L'appel du patriarche maronite Mgr Béchara Raï au président Nabih Berry de tenir des séances ouvertes à la Chambre des députés jusqu'à l'élection d'un président de la République a embarrassé ce dernier, si bien que Mgr Raï a envoyé un émissaire à Aïn el-Tiné pour clarifier les motifs qui l'ont poussé à monter au créneau. Le patriarche ne visait guère Nabih Berry. Il ne cherchait pas à lui faire assumer la responsabilité du blocage, mais lançait un appel à l'aide pour que l'échéance puisse enfin se tenir. Peut-être, au moins, le fait de tenir des séances ouvertes pourrait constituer un moyen de pression sur les députés pour exercer leur devoir national et moral... D'autant que certains députés du 14 Mars avaient mis en relief leur volonté d'effectuer un sit-in à la Chambre jusqu'à ce que le scrutin ait lieu.
L'émissaire a précisé que le patriarche maronite avait fait assumer la responsabilité du blocage à certains leaders chrétiens, spécifiquement ceux qui boycottent les séances. Des milieux du patriarcat ont même demandé au prélat maronite d'aller jusqu'à jeter l'anathème sur les députés chrétiens qui manquent à leur devoir électoral.
À travers sa démarche conciliatoire, Mgr Raï affiche ainsi sa volonté de préserver intactes les relations étroites qui lient Bkerké à Aïn el-Tiné. Le président de la Chambre a bien compris le sens de la démarche, ainsi que le message transmis par le patriarche maronite. Aussi s'est-il empressé de préciser qu'il était en faveur d'une élection dans les plus brefs délais. Cependant, selon les milieux berrystes, il n'y a rien de nouveau à ce niveau qui puisse augurer d'une fin prochaine de la vacance présidentielle.
Pas le moindre signe d'un début de solution à l'horizon, d'une quelconque perspective de pouvoir s'entendre sur un président de consensus, comme le réclament le président de la Chambre et son allié de toujours, le chef du Rassemblement démocratique, Walid Joumblatt. Surtout que le général Michel Aoun tient plus que jamais à sa candidature et refuse de se transformer en grand électeur ou d'accorder le moindre crédit aux initiatives de solutions – et de désistement réciproque – proposées par le président des Forces libanaises, Samir Geagea.
Le patriarche maronite n'a pas réussi à convaincre les leaders chrétiens de s'entendre. Le Vatican aussi, selon un ancien ministre. Le général Aoun est intraitable à ce sujet. C'est pourquoi des sources du 8 Mars écartent la possibilité d'un changement ou d'un revirement de position quelconque.
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Des sources proches de Aïn el-Tiné affirment, elles, que la responsabilité de l'échéance retombe sur les leaders chrétiens, qui devraient s'entendre sous l'ombrelle de Bkerké. Tout candidat agréé par ces pôles bénéficierait de notre soutien immédiat, disent-elles. Le courant du Futur de l'ancien Premier ministre Saad Hariri tient le même discours et le même raisonnement, refusant de s'embourber dans la question des candidatures, et précise qu'il n'opposera aucun véto contre telle ou telle figure bénéficiant du soutien de Bkerké et des chefs chrétiens.
Face à l'impasse, le président de la Chambre a reporté une série de concertations qu'il entendait mener avec les chefs de blocs parlementaires. Il a également rejeté une proposition d'appeler les membres du comité de dialogue à se réunir pour se concerter sur la présidentielle, parce que cela, pense-t-il, sera inutile en l'absence de nouveaux éléments.
D'autant qu'il s'avère que la décision de tenir l'échéance présidentielle dépend désormais de l'extérieur, en dépit des appels de la communauté internationale à libaniser l'échéance. L'influence régionale pèse trop sur le dossier, jusqu'à le bloquer, et le monde est trop préoccupé par la crise irakienne actuellement pour s'intéresser au Liban. Le conflit saoudo-iranien fait rage dans la région, et tant que le clivage est aussi fort entre deux projets antinomiques, le Liban est voué à demeurer une arène de conflits, du moins tant que les forces politiques locales sont elles-mêmes alignées sur ce clivage. Le blocage de la présidentielle n'est rien moins qu'un épiphénomène de cette âpre bataille.
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Des observateurs estiment que les développements en Irak constituent, du point de vue international et régional, le signe d'un effondrement, à partir de l'Irak, du projet iranien du « croissant chiite » de l'Iran au Liban-Sud. Ce qui constitue un changement ostensible dans les rapports de force et dans les règles du jeu, à l'heure où les appels à la mise en place de confédérations ou à l'édification de mini-États vont bon train.
Les développements en Irak interviennent au moment où s'achève presque sur des divergences la première phase de six mois des négociations sur le nucléaire. L'Occident, et plus précisément les États-Unis, a pris position en faveur du soutien militaire à l'opposition syrienne modérée contre le régime Assad. L'Iran tente de faire un forcing de son côté, tant au niveau des négociations sur le nucléaire que dans son attachement à Nouri al-Maliki en Irak pour un troisième mandat. Des observateurs estiment que Téhéran joue son va-tout, puisque lâcher Maliki à Bagdad conduirait immanquablement à un abandon d'Assad à Damas, ce qui affaiblirait le Hezbollah au Liban, alors même que le secrétaire général du parti chiite avait proclamé, il y a quelques semaines, sa victoire totale sur tous les fronts.
Face à ce tableau peu réjouissant, les pôles chrétiens changeront-ils d'avis et penseront-ils à sauver la présidence de la République ? Encore une fois, des sources politiques du 8 Mars soulignent qu'il n'y aura aucun changement dans les positions du chef du Courant patriotique libre jusqu'à ce que Saad Hariri prenne ouvertement position sur sa candidature. Elles ajoutent que le Hezbollah est derrière la candidature de Aoun, même si le président Berry n'a pas clairement pris position en sa faveur.
Le Hezbollah modifiera-t-il ses positions ? Commandera-t-il à ses députés de participer aux séances électorales ? Acceptera-t-il de discuter d'un éventuel candidat de consensus pour sauver la République, avant que les événements d'Irak ne viennent se déverser sur la scène locale? Rien n'est moins sûr. Pas de présidentielle avant septembre, affirment des sources bien informées, qui ajoutent que les contacts sont menés actuellement en faveur d'une nouvelle prorogation du mandat de la Chambre. À moins que des événements sécuritaires dramatiques ne précipitent, une fois de plus, l'échéance.
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Il y a un certain temps, quelqu'un avait filmé M. Walid Joumblatt en train de parler avec des cheikhs druzes. Dans cette conversation, il avait traité les Maronites de "mauvaise espèce"...On s'était indigné à l'époque, mais il semble que le leader de Moukhtara ait parfaitement raison! A propos, je suis Maronite, en dépit de mon nom...
11 h 39, le 10 juillet 2014