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Un défi majeur pour les pays du M-O : assurer la sécurité hydro-politique des populations

Une gestion intégrée durable de l’eau pour un meilleur avenir

OLJ
11/11/2013
À la lumière de la grave crise hydraulique qui s’est déjà annoncée au Moyen-Orient, le règlement du dossier de l’eau dépend d’une vision régionale dans laquelle tous les pays du Moyen-Orient devraient être impliqués. Dans ce contexte, il s’agit de créer un organisme régional d’analyse stratégique chargé de planifier, de développer, de distribuer et de gérer l’utilisation optimale des ressources en eau coulant au Moyen-Orient.
En premier lieu, cet organisme serait appelé à recueillir des informations générées par les satellites, supports visuels novateurs permettant de quantifier et de surveiller en temps réel les eaux coulantes et souterraines sur des centaines de milliers de kilomètres (ignorant les frontières entre États), et d’une manière à la fois très fiable, économique et non intrusive. L’observation spatiale permet aujourd’hui d’estimer plusieurs paramètres du cycle de l’eau, entre autres la quantité des précipitations et les variations des volumes d’eau des réservoirs de surface (lacs, fleuves, réservoirs artificiels), de mesurer l’humidité superficielle des sols et de « voir » le pompage de l’eau dans les nappes phréatiques dans les régions où cette ressource est particulièrement sollicitée pour l’irrigation agricole. Cela permettra de renforcer la tendance à « comptabiliser » la ressource en eau et en « rationaliser » l’usage.
Les moyens hydro-spatiaux exploités par cet organisme régional vont être d’une aide précieuse afin de convaincre les politiciens et autres décideurs d’incorporer des politiques intelligentes de consommation en eau plus durable à leurs plans électoraux. La problématique de l’eau est éminemment politique et sociale, bien davantage que technique, et cela implique des processus longs d’apprentissage et d’appropriation des bonnes pratiques. Elle nécessite une approche à long terme, peu compatible avec le rythme des cycles électoraux : elle intéresse peu les électeurs qui ne perçoivent pas les problèmes de l’eau ou bénéficient d’un accès à l’eau subventionnée : les résultats des mesures adoptées ne se voient pas (des infrastructures enfouies, des systèmes d’irrigation en zone rurale, etc.), et leur bénéfice politique est donc maigre en regard des coûts qui sont, eux, gigantesques.
Parmi les solutions pratiques que cet organisme sera aussi appelé à appliquer dans les divers pays du Moyen-Orient pour faire face aux défis « quantitatifs » et « qualitatifs » des ressources en eau, on cite la tarification progressive et saisonnière de l’eau en adoptant des compteurs intelligents, la sensibilisation des communautés locales aux enjeux de la préservation de l’eau, l’application de pratiques culturales économiques en eau, plus résilientes et plus résistantes à la sécheresse (modes d’irrigation, variétés et assolements adaptés au contexte bioclimatique), la modernisation et la télégestion des réseaux urbains (limitant les pertes en eau subies par fuite), la construction de barrages et de lacs artificiels (augmentant les capacités de stockage des flux et eaux de pluie), le recyclage de la ressource de manière à utiliser les eaux rejetées par les activités urbaines pour alimenter en aval les activités agricoles, le développement du marché de l’eau « virtuelle », c’est-à-dire l’eau économisée en important un produit agroalimentaire plutôt qu’en le produisant, etc.
Une meilleure gestion de l’eau au Moyen-Orient consiste aussi à appliquer par le biais de cet organisme régional la technique de dessalement de l’eau de la mer Méditerranée. Cette technique a enregistré des progrès majeurs, ouvrant des perspectives très encourageantes pour une population qui se masse de plus en plus sur les côtes. Elle contribuerait évidemment à éloigner davantage encore le spectre d’un affrontement entre les divers pays du Moyen-Orient, notamment Israël, la Syrie, le Liban et le territoire palestinien, étant donné l’existence de plans internationaux envisageant l’établissement des usines de dessalement des eaux de la mer Méditerranée aux environs du mont Hermon et du Golan. L’eau de la mer Méditerranée devrait être pompée à travers des canaux vers les hauteurs du Golan (situées à moins de 10 km du littoral) et du mont Hermon. Une fois dessalée, l’eau va desservir les projets d’irrigation dans les régions du Golan et du nord de la Galilée, et une partie de la Cisjordanie et de la
Jordanie.
De plus, la création de cet organisme régional contribuera à une paix juste et durable entre Israël et les pays arabes avoisinants ; le management de la crise de l’eau à grande échelle étant aussi important que le retour des réfugiés palestiniens, la démarcation des frontières, la libre circulation des citoyens et des capitaux, le développement à niveau égal des économies de la région, et la question de l’internationalisation de Jérusalem.

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