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Le patrimoine culinaire de Zahlé reconnu par l’Unesco

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Anne ILCINKAS | olj.com
28/10/2013

On dit que les mezzés ont été inventés à Zahlé, dans la fraîcheur des rives du Berdawni. « Au début du XXe siècle, tout le Levant se retrouvait au bord de ce fleuve, chacun partageant avec ses voisins les spécialités de son terroir. Aleppins, Damascènes, Palestiniens, Libanais y faisaient halte pour se restaurer. Leurs échanges culturels et culinaires ont donné naissance aux mezzés, explique Chérine Yazbeck, auteure de "La cuisine libanaise du terroir". A l’époque, cette cuisine comptait 20 à 30 mezzés, puis très vite elle est passée à 80 petits plats environ, soit une véritable myriade de hors-d’œuvres, froids ou chauds, végétariens ou pas… ».

 

L’Unesco vient de reconnaître ce patrimoine culinaire en intégrant Zahlé dans son Réseau des villes créatives, dans la catégorie gastronomie. « C’est une première reconnaissance mondiale pour la gastronomie de tout le pays, se réjouit Chérine Yazbeck, qui a réalisé le dossier de présentation de la ville pour l'Unesco.

 

Lancé en 2004, le réseau, qui comprend désormais 38 villes de toutes les régions du monde, vise à faciliter les échanges d'expériences, de connaissances et de ressources, et se veut un moyen de promotion du développement des industries créatives locales.

Zahlé est la première ville du monde arabe à intégrer le réseau de l’Unesco dans la catégorie gastronomie. Assouan, en Égypte, fait elle aussi partie du réseau, mais dans la catégorie artisanat et arts populaires.

 

A quoi sert l'inscription dans le réseau ? « A faire parler de Zahlé et de sa gastronomie. Ça peut ouvrir des débouchés et de nouveaux marchés pour les entreprises de la ville », affirme Chérine Yazbeck. 

Pour Joseph Diab Maalouf, le président de la municipalité de Zahlé, cette reconnaissance de l'Unesco est « un investissement à long terme ». « Zahlé a beaucoup fait pour la réputation des mezzés à travers le monde. Nous en sommes très fiers », poursuit M. Maalouf, tout juste rentré de Chine, où il a reçu le trophée lors d'une réunion de l’Unesco organisée à Pékin.

Zahlé va maintenant être invitée par d'autres villes du réseau dont elle va, elle aussi, accueillir des représentants, dans le cadre d'un partage d'expériences.

 

Si sa culture du mezzé a été importante dans le choix de Zahlé pour représenter le Liban, sa longue histoire dans la vigne et l'arak a également pesé dans la balance.

« Le symbole de Zahlé, c’est la vigne, souligne Chérine Yazbeck. L’arak y est distillé depuis la nuit des temps et il y a presque une obligation d’avoir un alambic chez soi. Un proverbe dit d’ailleurs que l’arak est l’eau de Zahlé ».

 

« De plus, la ville était, je ne dirais pas libertine, mais libérée. Dès les années 1920, on pouvait y boire de l’alcool, et le mezzé ne se consommait pas sans un verre d’arak », poursuit la jeune femme qui, plongeant dans l'Antiquité, rappelle les orgies bien alcoolisées organisées à cette époque dans le temple de Bacchus, à Baalbeck, à quelques dizaines de kilomètres de Zahlé.

 

La production de vin a quant à elle commencé dans les années 20, pour désaltérer les soldats français stationnés dans la base militaire de Rayak, explique-t-elle.

 

Ainsi, dès les années 1940, la ville attire les touristes, qui se pressent dans les gargotes puis les restaurants en dur (à partir des années 1960) comme Mehanna et Arabi situés le long du Berdawni, pour déguster les mezzés, écouter Sabah ou Feyrouz, danser la dabké, se laisser emporter par les hakawati, ces conteurs de légendes, ou les zajal, une forme de joute oratoire, raconte Chérine Yazbeck dans son livre. A l’époque, la ville était jumelée avec le Festival de Baalbeck, et les soirées de concert se terminaient dans les restaurants de la ville.

 

La guerre civile marquera la fin de cette belle époque. Assiégée, Zahlé finit par perdre de son influence.

 

Malgré tout, « Zahlé vit vraiment au rythme culinaire », assure Chérine Yazbeck, qui vante au passage l'incroyable hospitalité de la « fiancée de la Békaa », qui reste à ses yeux un « lieu incontournable de la gastronomie ». « La ville recèle beaucoup de très bons établissements. Il faut faire perdurer ces traditions, ces savoir-faire culinaires », poursuit la jeune femme en évoquant avec gourmandise un restaurant qui hache encore à la main la viande pour le kefta.

 

La désignation de Zahlé comme membre du réseau des villes créatives permet en tout cas de la remettre sur la carte des villes gastronomiques du monde. Mais le président de la municipalité, Joseph Diab Maalouf, ne compte pas en rester là, et espère que Zahlé sera également reconnue dans d’autres domaines, comme la poésie, pour avoir donné naissance à tant de poètes.

 

 

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M.V.

C'est étrange ..j'ai acheté des trucs sur Amazone ...mais rien su Bardawné ...!

SAKR LOUBNAN

UN JOUR, DU TEMPS Où J'AVAIS MES QUARTIERS À RIO, UN DE MES INVITÉS, POUR LA MAJORITÉ DES ÉMIGRÉS LIBANAIS DE LA TROISIÈME ET PEUT-ÊTRE PLUS GÉNÉRATION, NE CONNAISSANT LE LIBAN QUE DE NOM ET NE PARLANT POINT L'ARABE, APPROCHE DE MOI AVEC UNE PHOTO DE ZAHLÉ À LA MAIN ET ME DIT QUE QUELQU'UN DE SA FAMILLE AVEC QUI IL CORRESPONDAIT LA LUI AVAIT ENVOYÉE ET ÉCRIT SUR LA PHOTO : VOUS AVEZ L'AMAZON AU BRÉSIL, NOUS AVONS LE BERDAWNÉ AU LIBAN. EST-IL VRAI ME DIT-IL QUE VOUS AVEZ UN SI GRAND FLEUVE COMME L'AMAZON AU LIBAN? JE LUI RÉPONDAIS DE VOIR LA CARTE, MAIS QU'EN TOUT CAS POUR NOUS LE BARDAWNÉ ÉTAIT BIEN PLUS QU'UN AMAZON !

okais nabil

Annoncer aux libanais d'ici et d'ailleurs une bonne nouvelle concernant notre magnifique pays et son peuple regorgeant de creativite, et cela le matin de chaque Lundi, voila enfin une excellente initiative journalistique.

Vous ne serez, je l'espere, jamais en manque d'idees.

Merci
Nabil Okais

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