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Économie

Salaires des fonctionnaires : faut-il s’inquiéter ?

Liban - Finances publiques

Depuis quelques jours, on s'agite dans les milieux de la finance pour répondre aux rumeurs parues dans certains médias quant au manque de moyens de l'État pour régler les salaires et traitements des fonctionnaires. Des experts du domaine financier tentent d'expliquer à « L'OLJ » les différents volets de ce débat.

Rana ANDRAOS | OLJ
08/07/2014

« Gouverner c'est prévoir. » La fameuse formule lancée au XIXe siècle par Émile de Girardin et reprise par Jihad Azour pour décrire le manque de planification des politiques résume le débat qui occupe la scène médiatique depuis quelques jours. En effet, depuis que le quotidien al-Akhbar a publié samedi une information qui suppose que l'État n'a plus les moyens de payer ses fonctionnaires, les responsables se bousculent au portillon pour trouver des moyens de rassurer l'opinion publique.

Interrogé autour d'un potentiel défaut de paiement des salaires et traitements des fonctionnaires, l'ancien ministre des Finances Jihad Azour a indiqué dans une entrevue accordée à L'Orient-Le Jour que « le Liban a institutionnalisé les avances au Trésor depuis le gouvernement Mikati ». Il rappelle toutefois que l'année dernière, à la même époque quasiment, le même débat avait fait surface. « C'est absurde de ne pas prévoir des mois à l'avance le paiement de ce poste budgétaire sachant que les postes les plus importants de l'État sont le service de la dette d'une part et les salaires et traitements des fonctionnaires d'une autre », a-t-il ajouté en rappelant que 20 000 nouveaux fonctionnaires sont venus grossir les rangs de la fonction publique depuis 2005. « On aurait dû prévoir une solution au début de l'année », a déploré M. Azour qui a ajouté que c'est inutile de « créer une tension au sein de la fonction publique alors que la conjoncture politico-sécuritaire est déjà précaire ».

 

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« Nous avions prévu ce problème », explique de son côté le directeur général du ministère des Finances Alain Bifani. Il indique toutefois que le problème ne réside pas dans un manque de liquidités, mais dans un écart entre « ce qui est disponible et ce qui est nécessaire de la part de la loi ». Et d'ajouter que le problème est en fait une question « d'autorisation de paiement ». M. Bifani rappelle qu'entre 2005 et 2010, les gouvernements qui se sont succédé ne se sont pas souciés de la manière dont les recettes étatiques étaient dépensées. Appuyant les propos de l'ancien ministre Azour, Alain Bifani réitère « qu'à partir de l'année 2011, les dépenses ont été effectuées selon des avances au Trésor », mais qu'il fallait absolument faire passer la loi « déjà approuvée en commissions parlementaires en 2012 pour réguler ces dépenses ».

S'il déplore toutefois le fait que 80 % uniquement de la loi a été approuvée telle quelle « parce que certaines parties préfèrent garder une part d'inégalité », il met en avant la nécessité d'avoir un pays qui « fonctionne sous les prérogatives de la loi ». Le directeur général du ministère des Finances tient également à mettre en avant le fait que les organisations internationales, les bailleurs de fonds, comme les agences de notation n'attendent qu'une seule chose, c'est que le Liban se dote de lois qui assainissent ses finances publiques.

Khalil : L'État n'a pas de problèmes de liquidités
De son côté, le ministre des Finances Ali Hassan Khalil a assuré lundi lors d'une conférence de presse qu'il n'y a pas de problème de liquidités et que la situation financière du pays est stable, mais qu'il fallait toutefois mettre en place un cadre juridique adéquat qui régule les dépenses étatiques. « Je vais me battre pour assurer les salaires et traitements des fonctionnaires, cela est une responsabilité morale », a-t-il ainsi promis en précisant que toute action menée par son ministère était coordonnée au préalable avec la Banque centrale.

 

(Lire aussi: Grève des employés de KVA pour réclamer leur salaire)



Rappelons que le ministre des Finances avait présenté le 6 juin dernier le projet de budget 2014 avec un déficit de 7 669 milliards de livres ; un projet qui n'inclut pas le financement d'une possible hausse de la grille des salaires. Approuvé par le Conseil des ministres, le projet est toujours dans l'attente de l'aval du Parlement. Force est de souligner que le Liban est sans budget depuis 2005. Si les faits sont têtus, le constat se passe de tout commentaire...

Ali Hassan Khalil a estimé qu'il y avait « des progrès sensibles au niveau des finances publiques, appelant toutefois à la régularisation des comptes précédents en respectant la loi et en tenant pour responsables ceux qui l'ont transgressée ». M. Khalil a ainsi exhorté les parlementaires à être présents aux séances de la Chambre afin de légiférer en matière de finances loin de tout différend politique.

Parallèlement, le ministre du Travail Sejaan Azzi a assuré qu'il n'y avait aucun problème de liquidités et a souligné que le dossier des salaires et traitements de la fonction publique ne doit pas se transformer en otage des dissensions politiques.

Pour l'ancien Premier ministre Fouad Siniora, le cadre juridique réclamé par le ministre Ali Hassan Khalil est déjà en place et « il y a d'autres moyens légaux de légiférer si certains députés ne veulent pas se présenter aux séances parlementaires ». Ces propos sont intervenus dans une entrevue accordée au quotidien as-Safir.

Enfin, le gouverneur de la Banque du Liban (BDL) s'est voulu rassurant. Il a précisé hier que les salaires et traitements des fonctionnaires seront « toujours assurés » et que la BDL promet de respecter ses engagements.
Sans budget approuvé, sans loi qui régit les dépenses de l'État, et sans accord des pôles politiques sur la manière d'assainir les finances publiques, ce dossier risque, comme plusieurs d'ailleurs, d'être réglé temporairement par des accords douteux.

 

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