X

Liban

Atmosphère de fin de règne pour la dernière conférence de dialogue à Baabda

La situation
Fady NOUN | OLJ
06/05/2014

C'est dans une atmosphère de fin de règne que la dernière réunion de la conférence nationale de dialogue s'est tenue hier, pour la dernière fois avant la fin du mandat du président Michel Sleiman (24 mai à minuit), à Baabda.
Cela n'a pas empêché certains des ténors présents d'établir un bref bilan du mandat du chef de l'État et de se monter élogieux à son égard. Ainsi, le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a vanté l'art de désamorcer les tensions dont M. Sleiman a fait preuve tout au long de son mandat. « L'histoire lui rendra justice, a encore dit M. Joumblatt, et la déclaration de Baabda est tout à l'honneur de son mandat. »
Fouad Siniora et Nagib Mikati ont également été de ceux qui ont rendu hommage au sens de l'État et à l'impartialité de M. Sleiman et à son sang froid dans les grandes crises, notamment en 2009 lors de l'offensive israélienne contre Gaza, ainsi que pendant les élections législatives (2009) et municipales (2010).

 

Les absents
En l'absence de Michel Aoun, des Forces libanaises et du Hezbollah, il était difficile d'imaginer que l'on parlât de stratégie de défense. Toutefois, l'échéance présidentielle était omniprésente, tandis que Nabih Berry désamorçait publiquement la bombe fumigène lancée la veille par le chef de l'État qui avait mis en garde contre une dérive institutionnelle qui conduirait certains à demander la convocation d'une Constituante. M. Berry a jeté l'ancre, en annonçant que son camp ne reniera pas l'accord de Taëf, ni la fameuse parité islamo-chrétienne ni la convivialité. Cette assurance solennelle devait figurer dans le communiqué final de la séance.
Toutefois, le chef de l'État a lançé un nouveau cri d'alarme, mettant en garde contre les risques inhérents au vide institutionnel et à l'absence d'un chef à la tête de l'État. La veille, il avait indiqué en particulier que les prérogatives présidentielles ne pourront être prises entièrement en charge par un cabinet divisé comme l'est le cabinet d'entente présidé par Tammam Salam et dénoncé l'usage du quorum comme arme politique.
Étaient absents de la dernière séance de dialogue à Baabda : Saad Hariri, Farid Makari, Mohammad Safadi, Michel Aoun, Samir Geagea, Mohammad Raad, Sleimane Frangié, Talal Arslan et Assaad Hardane. Des milieux politiques ont affirmé qu'en s'absentant, M. Aoun entendait protester contre les propos tenus la veille par M. Sleiman à Jbeil.

 

(Lire aussi : Seul le Vatican s'intéresse à l'élection présidentielle..., l'éclairage de Scarlett Haddad)

 

Mouvement de redressement
Amine Gemayel, l'une des personnalités les plus sensibles à l'absurdité d'un laisser-aller qui conduit droit au vide, ou au mur, a annoncé hier que les Kataëb lanceraient à partir d'aujourd'hui une espèce de mouvement de redressement. En un premier – et dernier? – temps, ce mouvement consisterait en des contacts décomplexés avec toutes les parties prenantes sur la scène locale. Et peut-être quelques diplomates. Objectif : empêcher l'effondrement d'une République gouvernée par des muets qui ne prennent jamais langue les uns avec les autres. De fait, M. Gemayel entamera ses contacts aujourd'hui, après avoir facilement obtenu hier, à Baabda, les rendez-vous correspondants. Pour des raisons de sécurité, le calendrier des contacts n'a pas été divulgué.
Selon Sélim Sayegh, la fameuse phrase de Goethe, « le but c'est le chemin », s'applique à cette démarche de secours visant à sortir la République de sa mortelle léthargie. Il s'agirait d'enclencher une dynamique qui, même si elle revêt un caractère sensiblement béotien, aurait au moins le mérite de réveiller l'imagination endormie de la caste politique. Et ce, indépendamment du fait que M. Gemayel figure parmi le quatuor, quintette ou sextuor de candidats « forts » qui ont peu de chances d'être élus, même si certains d'entre eux osent continuer à l'espérer.

 

(Lire aussi : Amine Gemayel : La priorité est au sauvetage de la République)

 

Berry et la loi électorale
La plupart des personnalités présentes à Baabda ont défendu hier l'idée d'une échéance présidentielle réalisée dans les délais constitutionnels. L'intervention la plus significative à cet égard a été celle du président Sleiman, qui a repris les principales idées de son discours de la veille, demandant aux députés de s'interdire d'user du quorum comme d'une arme politique.
Pour sa part, M. Berry a fait part de la possibilité évoquée par certains de procéder à des tours de scrutin successifs, de manière à permettre à une candidature de se dégager plus nettement du lot, selon un scénario imaginé par le patriarche Béchara Raï. Toutefois, conscient que le quorum risque d'être torpillé à nouveau, le président de la Chambre ne s'en est pas tenu là et a soulevé l'importance de l'adoption d'une nouvelle loi électorale susceptible d'empêcher une nouvelle prorogation du mandat de la Chambre, qui expire en novembre 2014.

