Éclairage - anniversaire de la révolte syrienne

En Syrie, pénuries et déchéance

Des Syriens sont acculés à se nourrir d'aliments pour animaux, d'autres se contentent d'épluchures...

Des habitants se nourrissant d'aliments pour animaux, d'autres se contentant d'épluchures : la déchéance humaine en Syrie, notamment dans les zones assiégées par l'armée, a atteint une dimension inimaginable il y a trois ans. À mesure que la guerre s'éternise, se multiplient les images effrayantes d'enfants émaciés ou de milliers de personnes attendant désespérément des aides.
Yarmouk, Homs, Ghouta : ces villes et localités sont devenues synonymes de misère et de pénurie, notamment en raison du siège imposé par le régime Assad. Le pouvoir dit vouloir ainsi déloger les rebelles, qu'il qualifie de « terroristes », mais l'ONU et des ONG comme Amnesty l'accusent d'utiliser la faim comme « arme de guerre ». La distribution d'aide humanitaire est entravée dans des régions rebelles du Nord-Est par des groupes armés hostiles aux organisations internationales, selon le Programme alimentaire mondial.
« Au lexique de l'inhumanité de l'homme envers son frère s'ajoute un nouveau terme : Yarmouk », affirme, bouleversé, Christopher Gunness, porte-parole de l'Agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa). « Les gens sont réduits à manger des aliments pour animaux et des femmes meurent en couches faute de soins », ajoute-t-il.

Une insulte
Pour Sahar, une habitante du camp de Yarmouk, « cette pénurie est une insulte à notre dignité ». Pour elle et des milliers d'autres civils pris au piège, un repas n'est qu'un lointain souvenir. « Il y a quelques jours, des voisins ont fait entrer des aubergines et du riz de Babbila », une localité à 5 km du camp, raconte-t-elle. « C'était la première fois que je prenais un repas depuis des mois... Je me suis sentie revivre, assure-t-elle en ravalant ses larmes. On a presque oublié ce que cuisiner veut dire. »
De nombreux témoignages, recueillis à Yarmouk et ailleurs, reflètent la situation d'avilissement dans un pays autrefois autosuffisant. « Des gens meurent chez eux et les rats s'en nourrissent avant même que les voisins ne les découvrent », explique Jassem, un militant à Yarmouk. Les pénuries de médicaments, d'essence et d'électricité sont aiguës. Début mars, la commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'homme en Syrie a rapporté que « plus de 250 000 personnes sont soumises à un siège et doivent choisir entre famine et reddition ».

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