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À La Une - L'orient Littéraire

Grand Hôtel Nostalgie

On pourrait encore y voir officier Maria, la cuisinière rougeaude et tyrannique, célèbre pour sa kibbé arnabyeh incomparable ...

D.R.

Il dresse sa façade jadis imposante au milieu d’un jardin défraîchi qui a connu des jours meilleurs. Dans le salon immense, un lustre, amputé d’une partie de ses breloques de cristal, diffuse une lumière jaunâtre chiche sur des fauteuils club en cuir au chic anglais désuet. La salle de jeu est mystérieuse, discrètement située au fond comme il sied à un lieu de vice et ses tables vertes bruissent encore des éclats de voix de joueurs malchanceux ayant perdu en une seule nuit, dit la légende, un domaine agricole colossal et une série d’immeubles de rapport idéalement situés sur le boulevard du bourg.
 
Les cuisines sont hautes avec des fourneaux à l’ancienne et des marmites en cuivre faites pour rôtir des agneaux entiers. En regardant bien, on pourrait encore y voir officier Maria, la cuisinière rougeaude et tyrannique, célèbre pour sa kibbé arnabyeh incomparable, houspillant son souffre-douleur préféré le souffragi Anwar, aussi fatigué que sa livrée. Il y a même encore un lavoir avec des battoirs en osier et des chaudrons noirs de sorcière dans lesquels on faisait bouillir la lessive au bleu dit "Nil". On croirait voir la buée s’en échapper et sentir le nuage de chaleur qui nous faisait suffoquer, petits.
 
Les chambres n’ont pas été refaites. Avec leurs couvre-lits vaguement roses et leurs édredons douillets, elles sont faites pour les siestes paresseuses bercées par la plainte d’un ventilateur poussif, heureuses pauses d’une époque où l’on n’avait rien à faire, où on ne pensait à rien, où on s’ennuyait, du doux ennui des vacances. Mais c’est sur la terrasse que tout se passe. Avec son sol en terre semé de petits cailloux qui vous font trébucher, ses tables en bois bancales et ses chaises en fer forgé vert, elle a vu défiler sous ses pins, pachas d’Égypte en tarbouche, courtisanes dolentes en châles fleuris, aventuriers de tous bords et sombres conspirateurs arabes.
 
C’est là encore aujourd’hui, dans le murmure familier des grillons, que se nouent les transactions municipales douteuses et les petits arrangements électoraux, mais où naissent aussi, d’un regard échangé entre une fillette aux cheveux dorés et un garçon brun en short, les premières amours.
 

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Il dresse sa façade jadis imposante au milieu d’un jardin défraîchi qui a connu des jours meilleurs. Dans le salon immense, un lustre, amputé d’une partie de ses breloques de cristal, diffuse une lumière jaunâtre chiche sur des fauteuils club en cuir au chic anglais désuet. La salle de jeu est mystérieuse, discrètement située au fond comme il sied à un lieu de vice et ses tables vertes bruissent encore des éclats de voix de joueurs malchanceux ayant perdu en une seule nuit, dit la légende, un domaine agricole colossal et une série d’immeubles de rapport idéalement situés sur le boulevard du bourg.
 
Les cuisines sont hautes avec des fourneaux à l’ancienne et des marmites en cuivre faites pour rôtir des agneaux entiers. En regardant bien, on pourrait encore y voir officier Maria, la cuisinière rougeaude et...
commentaires (5)

RÉZZZALLÂH ! YÂ HARÂM !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

15 h 06, le 08 septembre 2014

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Commentaires (5)

  • RÉZZZALLÂH ! YÂ HARÂM !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 06, le 08 septembre 2014

  • Magnifique!

    Michele Aoun

    10 h 16, le 08 septembre 2014

  • Tout ces tresors ne devraient-ils pas etre renoves?

    IMB a SPO

    14 h 46, le 07 septembre 2014

  • Mes parents s'y sont fiances (photo dans les jardins a l'appui) puisque mon pere Isaac etait saxophoniste dans les grand orchestre qui jouait au ball-roomm.

    Gerard Avedissian

    11 h 11, le 07 septembre 2014

  • Lire "Sofar Blues"... Un délice !

    lila

    11 h 11, le 07 septembre 2014

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