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Un défi majeur pour les pays du M-O : assurer la sécurité hydro-politique des populations

Un conflit en perspective entre la Turquie, la Syrie et l’Irak à cause du GAP

OLJ
11/11/2013
La Syrie, la Turquie et l’Irak partagent ensemble le bassin des deux rivières de l’Euphrate et du Tigre qui naissent dans le territoire turc, s’écoulent à travers la Syrie et se rencontrent sur le territoire irakien pour former le Chatt al-Arab qui se jette dans le golfe Arabo-Persique. L’Euphrate coule sur une longueur de 2 735 km. La superficie de son bassin est estimée à 450 mille km2 et il est distribué à part inégale dans les pays suivants : l’Irak (40 %), la Turquie (28 %), la Syrie (17 %) et l’Iran (15 %).
Quant au Tigre, il reçoit environ 38 % directement de son eau à partir de la Turquie et environ 11 % d’un de ses affluents qui passent en territoire turc. Sa longueur totale équivaut à 1 900 km dont une bonne partie de 1 300 km environ traverse le territoire irakien, et la superficie de son bassin équivaut à 110 mille km2.
Tous les pays exploitant les eaux de l’Euphrate et du Tigre connaissent à l’heure actuelle une tension hydro-politique en raison de la mise en œuvre de projets hydrauliques gigantesques, exécutés par des États en amont de l’estuaire souffrant d’une croissance démographique considérable, mais qui risquent de nuire aux pays en aval.
Le projet du Sud-Est de l’Anatolie (GAP) qui couvre neuf provinces en Turquie est l’un des plus grands projets d’eau dans le monde, car il s’étend sur une superficie de 75 358 km2 et comprend l’édification de 22 barrages et 19 stations d’énergie hydroélectrique. Il couvre 1,82 million d’hectares de terres irriguées avec une capacité de production électrique de 7 500 MW sur l’Euphrate et le Tigre. Ce projet vise à éliminer les disparités de développement et d’amélioration de niveau de vie dans la région du Sud-Est de l’Anatolie, peuplée essentiellement de Kurdes, considérés par le gouvernement central d’Ankara comme la minorité majeure ayant des visées séparatistes. Ce projet hydrique va permettre à la Turquie d’exploiter au maximum sa situation de château d’eau du Moyen-Orient pour effectuer des changements radicaux, aussi bien au niveau interne qu’externe. Il s’agit là pour la Turquie d’une tentative d’intégrer définitivement les Kurdes moyennant leur participation aux bienfaits économiques du projet visé.
Cependant, ce projet va aboutir à une baisse de la quantité des eaux de l’Euphrate et du Tigre en Syrie de 40  %, et en Irak de 80  %, et va altérer la qualité de l’eau traversant les territoires syrien et irakien en raison de l’utilisation excessive de produits chimiques agricoles et de pesticides. Le projet d’Anatolie va aggraver le conflit hydrique entre la Turquie et les pays avoisinants (Syrie et Irak) étant donné que les précipitations moyennes annuelles en Irak (200 mm/an) et en Syrie (300 mm/an) sont moins élevées que celles qui sont enregistrées en Turquie (600 mm/an). Néanmoins, la consommation en eaux renouvelables par habitant est presque similaire entre l’Irak (2 920 m3/an) et la Turquie (2 950 m3/an), ce qui n’est pas le cas pour la Syrie (1 440 m3/an).
Malgré les réunions et les négociations bilatérales et multilatérales entre ces pays depuis les années soixante, et parfois sous l’égide de la Russie, un accord global n’est pas encore atteint pour résoudre la crise géopolitique hydrique. Certains responsables turcs considèrent que les ressources en eau qui coulent sur leurs terres constituent un droit historique à la Turquie, juste comme le pétrole en Irak et en Syrie considéré comme un des droits de ces deux pays. La Turquie a imposé un système d’impôts sur l’utilisation de l’eau, ce qui n’est pas le cas sur les territoires syrien et irakien avec une utilisation quasi libre des ressources hydriques. De plus, les Irakiens sont inquiets à cause de la mise en œuvre des projets hydriques par les Syriens qui visent à irriguer 600 000 ha environ des terres agricoles autour du barrage de Tabaqa (le lac d’Assad), ce qui aboutira à réduire d’une façon spectaculaire l’eau coulant sur le territoire irakien.

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