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« Migrants, déplacés et réfugiés », bâtir une voie alternative

Séminaire

Aborder une actualité délicate d'une façon académique et y impliquer étudiants, doctorants, chercheurs et acteurs sociaux, tel a été le souci des organisateurs de ce séminaire : le Bureau Moyen-Orient de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF) et le Bureau régional de l'Unesco pour l'éducation dans les pays arabes.

05/04/2014

Le temps d'une semaine, du 7 au 15 mars, le séminaire « Migrants, déplacés et réfugiés » a réuni, au rectorat de l'Université libanaise et au campus des sciences humaines de l'Université Saint-Joseph, des étudiants en doctorat et en master des deux universités, parmi lesquels des travailleurs dans des ONG. Les participants, venant de disciplines variées tels le droit, les sciences sociales ou la science politique, ont suivi une formation sur, entre autres, la globalisation des migrations, les politiques migratoires, le droit des migrants et les orientations méthodologiques. Une formation qui revêt une grande importance aujourd'hui, vu la conjoncture actuelle dans la région, comme l'affirme une intervenante, Liliane Kfoury, historienne et chargée de recherche à l'Unité interdisciplinaire de recherche, au Cemam de l'USJ : « On a trop tardé à mettre en place ce séminaire. Le Liban est un pays qui a toujours été, qui continue d'être et le restera, un pays de circulation. Nous accueillons beaucoup de non-Libanais : travailleurs migrants, déplacés forcés, réfugiés dont le nombre va croissant. Aussi, la tenue d'un séminaire sur toutes ces problématiques revêt-elle une importance primordiale, dans un cadre plus important de mondialisation et de globalisation des circulations et des déplacements. »
De plus, ces sujets n'ont pas encore été traités, au Liban, d'une façon exhaustive et pluridisciplinaire, d'où ce séminaire. « Il faut revenir aux études académiques, à la sociologie, l'histoire, l'économie et le droit pour traiter de ces sujets d'une manière beaucoup plus rationnelle, beaucoup moins émotive. Donc, conjoncturellement et structurellement, le séminaire tombe bien et c'est très lié à notre travail avec l'Unesco », estime Salwa Nacouzi, directrice régionale de l'AUF.
Alors qu'aujourd'hui au Liban, la présence des déplacés syriens se fait de plus en plus ressentir, et que la réaction des gens est plutôt émotive, rapide ou politisée, le séminaire place le sujet dans un cadre universitaire et met en avant des perspectives différentes. « On aborde une question très médiatisée en ce moment, mais d'une façon plutôt scientifique, du point de vue de différentes disciplines », explique l'intervenant Wassim Mansouri, professeur à l'UL, avocat au barreau de Beyrouth et membre de la Cour permanente d'arbitrage à La Haye.

