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À La Une - Liban

Saïda, désespérément désertée... par les touristes et les Libanais !

Saïda la touristique, troisième ville du pays, subit de plein fouet depuis deux ans les conséquences de la crise syrienne et de l’escalade armée de cheikh Ahmad el-Assir. Boudée par les touristes, les investisseurs et les habitants du Liban-Sud, la cité millénaire, autrefois capitale de la Phénicie, peine à croire à un miracle qui pourrait la sauver.

Selon le président de la chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture de Saïda et du Sud Liban, environ 40 % des commerçants de la ville n’ont rien vendu à la fin de la journée. Photo Anne Ilcinkas.

L’horloge indique 11 heures à la Fondation Audi qui héberge le musée du savon à Saïda. Toutes les salles sont vides ainsi que la cafétéria et la boutique. « Les années précédentes, nous accueillions des centaines de visiteurs par jour, explique Mirna Alaeddine, guide au musée. Aujourd’hui, ils se comptent par petites dizaines. » Cela fait plus de six ans que la jeune femme travaille à la fondation et la situation n’a jamais été aussi critique. Pour le seul mois de juin, la dégringolade du nombre de visiteurs est vertigineuse. Ils étaient 5 413 en 2010, 3 343 en 2011, 2 991 en 2012 et 967 en 2013 ! « Il n’y a pas que les touristes étrangers qui boycottent la ville, les Libanais aussi ont peur de venir à Saïda », déplore Mme Alaeddine. « L’entrée au musée étant gratuite, c’est Bank Audi qui finançait les frais salariaux, d’entretien et d’électricité à hauteur de 40 à 50 %. Le reste était assuré par la boutique artisanale et la cafétéria », explique Carole Azar, la directrice. « Aujourd’hui, l’apport de la boutique est dérisoire, compte tenu de l’effondrement du nombre de visiteurs », ajoute-t-elle. Pour y faire face, Mme Azar organise des livraisons à domicile à Beyrouth pour les clients qui ne souhaitent plus se rendre à Saïda et la fondation s’est ralliée au projet du e-mall de ventes en ligne mis en place par la banque depuis quelques semaines.


Dans les vieux souks de la ville, l’activité tourne également au ralenti. Les quelques boutiques de souvenirs encore ouvertes sont désertes, les magasins d’habits affichent des soldes imbattables et même les traditionnels pâtissiers de Saïda peinent à attirer des clients. « Ce n’est pas à cause du mois de ramadan, cela dure depuis plus de deux ans, les ventes ont baissé de plus de 40 %, mais on reste encore mieux lotis que d’autres », assure Saadeddine Akkawi, le propriétaire des pâtisseries al-Oumara’. Même constat pour Mirna Mrad, vendeuse dans un magasin de savons artisanaux dont le chiffre d’affaires s’est effondré de 60 % en un an. Sa seule cliente de la journée à midi passé était une employée coréenne de la Finul...

 

 

 



Travailler à perte... jusqu’à quand ?
Outre les petits commerçants, les grandes entreprises et les restaurants de Saïda payent également le prix fort de la situation sécuritaire. Amani al-Baba, l’assistante de direction à « Al-Baba Sweets » qui fait la fierté de la ville avec ses pâtisseries fines de renommée internationale, se souvient avec nostalgie des années précédentes lorsque le magasin ne désemplissait pas à l’époque du ramadan. « Voilà maintenant deux ans que la situation se dégrade, avec un pic atteint l’année dernière quand cheikh Assir a bloqué l’artère principale de la ville et que le magasin a dû fermer plusieurs jours », souligne la petite-fille du fondateur de « Al-Baba Sweets ». Les ventes avaient alors chuté de 70 % durant cette période. L’entreprise en grandes difficultés qui emploie 220 employés n’est cependant pas passée à la phase du licenciement. « On se serre la ceinture comme on peut, aucun investissement n’est fait, aucune augmentation et aucun recrutement ne sont possibles si on veut continuer à exister », déplore Mme al-Baba.

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De l’autre côté de la ville, face au château de la mer, se dresse l’imposant restaurant Zawat, construit en 2007, dans les anciens locaux du cinéma Roxy. Le propriétaire, Moustapha Edelbi, peine à cacher sa tristesse. « Avec un investissement initial d’un million de dollars et une capacité de servir 700 couverts, mon restaurant est de loin le plus grand à Saïda et dans la région », indique-t-il. Entre 2011 et 2012, son chiffre d’affaires a baissé de 35 %, pour ensuite plonger de plus de 50 % entre 2012 et 2013. « Avec un restaurant de haut standing comme le nôtre, il faut sans cesse effectuer des travaux d’entretien, se procurer les meilleurs produits frais, même s’ils vont finir à la poubelle... », se désole M. Edelbi qui dit ne plus être en mesure de couvrir ses frais et travailler à perte. « Pendant les derniers événements à Abra, j’ai dû fermer le restaurant plusieurs jours et mes employés m’ont même proposé de leur décompter ces jours de leur salaire car ils sont conscients qu’il est possible de déclarer faillite à n’importe quel moment », poursuit le propriétaire de Zawat. De nombreux restaurants du bord de mer qui vivaient principalement des touristes, libanais, arabes et occidentaux, ont, eux, déjà mis la clé sous la porte. D’autres espèrent encore un miracle ou tout simplement le retour à la stabilité, pour continuer à vivre... normalement.

 



Pour mémoire

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L’horloge indique 11 heures à la Fondation Audi qui héberge le musée du savon à Saïda. Toutes les salles sont vides ainsi que la cafétéria et la boutique. « Les années précédentes, nous accueillions des centaines de visiteurs par jour, explique Mirna Alaeddine, guide au musée. Aujourd’hui, ils se comptent par petites dizaines. » Cela fait plus de six ans que la jeune femme travaille à la fondation et la situation n’a jamais été aussi critique. Pour le seul mois de juin, la dégringolade du nombre de visiteurs est vertigineuse. Ils étaient 5 413 en 2010, 3 343 en 2011, 2 991 en 2012 et 967 en 2013 ! « Il n’y a pas que les touristes étrangers qui boycottent la ville, les Libanais aussi ont peur de venir à Saïda », déplore Mme Alaeddine. « L’entrée au musée étant gratuite, c’est Bank Audi qui...
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