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À La Une - Éclairage

Le dossier pétrolier entre les complications internes et les enjeux régionaux

C’est sûr, les côtes libanaises recèlent des ressources pétrolières et gazières, mais des écueils administratifs et politiques empêchent le Liban de commencer à les exploiter. Pourtant, l’exploitation de ces gisements devrait bénéficier à tout le pays et surtout à l’État qui a du mal à rembourser ses dettes, mais ce dossier, avec toutes les ressources potentielles et tous les horizons qu’il ouvre au Liban, suscite les passions. Au point que le simple citoyen a du mal à y voir clair. Le conseiller du ministre de l’Énergie César Abou Khalil tente de donner quelques explications.


Selon lui, lorsque Gebran Bassil a pris en charge le ministère en 2009, son prédécesseur Alain Tabourian lui a remis un brouillon de projet de loi sur les ressources offshore du pays. En août 2010, le ministère a achevé la rédaction de la version finale de la loi sur les ressources pétrolières et l’a soumise au gouvernement de l’époque, présidé par Saad Hariri. Elle a été adoptée, mais elle n’a pas été envoyée au Parlement. C’est le député Ali Hassan Khalil (il n’était pas encore ministre) qui l’a soumise au Parlement, en tant que proposition de loi. Elle a été votée le 17 août 2010. Et cela a été considéré comme un grand moment pour le Liban.


La loi est détaillée (elle compte 77 articles), mais elle a besoin de décrets d’application. Il devait y en avoir 27 mais certains points ont été combinés et aujourd’hui il n’en reste plus que deux à prendre, qui sont toutefois cruciaux pour le lancement véritable du secteur pétrolier libanais. Le premier porte sur la répartition des eaux maritimes libanaises en dix blocs et le second sur l’adoption du contrat-type avec les compagnies désireuses d’entreprendre les opérations de prospection. Sans ces deux décrets, qui doivent être adoptés par le Conseil des ministres, le travail ne peut pas commencer. En principe, au cours de sa réunion du 27 décembre 2012, le Conseil des ministres avait fixé au 2 septembre 2013 la date limite pour la publication de ces décrets, mais entre-temps, le gouvernement a démissionné et l’affaire est en suspens, certains pressant le Premier ministre démissionnaire de tenir une réunion extraordinaire du Conseil des ministres pour traiter ce dossier crucial et d’autres, dont le Premier ministre, considérant qu’un gouvernement démissionnaire ne peut pas prendre des décisions aussi importantes. Il faut toutefois signaler que le département des avis et consultations au ministère de la Justice a donné un avis favorable à la tenue d’une réunion extraordinaire du gouvernement démissionnaire pour un sujet aussi important. Le débat est encore ouvert et le ministre Bassil a décidé de prolonger jusqu’au 10 janvier 2014 le délai d’adoption de ces décrets. Mais, selon M. Abou Khalil, c’est autant de temps perdu, alors qu’Israël est en avance sur le Liban et qu’il est sur le point de commencer à exploiter ses ressources.


En même temps, le ministre a décidé de faire le maximum de préparatifs pour que les travaux puissent commencer immédiatement après l’adoption des deux décrets d’application. Il a ainsi créé une banque de données sur les eaux maritimes libanaises (elles comprennent les eaux territoriales, les eaux adjacentes, et la ZEE, à condition qu’il n’y ait pas de conflit avec un pays voisin), qui a déjà rapporté 34 millions de dollars à l’État, car de nombreuses compagnies intéressées par ce dossier ont acheté ces informations. De même, des relevés géophysiques ont été effectués sur l’ensemble des eaux maritimes libanaises et des équipes sont chargées de les interpréter.


Pour l’instant, les interprétations sont encourageantes, puisque dans près de 10 % des eaux maritimes libanaises, des gisements importants ont été découverts et vendredi, le ministre a annoncé que 8 nouveaux réservoirs ont été découverts au large des côtes du Mont-Liban et de Beyrouth. Le ministère compte poursuivre les explorations et l’interprétation des données, ainsi, lorsque les décrets seront signés, le Liban aura gagné du temps et pourra immédiatement signer les contrats avec les compagnies qui pourraient commencer à forer. D’ailleurs, 54 sociétés internationales se sont présentées et 46 ont été retenues, car le Liban a mis la barre assez haut, exigeant une expérience dans le forage en eaux profondes. Ces compagnies sont toutes considérées comme les géants du pétrole international. Elles viennent d’Amérique du Nord, d’Amérique latine, de Russie, du Japon, de l’Inde, etc. et leur empressement est un signe encourageant pour le Liban.


César Abou Khalil explique qu’il existe des relevés datant du début des années 90 faisant état de l’existence de ressources pétrolières et gazières au large des côtes libanaises. Mais à cette époque, ces ressources étaient considérées comme trop profondes pour être rentables. Aujourd’hui, les techniques de forage ont évolué et il est devenu possible d’extraire en profondeur sans pertes.


Une autre polémique s’est récemment ajoutée à celle des prérogatives d’un gouvernement démissionnaire : celle qui oppose le ministre Bassil au président Nabih Berry. Selon César Abou Khalil, elle porte essentiellement sur la stratégie d’octroi des licences de forage. M. Berry souhaite que les 10 blocs des eaux maritimes libanaises soient ouverts d’un coup au forage, alors que M. Bassil préfère en soumettre seulement 5, dans un premier temps, convaincu que cela permettra de relever les prix des 5 autres. Le ministre a d’ailleurs choisi les 5 blocs selon, d’une part, l’achèvement des travaux d’interprétation des données, et d’autre part, les trois zones géologiques qui constituent les eaux maritimes libanaises (l’arc de Chypre, la zone de transition et les dépôts du Nil, cette dernière abritant les fameux 850 km² qu’Israël revendique aussi). Pour le président de la Chambre, il vaut mieux proposer les dix blocs d’un coup, pour ne pas laisser à Israël la possibilité de créer un fait accompli. Toutefois, des contacts ont été aussitôt entrepris entre MM. Berry et Bassil pour circonscrire la polémique et ce qui compte pour le chef du législatif c’est de permettre au Liban de profiter au maximum de ses ressources.


À cet égard, il faut préciser que les États-Unis effectuent une médiation entre le Liban et Israël et il a été dit récemment qu’Israël acceptait de ne plus contester 500 des 850 km². Ce que le Liban juge insuffisant.


Présenté comme cela, tout paraît simple et la décision d’adopter les deux décrets manquants évidente. Mais en fait, il n’en est rien. Car au-delà de la question des prérogatives du gouvernement chargé des affaires courantes, c’est une question stratégique régionale qui se profile. S’il y a vraiment d’importants gisements au large du Liban, ce sont les pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole dans la région qui pourraient en pâtir. D’autant que le principal client est aujourd’hui l’Europe, les États-Unis annonçant que d’ici à quelques années, avec l’exploitation du gaz de schiste, ils pourraient ne plus avoir besoin des ressources énergétiques de la région. Pour un petit pays comme le Liban, c’est décidément trop de pression...

 

 

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