Des cours axés sur une vision globale et pluridisciplinaire
Dans son cours, dans le cadre de ce séminaire, Me Mansouri développe l'axe juridique et définit les notions qui y sont relatives, mettant en avant l'ambiguïté du statut des déplacés au Liban, pays de passage et non pas de refuge, n'étant pas signataire de la Convention sur les réfugiés. « Le Liban n'a jamais fermé ses frontières à ceux qui ont besoin d'aide. La plupart des Syriens qui arrivent sur le sol libanais ne sont pas considérés automatiquement comme des réfugiés parce qu'ils ont toujours le moyen de trouver un travail, dans l'industrie du tourisme ou dans tout autre domaine. Alors que ces derniers ne trouvent pas un pays de refuge, ils ne retournent pas chez eux non plus. Et là, on rentre dans un cadre de vide juridique », ajoute Mansouri.
Si le séminaire a abordé le cas libanais, il l'a situé, en parallèle, dans le contexte plus large des migrations. Ainsi, pour Najla Tabet-Chahda, enseignante à l'UL et directrice du Centre des migrants de Caritas au Liban, il a fallu « rapprocher toutes les données internationales, les notions relatives au droit international, et voir comment le Liban se situe par rapport à ces définitions, à ces conventions ». Ces réflexions ont trouvé un écho parmi les étudiants, et pour certains, il était impossible de les ignorer dans le développement de leur thèse ou mémoire. « Le séminaire a abordé plusieurs aspects auxquels on n'avait pas pensé avant, comme la problématique du droit, la protection des personnes en mouvement... Il faut qu'on puisse imposer à l'État l'obligation d'assurer les droits de ces personnes. Donc il y a la responsabilité humaine de l'État, mais aussi la responsabilité de la communauté internationale », estime, enthousiaste, Lina Safa, doctorante en sciences politiques à l'UL.
Par ailleurs, les intervenants ont tenté de replacer les étudiants dans une démarche scientifique plus globale. Ces étudiants sont de jeunes chercheurs, mais en même temps des citoyens qui s'interrogent sur leur quotidien et les enjeux de leur pays face à ce flux migratoire. « J'ai voulu les accompagner dans les modalités scientifiques pour réinscrire leur perception de la société libanaise et des questions migratoires dans un ensemble d'éléments théoriques, de problématiques, avec toute l'évolution des sciences sociales et des méthodologies », souligne l'intervenant William Berthomière, géographe et chercheur au CNRS, Laboratoire migrations internationales, espaces et sociétés à l'Université de Poitiers.
De fait, l'étude des sciences sociales et l'acquisition des techniques méthodologiques sont primordialespour tout chercheur. Ainsi, Liliane Kfoury s'est attardée dans son cours sur les différentes méthodes de travail tels « l'utilisation des outils photographiques et d'enregistrement, les statistiques, les fiches d'enquête, les entretiens, les récits de vie... Et certains étudiants ont émis le souhait de faire des travaux de terrain. C'est à voir pour l'avenir », assure-t-elle.
Pour les organisateurs, ce séminaire est un début. Ils envisagent déjà la suite. « Cette année, ce séminaire a constitué une expérience-pilote. Nous espérons le coupler, l'année prochaine, avec du terrain, sur un plus long terme », déclare Salwa Nacouzi.

Objectifs et attentes
À travers ce séminaire, les organisateurs espèrent atteindre des objectifs sur plusieurs plans. Tout d'abord, examiner le sujet complexe des migrations, sous ses différents angles académiques, c'est faire en sorte qu'il soit mieux appréhendé par les étudiants et les chercheurs. « En tant que futurs chercheurs, le séminaire nous a éclairés sur un certain nombre de choses. Il a ouvert aussi le concept du dialogue interculturel. Les Syriens au Liban sont-ils intégrés ? Moi, en tant que Libanaise, quand je vois un Syrien, je m'affole ou je l'accueille ? Il y a ici un profond débat au niveau social, politique », lance Antoinette Habib, qui prépare un DEA en anthropologie à l'UL.
En parallèle et à plus long terme, organisateurs et intervenants cherchent aussi à sensibiliser l'opinion publique. « Commencer à faire ce genre de séminaire, c'est permettre au gens de mieux comprendre la question des réfugiés, des déplacés au Liban, mais aussi d'une manière plus générale car nous avons pris des exemples un peu partout », explique Wassim Mansouri.
En outre, motiver les chercheurs à travailler sur ces questions constitue un point primordial au niveau des objectifs visés. Certains étudiants ont exprimé leur souhait de continuer dans le domaine de la recherche. « Ce séminaire a apporté des réflexions, des idées nouvelles qui viendraient étoffer ma thèse. C'est le même terrain de travail », explique Lina Safa. Et Antoinette Habib d'indiquer que le séminaire l'a encouragée à aller de l'avant et a déterminé le choix du sujet de son mémoire.
Ainsi, sachant que le but ne serait pas de trouver des solutions mais d'étudier les problématiques et de les mettre en avant, l'enjeu serait, à long terme, de préparer le terrain à l'intégration, au dialogue interculturel, que ce soit au niveau des recherches académiques, de la mentalité de la société ou de l'adoption d'une politique adéquate.

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