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La situation

La paralysie des institutions libanaises, l’un des dommages collatéraux de la guerre en Syrie

Les tireurs embusqués sèment la mort dans le périmètre Bab el-Tebbaneh-Jabal Mohsen, tandis que le reste de la ville vit dans la peur. Ghassan Sweidan/AFP

De jour en jour ressort plus clairement l’absurdité de la règle du jeu que le Hezbollah a voulu instaurer, quand il a annoncé son engagement aux côtés des troupes syriennes, tout en demandant que les combats se limitent à la Syrie et que le Liban reste à l’écart de la violence. Le raisonnement était louable, à part une petite faille, une très légère erreur de calcul : une règle du jeu se fait à deux ou plusieurs, et doit être acceptée de tous.


On doit, à cette petite erreur, que les débordements de la guerre en Syrie sur le Liban augmentent en nombre depuis trois semaines. À l’hécatombe des combats à Tripoli, qui a fait encore plus des morts inutiles depuis dimanche, s’est ajouté hier l’attentat contre cheikh Maher Hammoud, un imam sunnite pro-Hezbollah, à Saïda, et un autre incident impliquant un uléma sunnite de la Békaa. Ici et là, on a frôlé des affrontements possibles. En outre, depuis que le Hezbollah s’est désigné comme cible aux attaques de l’ALS, les obus en provenance de Syrie s’abattent désormais quotidiennement, encore que de façon sporadique, sur des villages du Hermel ou de la Békaa-Est.


C’est dans ce contexte-là que le chef de l’État et le CPL tentent de redonner vie aux institutions en présentant un recours en invalidation de la loi de prorogation du mandat du Parlement. La paralysie des institutions est, en quelque sorte, l’un des dommages collatéraux de la guerre en Syrie. Selon l’ancien ministre Ibrahim Najjar, le Conseil constitutionnel devrait se dépêcher de se prononcer sur ces recours pour devancer la date du 20 juin, à laquelle expire le mandat de la Chambre. On se fait peu d’illusions sur la décision du Conseil constitutionnel, dont certains membres seraient acquis à Nabih Berry. En tout état de cause, c’est aux deux tiers de ses dix voix, c’est-à-dire à sept voix, que le Conseil constitutionnel devra se prononcer. La décision ne sera pas facile à prendre.

 

(Lire aussi : Tripoli renoue avec les journées sanglantes)


Les recours en invalidation ont gelé une fois de plus les démarches pouvant conduire à la formation d’un nouveau gouvernement par Tammam Salam. Ces efforts se sont arrêtés, en attendant que le Conseil constitutionnel se prononce sur ces recours. La forme du prochain gouvernement dépend en effet de la tâche qui lui est assignée : organiser des élections ou incarner sur le plan exécutif l’équilibre des forces politiques du pays.


La minicrise née dans le prolongement de prorogation du mandat de la Chambre a, par ailleurs, compliqué a tâche de M. Salam, qui doit désormais tenir compte de la brouille que cette décision semble avoir provoquée entre, d’une part, le chef de l’État et M. Berry, qui s’est conduit en parfait despote, comme entre Michel Aoun et Sleimane Frangié, qui s’est désolidarisé du bloc du Changement et de la Réforme, et a fait cavalier seul aux côtés de M. Berry.


Gageons que M. Salam n’est pas au bout de ses difficultés, lui qui doit compter sur la duplicité, le double et le triple langage des uns et des autres, comme vient de le rappeler l’un des grands spécialistes de la pirouette politique, Walid Joumblatt, parlant de la duplicité du régime syrien, qu’il accuse de manipuler certains de ces groupes jihadistes que combat le Hezbollah... On n’est pas au bout de nos peines.

 

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