 

(Lire aussi : Les craintes étrangères d'un vide présidentiel s'accentuent, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)

 

Poursuite du dialogue
Le pouvoir étant continuité, Michel Sleiman et ses hôtes sont convenus que le dialogue entamé sous le mandat actuel devra se poursuivre, avec les maîtres mots : dialogue, stabilité, modération, pacte d'honneur verbal, sans oublier la déclaration de Baabda.
L'état de la sécurité a également été l'un des sujets abordés en conférence de dialogue, ainsi que le miracle, in extremis, du plan de sécurité qui a réussi à relativement pacifier Tripoli et d'autres régions troublées de la Békaa et de la frontière est. « Le mérite en revient au sang-froid et au sens national du chef de l'État », devait dire à ce propos Walid Joumblatt.
Entre 11 heures et 13 heures, la conférence de dialogue de Baabda s'est tenue sur fond d'incendies de forêt, de fumées et de cendres emportés par le vent chaud. Le feu a même atteint l'un des parkings de la présidence de la République, dont les voitures ont dû être déplacées, mais il a été facilement maîtrisé.
Le communiqué final de la conférence a été considéré comme devant constituer le chantier de travail d'où le nouveau président devra s'élancer. Le texte devait faire figurer le respect et la poursuite de l'application des conclusions du Groupe international d'appui au Liban dans le renforcement de la stabilité et celui de l'armée, sans oublier les bases de l'économie nationale et les efforts pour régler le problème des réfugiés syriens. De même, les présents se sont engagés à respecter les échéances constitutionnelles présidentielle et législative et à les accomplir dans les délais légaux.
La séance de dialogue ne devait pas s'achever sans que le chef de l'État ne marque le coup contre les propos inconscients d'un chef militaire iranien.

 

 

 

 

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

CORRECTION ! Merci : "Quelques facteurs éhhh Campagnards libanais(h) Niais, expliquent les conduites décevantes de ces Malsains en huit dévergondés...."

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ET MAINTENANT COMMENCE LE DIALOGUE ENTRE... LES SOURDS... ET LES MUETS ! OU L'ABRUTISSEMENT À DOUBLE DOSE...

Sabbagha Antoine

Dialogue, stabilité, modération, pacte d'honneur verbal autant de belles paroles plutôt poétiques dans un pays ou ne fait que rêver .

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Quelques facteurs éhhh Campagnards libanais(h) expliquent les conduites décevantes de ces Malsains en 8. Le pire étant l'ennemi du bien, leurs pensées strictement sectaires, comme c'est la tradition chez eux, débouche sur ces amalgames de mini-zaïïms aussi en 8. Leur personnel politicien, par sa myopie clanique, a très vite altéré fâcheusement le sens de cette Démocratie. Ils ont succombé facilement au discours polémiste qui, sans doute, matraque davantage qu'il ne passionne ! On voit bien que par ces dérives, leur jeu politique ne pouvait que se dégrader et de diverses manières, leur moins-disant politique s'inscrivant de + en + dans un faisceau de rhétoriques ; qui surtout n'engagent à rien ou alors on se désengagera sans vergogne; voire de tromperies. Comment s'étonner, dès lors, de la dégénérescence chez eux du Politique, avatar de cette société confessionnaliste ? De ce repli communautaire au détriment de tout investissement chez l’autre 14 en face ? Bref, de ce désintérêt qui n'est plus qu’un rejet ? Le drame est que, ce faisant, ces indigènes Cancres-huitards, dans une démarche commune, détériorent ce régime de démocratie dont il faut inlassablement répéter qu'il est le pire à l'exception de tous les autres. Précieux parce que rare dans cette région. Régime au départ démocratique dont on ne mesure les vertus que lorsque l'emportent, affreusement, les autres despotiques alentours et leurs vices.

M.V.

La Présidence par en fumée...

Halim Abou Chacra

Quand il s'agit d'un sujet très important, j'ai l'habitude de me permettre de dire : "soyons francs". Il faut l'être au maximum concernant cette "atmosphère de fin de règne (du président Michel Sleiman) pour la dernière conférence de dialogue". Voilà un président qui arrive en 2008 à Baabda. C'est l'indignité de l'ère de la néfaste tutelle qui y règne. Discrètement il y restaure la dignité. Il est patient, attentif, ouvert à toutes les forces politiques, même celles dont les dérives couvrent de boue la République. Dignement, il est toujours au-dessus des mesquineries maladives qui lui sont lancées, en particulier par deux chefs politiques maronites incorrigibles, dont se distingue l'enfant gâté de la famille Assad. Il est par excellence le président du dialogue. Tant et si bien qu'il réussit un miracle : il provoque chez le Hezbollah le moment le plus extraordinaire de lucidité qu'il ait jamais eu depuis l'an 2000, soit la signature de la Déclaration de Baabda sur la distanciation du Liban des conflits extérieurs, excepté le conflit des Arabes avec Israel. Malheureusement et comme on dit en arabe, le parti de Dieu ne tarde pas à "lécher sa signature". Il entre aussitôt en une hystérie d'attaques au président, confirmant que le mot 'dialogue' ne fait pas partie de son dictionnaire et qu'en réalité il s'en moque et en fait une mascarade depuis 2006. Voilà où en est ce pays. Malgré tout cela, le président part de Baabda avec la plus grande dignité. Chapeau !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué