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Lamia, jeune Syrienne en exil : "Ce n'est pas ça la révolution!"

Témoignage - anniversaire de la révolte syrienne

Le 15 mars, la révolte syrienne, devenue guerre, entrera dans sa quatrième année. Pour ce triste anniversaire, nous avons donné la parole à des Syriens ordinaires, originaires de Damas ou d'ailleurs, partisans du régime, opposants ou un peu perdus entre les deux camps.

Aujourd'hui, le témoignage de Lamia qui a quitté Alep et sa famille pour s'installer en France.

14/03/2014

Lamia* ne sait pas quand elle retournera en Syrie, voire si elle y reviendra un jour. Cette jeune Syrienne de 23 ans a été forcée de quitter son pays et sa famille pour refaire sa vie loin de la mort et de la peur. Elle vit aujourd'hui en France, où elle fait des études de langues.

Lamia n'oubliera jamais le jour de son départ, en août 2013. Comme si quitter Alep, sa ville natale, ses parents et ses amis ne la déchirait pas suffisamment, le trajet fut en plus pour elle un véritable cauchemar.  "Nous avons mis trois jours pour arriver au Liban. Trois jours sans sortir du bus. Trois jours à passer d'une ville à l'autre, d'un barrage à l'autre. Nous ne pouvions même plus appeler nos proches, les lignes étant la plupart du temps coupées", raconte la jeune fille à lorientlejour.com. 

Mais la jeune fille assure ne pas avoir eu le choix. Ayant fini ses études, elle travaillait dans un centre commercial sur la route de Aazaz (à Alep). "C'est dans cette région que la guerre d'Alep a commencé. J'ai moi-même échappé plusieurs fois à la mort, raconte-t-elle. Le centre a été attaqué à deux reprises par l'Armée syrienne libre (ASL) alors que j'étais à l'intérieur. Un jour, un kamikaze s'est fait exploser à un barrage de l'armée syrienne près du centre."

Le summum de la peur a été atteint, explique-t-elle, quand, un mois plus tard, "le bâtiment a de nouveau été attaqué et que nous avons dû être évacués par une porte de derrière". "Les rebelles tiraient sur l'entrée du bâtiment alors que l'armée bombardait la zone. Ce jour-là, la mort m'a frôlée de très près...", confie-t-elle.

Le centre a ensuite été pillé et investi par l'ASL qui a pris le contrôle de la région, poursuit Lamia.

Au chômage, dans un pays en guerre, rester n'était plus une option pour la jeune fille. Sa mère et sa sœur n'ont pas quitté Alep, n'ayant pas, elles, perdu leur travail. "Elles me manquent énormément, mon pays me manque... Mais nous sommes de nature à nous habituer et à nous adapter, même contre notre propre gré", souligne-t-elle.

Aujourd'hui, Lamia porte un regard amer sur la révolution syrienne, dont elle estime qu'elle n'en est pas véritablement une. "Tout a été planifié à l'avance, depuis bien longtemps, affirme-t-elle. Les tunnels souterrains, la quantité d'armes aux mains des rebelles... Tout cela ne peut être prêt du jour au lendemain." 
"Est-ce de cette façon que nous œuvrons pour le changement et le développement de notre pays ? Non, ce n'est pas ça la révolution !", martèle la jeune Aleppine.

Lamia ne cache pas son soutien au régime syrien, bien qu'elle assure "avoir des reproches à son encontre." "D'accord, ce régime n'était pas parfait, il y avait de la corruption, des pots-de-vin, concède-t-elle. Mais ces problèmes existent partout, même ici en France".

Pour elle, "la Syrie ne pourrait avoir un président meilleur que Bachar el-Assad". "Nous vivions (avant 2011) en sécurité, peut-être plus que dans n'importe quel autre pays, et la Syrie était progressivement en train de se développer" estime-t-elle. Aujourd'hui, tout dans la vie des Syriens a changé : la guerre a pris la place de la sécurité, la pauvreté celle de l'aisance financière". Une crise à laquelle n'échappe pas sa famille qui vit désormais, selon elle, dans une situation financière précaire.

L'un des moments particulièrement dur de ces trois années de guerre fut le siège d'Alep pour la jeune femme. "Pendant un mois, nous n'avions plus de viande. Nous pouvions uniquement acheter des pommes de terre et des tomates et à des prix très élevés : le prix d'un kilo de tomates était, à titre d'exemple, monté de 15 à 300 livres syriennes avant que le gouvernement n'intervienne et assure des légumes à 100 livres le kilo".

La jeune Syrienne ajoute, sans cacher sa colère : "Bien sûr, dans les régions sous contrôle de l'ASL, tout était disponible !". "Après deux semaines de siège, l'armée rebelle a permis aux gens d'accéder à ses régions pour acheter des légumes, mais pas plus de deux kilos de chaque produit", poursuit-elle, amère.

Une scène, en particulier, restera probablement gravée à jamais dans la mémoire de Lamia :  "Une nuit, plus de 1.000 personnes ont attendu pendant plus de cinq heures afin de pouvoir prendre un des sacs de pain distribués par l'armée syrienne".
"Dieu merci, aujourd'hui tous les produits alimentaires sont de nouveau disponibles, bien qu'à des prix très élevés", ajoute la jeune Aleppine.

Même si elle tente de ne jamais perdre espoir, Lamia est consciente que ce cauchemar est loin de prendre fin. "Je ne sais pas ce que me réserve l'avenir. Je ne sais pas si je reverrai mon pays de sitôt", se désole-t-elle.

A tous ceux qui sont impliqués dans la guerre en Syrie, Lamia adresse un appel : "Des milliers de gens, surtout de jeunes innocents, meurent à cause de vous. Des millions de gens ont tout perdu, même le toit qui les protégeait, à cause de vous. Vous avez volé la joie et la tranquillité à chaque famille syrienne. Laissez-nous tranquilles, laissez-nous respirer, laissez-nous vivre comme avant !".

Si Lamia estime que "s'adresser à ces gens-là ne rime à rien", elle pense aussi qu'"il faut toujours garder une lueur d'espoir..."

 

*Le prénom a été changé à la demande de la personne interviewée.

 

Demain, le témoignage de Kinda

 

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