Ceux qui veulent la tête du régime syrien considèrent à cet égard que celui-ci tient certes les rênes du pouvoir grâce à son armée qui a prouvé être une institution encore solide. Mais tout cet édifice peut s’effondrer du jour au lendemain comme un château de cartes à condition de trouver l’élément qui pourrait provoquer cette chute. Selon les sources du 14 Mars, ce ne serait plus qu’une question de semaines. Et à ce moment-là, la chute du régime syrien aura l’effet d’un séisme au Liban. Une fois ce régime parti, le Hezbollah serait forcément affaibli ainsi que son parrain iranien. D’autant que, toujours selon les mêmes sources, les Arabes, Qatar en tête, ont décidé de mettre le paquet dans ce but. Pour le 14 Mars, ce camp aurait déjà enregistré une victoire en réussissant à séparer le Hamas de l’Iran et en cherchant à ramener cette organisation dans son giron, après avoir longtemps refusé de lui accorder pignon sur rue, la poussant à s’installer à Damas et à trouver des financements en Iran. Désormais, c’est le processus inverse qui est en train de se dérouler, le Qatar proposant d’installer le Hamas à Doha et promettant des aides financières si cette organisation quitte la Syrie.
Les sources du 14 Mars reconnaissent que l’affaire n’est pas encore totalement conclue, mais elle serait en bonne voie et, de la sorte, le Hezbollah serait privé de la carte de la résistance qu’il brandit avec le Hamas et qui lui permet de gagner une grande popularité dans le monde arabe, dépassant ainsi sa propre communauté. Selon certaines informations, des contacts auraient même été entrepris avec des parties libanaises pour créer « une structure de résistance » parallèle au Hezbollah, quitte à revenir à une résistance « nationale » (comme c’était le cas entre 1982 et 1985), qui ne serait plus essentiellement chiite, pour couper l’herbe sous le pied de ce parti et le priver ainsi de sa légitimité populaire. Le Qatar, qui préside la commission arabe chargée du dossier syrien, serait le moteur de ce projet, cherchant ainsi à récupérer les mouvements de résistance arabes et confirmant la tendance actuelle de promouvoir les mouvements islamistes sunnites comme forces émergentes du monde arabe, face à l’Iran et aux chiites en général.
Pour les proches du Hezbollah, ce scénario s’inscrit dans le cadre des chimères véhiculées par le 14 Mars et ses alliés arabes et occidentaux, et montre l’incapacité des ennemis du régime syrien à obtenir sa chute, 11 mois après le déclenchement des protestations en Syrie. Pour ces milieux, le dossier syrien est devenu une question stratégique qui concrétise la nouvelle guerre froide entre, d’une part, les États-Unis et l’Europe, et, de l’autre, la Russie et les pays dits émergents. D’une part, le régime syrien jouit encore d’un large appui populaire et de la totalité de l’appareil de l’État et, de l’autre, ses appuis régionaux (l’Iran) et internationaux (la Russie) lui permettent de tenir le coup et de pouvoir résister de nombreux mois encore. Miser sur une défection d’une personnalité du cercle proche de Bachar el-Assad prouve que tous les autres moyens ont échoué, y compris le recours à la violence de la part de l’opposition. Pour les milieux proches du Hezbollah, le dossier syrien n’est donc pas une simple question de réformes et de protestations populaires, mais le terrain où se joue la nouvelle confrontation entre la puissance américaine et ses détracteurs. Le Moyen-Orient est le lieu qui montre le mieux que le monde est en train de changer. Si les États-Unis restent une grande puissance, ajoutent ces milieux, ils ne sont plus en mesure de décider seuls du sort du monde. Mais aucune puissance n’est encore en mesure de prendre ce rôle. D’où l’incertitude et la confusion dans lesquelles est plongée la région. C’est en Syrie que tout se joue, mais la partie est loin d’être terminée.


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Robert, ne dis pas que nous ne rions pas bien aujourd'hui, comme hier, et comme toujours... Anastase Tsiris
06 h 07, le 12 janvier 2012