà aujourd'hui que cette arme, qu'elle soit délibérément utilisée ou pas, contribue non seulement à réduire les rentrées des expatriés libanais, mais aussi à renvoyer la présidentielle libanaise aux calendes grecques (il est vrai qu'en échange, la facture énergétique est elle aussi révisée à la baisse).


Face à ce qu'ils perçoivent comme une claire intransigeance saoudienne à leur égard, les Iraniens ont donc opté pour l'escalade, ce qui les conduit à s'accrocher davantage à leurs « prés carrés » dans la région, et le Liban en fait notoirement partie. De là, le regain de blocage au niveau de la présidentielle.
En revanche, un déblocage est clairement en cours sur un autre terrain au Liban : c'est à proprement parler sur le terrain, autrement dit la sécurité. L'évolution n'est que partielle, il n'y a pas d'illusions à se faire à ce sujet. Cependant, les développements des derniers jours tendent à montrer que quelque chose a changé dans les comportements des uns et des autres.


Les réactions au double attentat-suicide de Jabal Mohsen, l'action énergique et efficace des forces de l'ordre à Roumieh et l'arrestation spectaculaire du commanditaire présumé du meurtre du jeune Yves Naufal à Brital, tout cela a permis au bouillant ministre de l'Intérieur, Nouhad Machnouk, objet de rares dithyrambes dans les rangs du 8 Mars après la prestation de Roumieh, d'afficher hier soir à la LBC son optimisme quant à une mise en œuvre effective du plan de sécurité pour la Békaa.
M. Machnouk devra d'ailleurs mesurer lui-même le degré de disposition de ses interlocuteurs du Hezbollah à cet égard aujourd'hui même, dans le cadre de la troisième séance du dialogue entre le Futur et le Hezb, à laquelle il doit participer aux côtés de Nader Hariri, chef du cabinet de Saad Hariri.
Les propos du ministre de l'Intérieur, les proches du couple Fakhri, assassiné à Btedaai (près de Deir el-Ahmar) il y a quelques mois, souhaiteraient ardemment les voir concrétisés au plus vite par l'arrestation des assassins, notoirement connus dans la région.
Un fait singulier illustre le changement en cours : pouvait-on imaginer il y a quelques semaines les SR des FSI, un service honni par le 8 Mars et les prosyriens et dont les hommes ont fait l'objet de plusieurs attentats meurtriers depuis 2005, entrer à Brital, une localité au cœur du système paramilitaire du Hezbollah ou des clans chiites de la Békaa-Nord, et y opérer une arrestation ? Même s'il s'agissait d'un fait divers ?
Qui faudrait-il remercier pour cela et aussi pour le déroulement parfait de l'opération de Roumieh ? Daech, les frères Kouachi, Amédy Coulibaly ?...

 

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