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Liban - Liban

Quand une critique de la censure est ... censurée par la SG

La nouvelle pièce de Lucien Bourjeily, « Bto2ta3 Aw Ma Bto2ta3 », était supposée être jouée début septembre sur les planches du théâtre al-Madina.

« Bto2ta3 aw ma Bto2ta3 », un spectacle de 30 minutes suivi par une discussion entre le public et les protagonistes, a été interdit par la SG.

« Écrire, c’est lever toutes les censures », disait Jean Genet. Eh oui. Il faut dire que l’auteur et écrivain dramatique n’avait pas eu affaire, de son temps, aux inepties de la Sûreté générale. Il était donc tout naturel que M. Genet voit en cette plume un affranchissement continu, et rien ne sert, aujourd’hui, de tourner ce grand homme en dérision. Aurait-il dû vivre à Beyrouth, M. Genet aurait certainement remis en question ses idées naïves de délivrance faites d’encre, de papier et d’esprit. M. Genet, en tout cas, aurait pu très bien n’être qu’un parfait inconnu, s’il avait dû, par pure malchance, naître à Beyrouth.


Car s’ils tentent de créer à Beyrouth, les artistes libanais jouent certainement de malchance. Poursuivis par la censure à tort et à travers, leur marge de liberté se fait de plus en plus réduite et la liste des victimes de ce fléau n’est que trop longue. Une pièce de théâtre interdite de se jouer à Beyrouth ne devrait donc, en aucun cas, surprendre un Libanais avisé.


Mais l’événement aujourd’hui frise le ridicule. En montant de toutes pièces un spectacle interactif intitulé Bto2ta3 Aw Ma Bto2ta3 (Passera ou ne passera pas), l’écrivain et le metteur en scène Lucien Bourjeily a voulu faire une satire à propos de la censure au Liban et du rôle joué par la SG à ce niveau. En effet, c’est à partir de leurs souffrances que les artistes tentent de transfigurer leur quotidien à travers leurs œuvres d’art. Et à la question posée, « Passera ou ne passera pas », la SG a répondu par la négative : la pièce de M. Bourjeily, produite par l’ONG March qui se bat contre la censure, est interdite de représentation.


« Nous avions déjà présenté cette pièce dans plusieurs universités, ces dernières bénéficiant d’un statut spécial qui ne requiert pas la permission de la SG pour y présenter un spectacle, explique Lucien Bourjeily. Lors de la dernière représentation, à la LIU, la SG a eu vent du contenu de la pièce et a tenté de l’interdire, mais la direction de l’université l’en a empêchée. Et quand nous avons décidé de jouer notre spectacle au théâtre al-Madina, début septembre, il était nécessaire d’obtenir la permission de la SG, qui a tout simplement banni la pièce. »

 

 

 

 


L’écrivain projeté dans sa propre pièce
Pour l’écrivain et metteur en scène reconnu pour son théâtre d’improvisation, il est chose traditionnelle de soumettre le texte du spectacle à la SG, qui y change d’habitude quelques éléments jugés inappropriés, mais c’est bien la première fois qu’un spectacle est quasiment interdit de représentation. « La SG a étudié le texte pendant plus d’un mois, raconte-t-il. On nous a dit qu’il était soumis à l’approbation d’un comité. Un mois plus tard, nous n’avions toujours pas obtenu de réponse. Nous avons alors pressé la SG de nous rendre une réponse et c’est alors que nous avons été interpellés au QG de la Sûreté générale, où le général responsable de ces affaires nous a confié que la pièce ne passait pas. »


Et M. Bourjeily de poursuivre : « Moi et Jad Ghorayeb, responsable au sein de March, étions dans une situation des plus bizarres. Dans ma pièce, le protagoniste se retrouve aux prises avec le responsable du bureau de la SG qui lui cite des passages de la pièce jugés inadmissibles. Et c’est justement ce qui m’arrivait. L’officier me lisait quelques passages du texte, en me disant que ce dernier n’est pas représentatif de la réalité, et qu’en réalité, lui, le responsable de la SG, ne se comportait pas de cette manière. »


« Mais pourquoi donc doit-il s’assimiler au personnage ? Pourquoi donc le texte doit-il être une exacte réplique de la réalité ? Et pourquoi s’est-il senti personnellement visé par le personnage ? s’interroge l’écrivain. Toutes les œuvres d’art ne se doivent pas d’être conformes à la réalité. C’est au public de juger si oui ou non une œuvre d’art est représentative du quotidien. » Et de déplorer : « Écrivons-nous pour la SG ou pour le public ? C’est dommage car à force de censure, les artistes amorcent un processus d’autocensure et la création artistique se perd. Je ne comprends pas pourquoi, en outre, des militaires doivent juger les créations artistiques et non pas des civils », ajoute M. Bourjeily qui affirme qu’il ne présentera pas de recours en justice, car la loi très vague au sujet des prérogatives de la SG ne l’aidera pas.


Et en attendant que la SG réponde à nos appels téléphoniques pour nous informer des raisons qui se cachent derrière ses décisions, l’on se demande si un jour le Liban pourra se libérer une bonne fois pour toutes de la censure ; surtout s’il est encore interdit d’en parler.

 

 

Pour mémoire

March Lebanon se bat contre la censure

 

« L’Attentat » de Ziad Doueiri : Paris demande à Beyrouth de lever la censure

 


« Écrire, c’est lever toutes les censures », disait Jean Genet. Eh oui. Il faut dire que l’auteur et écrivain dramatique n’avait pas eu affaire, de son temps, aux inepties de la Sûreté générale. Il était donc tout naturel que M. Genet voit en cette plume un affranchissement continu, et rien ne sert, aujourd’hui, de tourner ce grand homme en dérision. Aurait-il dû vivre à...

commentaires (3)

ben faudra écrire une pièce sur la censure par la censure de la pièce qui critique la censure....c'est sûr!

GEDEON Christian

11 h 01, le 04 septembre 2013

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Commentaires (3)

  • ben faudra écrire une pièce sur la censure par la censure de la pièce qui critique la censure....c'est sûr!

    GEDEON Christian

    11 h 01, le 04 septembre 2013

  • Dommage que la pièce ne passera pas !

    Charles Fayad

    12 h 37, le 03 septembre 2013

  • La SG ...préfère peut être quand sa tire...?

    M.V.

    10 h 53, le 03 septembre 2013

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