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À La Une - L'orient Littéraire

La Revue du Liban et de l’Orient arabe

C’était les années 70. On ne les appelait pas encore les « seventies » puisqu’on y vivait. Nos mamans portaient des robes en jersey imprimé avec, comble du chic, une fine ceinture de vinyl noir. Jeunisme et mode pré-ado n’ayant pas encore cours, elles ne craignaient pas de paraître « dadames » en portant leur sac bourgeoisement sur l’avant-bras pour aller à l’église le dimanche. Leur mari conduisait bien sûr et elles s’asseyaient sagement à ses côtés, avec leurs trois enfants bien peignés à l’arrière.

 

Le samedi, c’était la séance coiffeur. « Chez Jean », qui n’était encore ni « visagiste » ni « artiste capillaire », officiait dans le quartier, au bout de la rue. Malgré l’enseigne de rigueur « Haute coiffure », il était plutôt modeste, seuls les chignons vertigineux en forme de choucroute qu’il confectionnait à ses clientes ayant pris de la « hauteur ».

À peine arrivées, ces dames se jetaient sur La Revue du Liban qui portait curieusement en caractères beaucoup plus petits, un sous-titre quasi invisible « et de l’Orient arabe ». Prudence de mise à l’égard d’une bourgeoisie francophile, peu suspecte de sympathie pour les causes arabes d’alors ?

 

En réalité, ce que les charmantes clientes de Jean recherchaient dans leur revue préférée, c’était moins des analyses pointues sur le conflit du Proche-Orient que les photos du mariage de la fille de leur meilleure amie au Carlton. Passant vite sur la énième photo, sur une page entière, d’un opulent cheikh du Golfe et sur les éditoriaux politiques invariablement alarmistes, elles dévoraient avec délice les pages mondaines, allant de la visite du chah d’Iran et de la chahbanou au Liban aux vacances de neige de Gunther Sachs et de Brigitte Bardot aux Cèdres...

 

Tout cela pour arriver à leur page favorite, la dernière de La Revue, pompeusement intitulée « Si vos problèmes m’étaient contés... » par Agnès du Reuil. Cette mystérieuse dame, dont une photo aux traits nobles ornait la page, répondait au (soi-disant ?) courrier de jeunes filles désespérées dont le fiancé réclamait quelque privauté avant le sacro-saint mariage. Prônant une morale de fer, la noble dame incitait inexorablement les jeunes filles à refuser « de glisser sur une voie dangereuse » et à initier un fiancé haletant aux joies de la chasteté...

 

Assises sous leur casque trop chaud avec de gros bigoudis sur la tête, ces dames approuvaient gravement.

 

Adieu La Revue du Liban et de l’Orient arabe.

C’était les années 70. On ne les appelait pas encore les « seventies » puisqu’on y vivait. Nos mamans portaient des robes en jersey imprimé avec, comble du chic, une fine ceinture de vinyl noir. Jeunisme et mode pré-ado n’ayant pas encore cours, elles ne craignaient pas de paraître « dadames » en portant leur sac bourgeoisement sur l’avant-bras pour aller à l’église le dimanche. Leur mari conduisait bien sûr et elles s’asseyaient sagement à ses côtés, avec leurs trois enfants bien peignés à l’arrière.
 
Le samedi, c’était la séance coiffeur. « Chez Jean », qui n’était encore ni « visagiste » ni « artiste capillaire », officiait dans le quartier, au bout de la rue. Malgré l’enseigne de rigueur « Haute coiffure », il était plutôt modeste, seuls les chignons...
commentaires (5)

- - Madame Marie Jo Malha , Vous incarnez la femme du monde Libanaise et c'est un plaisir de vous lire et de savoir que la relève élégante féminine du Liban est assurée , car les Libanaises d'aujourd'hui , ne savent pas apprécier ce qu'elles n'ont pas connues , surtout les nouveaux riches d'entre elles , qui sont malheureusement nombreuses , " changement de société oblige " (...) si vous voyez ce que je veux dire . . Les femmes du monde de chez nous , pour les rencontrer , il faut voyager , elles ne sont plus sur place depuis longtemps .

JABBOUR André

10 h 29, le 09 octobre 2011

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Commentaires (5)

  • - - Madame Marie Jo Malha , Vous incarnez la femme du monde Libanaise et c'est un plaisir de vous lire et de savoir que la relève élégante féminine du Liban est assurée , car les Libanaises d'aujourd'hui , ne savent pas apprécier ce qu'elles n'ont pas connues , surtout les nouveaux riches d'entre elles , qui sont malheureusement nombreuses , " changement de société oblige " (...) si vous voyez ce que je veux dire . . Les femmes du monde de chez nous , pour les rencontrer , il faut voyager , elles ne sont plus sur place depuis longtemps .

    JABBOUR André

    10 h 29, le 09 octobre 2011

  • Vous relatez dans votre commentaire de façon parfaite le Liban d'antan Monsieur Jabbour, le Liban dont nous sommes tous fiers et dont la plupart sur ce site ont plus ou moins connu, car en 1975 beaucoup parmi nous, étaient encore adolescents et n'ont gardé que peu de bons souvenirs de ce beau Liban. Malgré tous nos différents en politique Monsieur Jabbour, il y a une vérité que personne ne peut nier, celle de l'amour que ressentent tous les libanais pour leur Patrie. Sincèrement. Marie José Malha.

    Marie Jose Malha

    07 h 29, le 09 octobre 2011

  • Adieu La Revue du Liban , adieu à cette belle page de notre histoire ou le chignon frisé ou natté donnait un air exceptionnel à la femme libanaise . De nos jours à la guerre comme à la guerre seuls les cheveux lisses triomphent . Nazira.A.Sabbagha

    Sabbagha A. Nazira

    06 h 10, le 09 octobre 2011

  • Il y avait une fois un beau Prince aux bois dormants. On l'appelait le Liban. L'Ogre l'a avalé ! Devinez... Anastase Tsiris

    Anastase Tsiris

    04 h 53, le 09 octobre 2011

  • - - Nostalgie nostalgie (s) .. C'était l'époque où nous étions civilisés ! où " l'homme " était respectueux et respecté , où l'être humain avait de l'importance ! où la famille était unie .. , où l'état existait et était respecté en faisant régner l'état de droit , où la femme était belle tout simplement comme Dieu la créa !! où la mère de famille était au foyer et s'occupait de sa famille et de l'éducation de ses enfants .. , tout en participant à la vie sociale de son pays , où le divorce était rare et difficile , où les amis étaient sincères , où la partage existait , où la beauté Libanaise était connue et reconnue dans le monde entier , où le pays était la destination touristique préférée par excellence des plus grosses fortunes et de la jet set internationale , surtout la Française , où nos plages , nos restaurants , nos hôtels , nos banques , nos boîtes de nuits , nos universités , nos hôpitaux , nos écoles , nos lycées , nos collèges , nos lois , notre armée , notre brigade de police touristique spécialement pour les touristes , la brigade 16 qui faisait trembler les plus grands caïds ... !!!! Tout cela était merveilleusement relaté chaque semaine avec brio par La Revue Du Liban ! Adieu la vielle dame et Merci . Tu nous manqueras .

    JABBOUR André

    04 h 27, le 09 octobre 2011

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