La stagnation politique n'a jamais été aussi désespérante au Liban, alors que les différentes parties politiques sont en conflit sur tous les dossiers, qu'ils soient économiques, sociaux ou constitutionnels. La nouvelle échelle des salaires traîne depuis des mois, accompagnée de manifestations sociales qui ne font pourtant pas bouger les responsables politiques. Il faut désormais y ajouter le problème des salaires des fonctionnaires, qui pour être payés exigent une couverture légale, les fonds de réserve n'étant plus suffisants pour les régler.
Selon le 8 Mars, les choses ont au moins le mérite d'être claires puisque ce qui entrave l'adoption d'une loi autorisant ces dépenses est l'opposition de Fouad Siniora et du bloc parlementaire qu'il préside. L'ancien Premier ministre souhaiterait en effet pousser le gouvernement actuel à faire des dépenses sans passer par la procédure légale pour le mettre à égalité avec le gouvernement qu'il présidait entre 2006 et 2008 qui avait dépensé onze milliards de dollars sans qu'on retrouve leurs traces dans les archives comptables de l'État. De la sorte, l'irrégularité commise serait effacée par la nouvelle, cette fois à l'initiative du gouvernement de Tammam Salam avec Ali Hassan Khalil au ministère des Finances.
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Le dossier des professeurs contractuels de l'Université libanaise qui touche les quelque 70 000 étudiants inscrits à cette université est lui aussi en suspens, pour des raisons inavouables, qui porteraient sur la part de chaque partie politique dans la liste des professeurs qui devraient intégrer le cadre. Le dossier passe de report en report et aucune partie n'est prête à céder du terrain. De plus, pour la première fois, le gouverneur de la Banque du Liban a tiré la sonnette d'alarme sur la situation économique, tout en assurant toutefois que les fonds consacrés aux salaires des fonctionnaires existent...
C'est dans ce contexte social explosif que l'EI (État islamique – Daech) a fait son apparition au Liban. En dépit des dénégations officielles, des groupes palestiniens ont porté allégeance au nouveau calife Ibrahim Abou Bakr el-Baghdadi à Aïn el-Héloué alors que des drapeaux du califat ont été brandis à Tripoli. Les routes du Nord sont régulièrement coupées et les agressions contre l'armée se poursuivent, même si elles sont quand même bien plus faibles qu'avant. La localité de Ersal continue d'échapper au contrôle de l'État, puisque des éléments armés ont débarqué dans la bourgade pour emmener de force Moustafa Ezzedine et l'exécuter publiquement. L'homme était coupable, aux yeux des groupes terroristes, d'avoir enlevé deux des leurs qui avaient tué son propre fils. Ils l'ont donc condamné à mort et ils ont exécuté la sentence au vu et au su de tout le monde. En même temps, des sources en provenance de la bourgade rapportent que le fameux « Abou Taquia » recherché par la justice libanaise est revenu sur place, après avoir disparu pendant quelques mois. Abou Taquia est accusé de pousser les éléments armés à attaquer les soldats et à les torturer sur la place publique.
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Pour compléter ce tableau, il faut ajouter le dossier de la prison de Roumié qui devient de jour en jour plus explosif. Contrairement à ses prédécesseurs, le ministre de l'Intérieur Nouhad Machnouk a décidé de l'affronter sérieusement, mais les moyens restent en deçà des besoins. La prison de Roumié est sans doute la seule au monde où les forces de l'ordre n'ont pas accès à un bâtiment entier. Dans ce fameux bâtiment « B », les détenus islamistes ont créé leur propre émirat et y font la loi, procédant à des transactions financières et même, selon certaines informations, gérant des cellules dormantes ou en train de se réveiller. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si divers responsables de Daech ont aussitôt lancé des menaces enregistrées contre le ministre Machnouk et tous ceux qui seraient tentés de toucher au fameux bâtiment « B ». C'est dire la complexité de ce dossier, qui n'en reste pas moins crucial pour l'autorité de l'État.
À tous ces problèmes insolubles, il faut ajouter celui des réfugiés syriens dont le nombre devient de plus en plus inquiétant et menaçant pour le tissu social libanais. La confusion la plus totale règne à ce sujet, surtout après les rumeurs faisant état d'un projet d'implantation de ces réfugiés au Liban, avec l'aval des instances internationales. L'ONU a certes démenti les rumeurs, mais la communauté internationale a bel et bien failli à ses promesses et le Liban est totalement débordé par les réfugiés dispersés sur l'ensemble de son territoire, sans avoir les moyens (quand bien même la volonté existe) de les contrôler. En même temps, la promesse d'armes françaises achetées par l'Arabie saoudite et destinées à l'armée est désormais liée à l'élection d'un président pour se concrétiser...
En dépit de toutes ces menaces, puisque chaque dossier peut à lui seul provoquer une série de troubles dont on ne peut mesurer à l'avance l'importance, les Libanais trouvent le moyen de se diviser et de se disputer sur le foot, comme si, alentour, le feu n'était pas en train de s'étendre et comme si l'urgence de préserver leur pays ne se faisait pas sentir.
Dans ce tableau où l'inconscience tient lieu d'action, il y a toutefois des lueurs d'espoir et elles viennent des efforts déployés par les forces de sécurité, toutes institutions confondues, pour tenter de maintenir la stabilité. La réaction rapide de ces forces après les derniers attentats a porté ses fruits, mais une source de sécurité affirme qu'il ne faut pas pour autant croire que les menaces sécuritaires sont enrayées. Il est difficile de lutter contre ces groupes, précise la source qui ajoute qu'après les coups de filet de l'an dernier, notamment l'arrestation de Naïm Abbas et la mort de Majed el-Majed, les groupes ont réussi à reconstituer leurs cellules, même si le travail est approximatif. Elles ont dû par exemple faire appel à des kamikazes venus de l'étranger via l'aéroport pour accomplir certaines missions, faute de les amener par les frontières terrestres qui sont désormais presque totalement contrôlées, surtout depuis la prise par l'armée syrienne et le Hezbollah de la région du Kalamoun. Ce qui n'empêche pas près de 2 000 combattants de se réfugier dans le jurd entre Ersal et la frontière allant jusqu'à la région de Zabadani.
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Enfin, le fait que les derniers attentats aient été effectués avec des charges relativement réduites montre que les groupes ne parviennent plus à déplacer de grandes quantités d'explosifs. Il reste que la Sûreté générale est en train de vérifier minutieusement l'identité des arrivants à Beyrouth et près d'une soixantaine de personnes ont été renvoyées chez elles par prudence, alors que le gouvernement refuse toujours de rendre obligatoire l'obtention de visas par certains voyageurs arabes arrivant au Liban. En somme, les forces de l'ordre font de leur mieux, mais cela suffira-t-il à mettre le pays à l'abri des développements régionaux, en l'absence d'un minimum de consensus interne ?
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C'est un tableau éminemment triste du Liban que décrit cet article. Il est grand temps que les responsables politiques prennent enfin conscience de cette situation potentiellement explosive qui risque d'entraîner le Liban dans une spirale de violence incontrôlable.
13 h 31, le 10 juillet 2014