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Diaspora

Ameylia Saad Wu : « Mon cœur est assez grand pour contenir des continents »

Rencontrée récemment à Paris, la harpiste et chanteuse Ameylia Saad Wu, de père libanais et de mère chinoise de La Réunion, où elle a passé son enfance (voir notre édition du 19 mai 2008), nous raconte son art et ses prochains projets. Elle donnera une conférence le 24 mai prochain à l'USEK à Jounieh et se produira le 27 mai au Centre culturel français de Zahlé.
18/04/2011
RK : Mlle Saad Wu, parlez-nous de votre dernier travail.
ASW : J'ai sorti mon premier album en soliste The dreamer's dances, on y trouve mes compositions pour voix et harpe celtique dans les styles néoclassiques, new-age, world et contemporains. Dans mes concerts, je reprends certains morceaux de mon disque.
En revanche, mon dernier travail d'équipe s'est déroulé avec le Collectif Ovni, ensemble de musiciens regroupés par le compositeur Pierre Thilloy. Notre grande première a été un ciné-concert dont la composition musicale est destinée au film The Phantom of the Opera de Rupert Julian. La Cinémathèque de Toulouse a accueilli cette version pour voix lyrique, harpe celtique, claviers, machines, accordéon et DJ. Dans l'immédiat, nous allons tourner en France et en Asie avec cet opéra-électro. Par la suite, nous ferons d'autres créations avec le même compositeur.

À quel moment da la journée travaillez-vous vos compositions ?
Le plus souvent, je compose la nuit. Le calme est un moment de concentration intense. Il arrive que des airs me « tombent dans les oreilles » à une heure insolite de la journée. Je saisis l'occasion pour les transcrire sur du papier à musique que je garde toujours sur moi. Il faut dire que ces mélodies sont filles du moment : évanescentes et furtives, elles sont vite perdues si l'on ne prend pas la précaution de les noter. Plus tard, dans le silence de la nuit je les peaufine en m'accompagnant de la harpe.

Quels sont vos sources d'inspiration ?
Généralement, mon imaginaire récupère des styles musicaux qui me plaisent et que je recompose à ma façon. Il arrive que j'aie le coup de foudre pour une mélodie, j'en fais vite un arrangement pour la harpe ou une autre composition insufflée par ce que j'ai entendu. C'est une sorte de culture générale, de nutrition personnelle : l'inspiration nous vient de tout et de rien. Par ailleurs, la nature, les éléments, l'universalité, l'amour, la danse sont autant de thèmes récurrents dans mes créations musicales.

Écoutez-vous des musiques et chants orientaux classiques, vous sentez-vous capable de composer autant ou de chanter à l'identique ?
J'aime les chants orientaux que j'écoute parfois sur les CD de mon père. Je peux chanter dans les langues que je maîtrise avec des rythmes orientaux, extrême-orientaux ou autres. Malheureusement, ne parlant pas libanais, il m'est difficile de chanter dans cette langue. Cependant, je peux composer des rythmes et des thèmes orientaux et les chanter en français.

Vous avez mis votre père sur les traces d'Ulysse, ce qui lui a inspiré son dernier ouvrage « Odysséra ». Pensez-vous prolonger son travail par un chant d'opéra ?
(sourire...) Vous êtes bien informé ! Le compositeur Benoît Combes rêvait de mettre en musique la mythique Odyssée. Il lui fallait un texte. J'ai demandé à mon père Michel Saad, écrivain d'origine libanaise, s'il acceptait d'écrire une version poétique de l'Odyssée sous la forme d'un livret d'opéra ou de théâtre. Mon père a pris les choses en main et son œuvre Odysséra a été publiée il y a peu aux éditions Édilivre (voir notre édition du 17 janvier 2011). Depuis, même si les grandes lignes du projet d'opéra restent à définir, le compositeur Benoît Combes a déjà décerné certains rôles : je serai Circé et la deuxième Sirène.

L'amphithéâtre de Byblos décore la couverture d'« Odysséra », cela marque-t-il votre attachement au pays du Cèdre ?
Certainement. Il est naturel que mon père mette son pays natal en filigrane ! D'ailleurs Ulysse, le grand voyageur, a dû passer par la Phénicie. Je me demande si les Phéaciens, meilleurs passeurs des mers, selon Homère, n'étaient autres que les Phéniciens.
Quand on prononce devant vous le mot « Liban », quels sont les mots qui vous viennent à l'esprit ?
La grandeur et la beauté des monuments, les villes portuaires, les montagnes, les religions, le contraste entre traces de guerre et reconstruction, la gentillesse de la population, la langue libanaise, la musique, les souks... la pâtisserie !

Et les mots pour La Réunion ?
Le métissage, les ethnies, l'osmose, les couleurs, les plantes endémiques, le lagon, la musique, la langue créole, le volcan, les parfums, les épices... les fruits exotiques !

Je crains de vous demander lequel des deux, je veux dire du Liban ou de La Réunion, tiendrait une meilleure place dans votre cœur ?
(sourire) J'y répondrai en citant mon père dans son roman La Noria ne tourne plus : « Ma terre est celle où j'ai joué enfant. » Mes souvenirs d'enfance me portent naturellement à La Réunion.
Le Liban, c'est l'autre, la découverte, l'inconnu reconnu par les gènes, l'amour lointain encore plus attachant que celui toujours proche. Je dirais que mon cœur est assez grand pour contenir des continents entiers ! Je suis attachée au Liban autant qu'à La Réunion, île de mon enfance, mais aussi à la France où je vis actuellement... Choisir est source de tristesse.

L'Italie, l'Allemagne, la France, La Réunion... Pensez-vous vous produire un jour au Liban ?
Je serai en conférence à la faculté de musique de l'Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) le 24 mai prochain. J'y ferai une présentation de la harpe, de ses techniques et interpréterai quelques compositions personnelles. Je donnerai également un concert le 27 mai au Centre culturel français de Zahlé. La directrice régionale Alicia Thouy m'a contactée suite au premier article paru dans L'Orient-Le Jour. Je suis honorée d'être la première harpiste à figurer dans leur programmation et très heureuse de présenter mon art dans le pays de mes origines.

Pour mieux connaître Ameylia Saad Wu : www.ameylia-saad-wu.com

Propos recueillis par Roberto KHATLAB

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