Au Front national de Marine Le Pen, l’heure était aux réjouissances. Prenant la pose avec le maire FN nouvellement élu à Henin-Beaumont, Steeve Briois, la présidente du parti s’est félicitée : « Il faut désormais compter avec une troisième grande force politique dans notre pays. » Philippe Huguen/AFP
Le camp socialiste de François Hollande a connu hier une sévère déroute, au terme du second tour des municipales, perdant plusieurs villes importantes au profit de la droite, tandis que le FN a ravi une dizaine de mairies, dont Fréjus et Béziers.
Il s'agissait du premier test électoral pour le chef de l'État depuis le début de son quinquennat, en mai 2012, et l'ampleur de la déconvenue socialiste renforce l'hypothèse d'un remaniement ministériel rapide, peut-être dès aujourd'hui. La grande inconnue demeure le sort de Jean-Marc Ayrault.
Jean-François Copé, président de l'UMP, a aussitôt salué « une vague bleue », la « première grande victoire » de son parti à une élection locale. La droite les avait toutes perdues sous le quinquennat Sarkozy à partir des municipales de 2008. « La France gronde et accuse » Hollande, selon l'ex-Premier ministre François Fillon.
Dans le camp d'en face, Ségolène Royal (PS), citée comme possible entrante au gouvernement, a vu dans ces résultats « un avertissement très sévère ». « Il nous faut renouer le dialogue avec les Français », a convenu Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement. « Un jour de tristesse pour tous les socialistes », a lâché François Rebsamen, qui sauve son fauteuil à Dijon.
D'après des estimations d'instituts de sondages et certains résultats définitifs, le PS a perdu Toulouse, Angers, Reims, Quimper, Saint-Étienne, Limoges, à gauche depuis 1912 (lire ci-dessous), Laval, Bar-le-Duc, Anglet, la Roche-sur-Yon, Valence, Périgeux, Tourcoing, Tours, Angoulême...
Le maire sortant PS de Roubaix, où la gauche s'est fortement divisée, a également annoncé sa défaite face à un jeune élu UMP, Guillaume Delbar. Annonce identique de la mairie de Belfort, autre fief de gauche qui bascule. À Grenoble, c'est le candidat écologiste allié au Parti de gauche qui prend la mairie aux socialistes.
Consolations pour le PS : la gauche a conservé Paris et Roland Ries la mairie de Strasbourg. Autre rare motif de satisfaction, le gain par Cécile Helle d'Avignon, où le Front national était arrivé en tête au premier tour, et celui de Lourdes.
Fin de l'« UMPS »
Au Front national de Marine Le Pen, l'heure était aux réjouissances. Selon des premiers résultats, le parti d'extrême droite l'emporte à Béziers avec Robert Ménard, à Fréjus, Villers-Cotterêts, Le Pontet, Beaucaire, le Luc, Hayange et Cogolin. Avec la victoire de Steeve Briois à Hénin-Beaumont, au premier tour, la semaine dernière, cela porte à une dizaine le nombre de mairies FN, une première depuis la création du mouvement en 1972. Il n'en reste pas moins que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a estimé hier, sur la base de résultats provisoires, que le Front national dirigerait 14 ou 15 villes de plus de 9 000 habitants à l'issue des municipales.
« Nous passons clairement à une nouvelle étape », s'est félicitée la présidente du parti, répétant son credo sur la fin de l' « UMPS ». « Il faut désormais compter avec une troisième grande force politique dans notre pays. »
Le FN échoue toutefois à l'emporter à Fobach et à Perpignan, où deux de ses dirigeants, Florian Philippot et Louis Aliot, se présentaient. À noter aussi que le Front semble refluer dans plusieurs villes par rapport au premier tour comme à Reims, où il perdrait quatre points.
Abstention record
Selon des estimations IFOP-SAS et CSA, la participation finale s'élèverait hier à 61,5 %, soit une abstention record autour de 38,5 % pour ce type de scrutin. Harris Interactive et OpinionWay mesuraient, de leur côté, 38 % d'abstention au niveau national. Dimanche dernier au premier tour, l'abstention avait déjà atteint 36,45 %, un chiffre jamais vu pour un scrutin de ce type. Elle s'affichait à 33,5 % au premier tour de 2008. Au second tour, elle avait progressé encore à 34,8 %.
La gauche misait sur une forte mobilisation de son électorat traditionnel pour tenter de limiter les dégâts, alors qu'elle restait sur sa performance de 2008 avec un solde positif de 82 villes de plus de 10 000 habitants remportées sur la droite (118 gagnées, 36 perdues). La droite devrait effacer ses pertes.
À Marseille, Patrick Mennucci (PS), au vu de ses mauvais résultats du premier tour, paraissait incapable de renverser la tendance pour empêcher Jean-Claude Gaudin (UMP), 74 ans, d'entamer un 4e mandat.
Selon des estimations, il serait battu dans le 1er secteur de Marseille où il se présentait. Défaite aussi de la ministre PS Marie-Arlette Carlotti dans le 3e secteur.
Premier résultat connu de la journée (le vote en Nouvelle-Calédonie ayant démarré à 22h00 samedi heure de Paris) : la ville de Nouméa a élu pour la première fois une femme à sa tête, l'UDI Sonia Lagarde, qui a battu l'UMP Gaël Yanno.
À Saint-Denis-de-La-Réunion, où en raison du décalage horaire le vote était en avance de deux heures, la gauche conserve la plus grande ville de l'outre-mer : Gilbert Annette (PS) l'emporte nettement avec 56,7 % des voix. Saint-Paul est en revanche perdue par la députée DVG Huguette Bello.
Ce second tour intervient de surcroît à l'issue d'une semaine difficile pour la majorité qui a dû encaisser de nouveaux revers, avec le bond du chômage en février qui a atteint le chiffre record de 3,34 millions de personnes, suivi de la censure de la loi Florange sur la reprise de sites rentables – promesse de M. Hollande – par le Conseil constitutionnel.
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10 h 19, le 31 mars 2014