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Diaspora

Fernando Haddad, nouveau maire de São Paulo

Portrait Originaire de Aïn Ata, le nouveau maire de São Paulo, mégalopole qui compte trois millions d’habitants d’origine libanaise, est le cinquième maire issu de l’émigration libanaise.
19/11/2012
São Paulo, la plus grande ville du Brésil, est la capitale de l’État de São Paulo et le principal centre financier, commercial et industriel d’Amérique latine. C’est aussi la capitale culturelle du Brésil en raison de sa diversité provenant des autochtones et des courants migratoires italien, portugais, espagnol, allemand, japonais et bien sûr libanais. São Paulo abrite la plus grande communauté libanaise dans le monde, estimée à plus de trois millions de personnes, soit le 1/7e de sa population. Cette communauté y exerce une influence considérable dans tous les domaines : le commerce, la culture, la science, la gastronomie ainsi que la politique.
Dans cette mégapole est né Fernando Haddad en 1963. Il vient d’être élu maire avec 55,57 % des voix (3 387 720) pour le mandat 2013-2017. Fernando est fils du Libanais Khalil Haddad, né à Aïn Ata, à Rachaya, dans la vallée de la Békaa, qui avait émigré au Brésil en 1947, et de Norma Thereza Goussain Haddad, née au Brésil, également fille de Libanais. Khalil, en arrivant au Brésil, avait travaillé dans le commerce du tissu à São Paulo. Son père Habib Haddad était l’un des leaders communautaires du village de Aïn Ata durant la Première Guerre mondiale, un homme très respecté qui, devenu veuf, avait été ordonné prêtre de l’église orthodoxe. Il avait ensuite émigré au Brésil, où il est décédé en 1961. Il est une référence spirituelle pour la famille et pour ceux qui l’ont connu, Fernando portant toujours dans son portefeuille la photo de son grand père, le « Khoury » (Père) Habib Haddad.

Du commerce du tissu à l’enseignement puis à la politique
Fernando Haddad commença sa carrière dans le commerce du tissu avec son père, comme il le raconte dans une entrevue : « Je travaillais à la rue 25 de Março, circulant dans les quartiers de Brás et de Bom Retiro en tenant à bout de bras des échantillons de tissu. Dans ces trois grandes places de commerce en gros et populaire de São Paulo, les Libanais sont très présents. » Entre-temps, Fernando étudiait à l’université, puis il décida de laisser le commerce pour la vie académique, au moment où le Brésil était sous dictature militaire, devenant un militant estudiantin et participant aux débats politiques. Il obtint un diplôme en droit, un master en économie et un doctorat en philosophie.
Fernando est marié à Ana Estela Haddad, dentiste de profession. Il est père de deux enfants : Frederico et Ana Carolina. Il a poursuivi sa carrière comme analyste d’investissements, et est devenu professeur en sciences politiques à l’Université de São Paulo (USP). En 2001, il entre dans la vie politique, comme chef du cabinet du secrétaire des finances et du développement économique de la municipalité de São Paulo. En 2003, il devient assesseur spécial au ministère de la Planification, du Budget et de la Gestion, et en 2004, secrétaire exécutif du ministère de l’Éducation. Fernando Haddad, affilié au Parti des Travailleurs (PT), occupe à partir de 2005 le poste de ministre de l’Education dans le gouvernements de Luiz Inácio Lula da Silva et de Dilma Roussef. En 2012, à 49 ans, il lance sa première campagne politique et il vient d’être élu maire de la ville de São Paulo. Il succède ainsi à Gilberto Kassab, petit-fils de Libanais de Abadiyeh, dans le Chouf.
Durant son histoire récente, la mairie de São Paulo a connu cinq maires d’origine libanaise, à savoir : William Salem (janvier à juillet 1955), Paulo Salim Maluf (1969-1971 et 1993-1997), Antônio Salim Curiati (1982-1983), Gilberto Kassab (2006-2009 et 2009-2012) et Fernando Haddad, élu en novembre 2012 et qui assumera ce poste de janvier 2013 jusqu’à l’an 2017.
Haddad a mis en place plusieurs programmes éducatifs de développement, comme celui de l’« Université pour tous » (ProUni), offrant des bourses pour les jeunes défavorisés dans des universités privées. Il a créé aussi le Programme national de livre didactique (PNLD), distribuant plus de 700 millions de livres gratuitement dans les écoles et universités. En mars 2006, comme ministre de l’Éducation, il a visité officiellement le Liban, et ce pour la première fois, ainsi que d’autres pays de la région, dans l’objectif de développer la coopération universitaire. Il avait été reçu à cette occasion par le Premier ministre de l’époque Fouad Siniora, et par le ministre de l’Éducation Khaled Kabbani, signant un accord pour le développement de l’enseignement de la langue portugaise et arabe, respectivement au Liban et au Brésil.
Suite à cet accord, le professeur Richard Max de Araújo est venu enseigner la langue portugaise à l’Université libanaise (UL). En 2007, le premier séminaire académique Brésil-Liban s’est tenu à l’Université de Brasilia (UnB), auquel ont été conviés cinq professeurs libanais représentant l’UL, l’USEK, l’AUB, l’USJ et la NDU. Le Liban est entré aussi dans la liste des pays bénéficiaires de bourses d’études post-doctorat (PEC-PG) pour encourager les échanges académiques. Dans ce but, l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) a créé le Centre des études et cultures de l’Amérique latine – Cecal – et a signé des conventions avec des universités brésiliennes, développant des relations avec le Brésil et d’autres pays d’Amérique latine. À noter que de nombreux recteurs et professeurs d’université en Amérique latine sont d’origine libanaise.

Retour à la « Source du Don »
Fernando Haddad, lors de sa visite au Liban, s’était rendu à son village d’Aïn Ata, effectuant un retour aux origines, à la « Source du Don », qui est la traduction du nom de ce village en français. Cette localité compte environ 450 familles grecques-orthodoxes et druzes. Haddad avait été reçu par le maire de la municipalité et avait inauguré, à cette occasion, une bibliothèque publique portant le nom de son grand-père, le père Habib Haddad. Il a aussi offert des livres et planté un cèdre devant l’école du village. Cette visite de coopération pédagogique avait été ainsi chargée d’émotion.
Pour Haddad, l’intégration entre le Brésil et le Liban est très forte et parfois il est difficile de faire des distinctions entre les cultures respectives, comme pour la « esfiha » libanaise, considérée comme étant brésilienne.
Dans le monde entier, les fils et petits-fils de Libanais occupent des postes d’importance dans tous les domaines. Un plan solide de contacts est aujourd’hui nécessaire pour mieux connaître et exploiter cette richesse, afin d’en faire bénéficier le Liban.

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