Depuis la création du Grand
Liban en 1920, la promulgation de sa Constitution en 1926, puis la conclusion du pacte national en 1943, le système politique libanais a connu plusieurs transformations majeures. La Constitution de 1926 et le pacte national ont consacré de larges prérogatives du président de la République, faisant entrer le Liban dans l’ère du maronitisme politique. Toutefois, le confessionnalisme politique a continué de structurer les pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire et sécuritaire.
À la suite de l’accord de Taëf de 1990, le Liban est passé, dans la pratique, à l’ère du sunnisme politique, sous l’impulsion du président du Conseil des ministres Rafic Hariri. Celui-ci a concentré entre ses mains l’essentiel du pouvoir exécutif, alors même que l’accord de Taëf prévoyait la réduction des prérogatives du président de la République et leur transfert au Conseil des ministres réuni collégialement. Néanmoins, malgré les réformes prévues par cet accord, qui stipulait l’abolition du confessionnalisme politique, celui-ci est demeuré profondément ancré dans l’ensemble des institutions constitutionnelles libanaises.
Après l’assassinat de Rafic
Hariri en 2005, le système politique libanais est passé, dans la pratique, à l’ère du chiisme politique, sous l’effet de la puissance militaire du Hezbollah, qui a imposé son emprise sur la décision nationale et contrôlé les principaux rouages du pouvoir.
Ainsi, depuis plus d’un siècle, le système politique libanais et sa classe dirigeante ont consacré la notion d’État profond, dans toutes ses composantes politiques, judiciaires, religieuses et sécuritaires, un système reposant sur le confessionnalisme clientéliste et la corruption.
Plus de trois décennies après l’accord de Taëf, le confessionnalisme politique demeure toujours en place. Le système politique libanais, fondé sur le partage confessionnel du pouvoir et la démocratie consensuelle, a échoué à bâtir un État de citoyenneté, un État de droit et des institutions solides.
Afin de sauver la nation, il est indispensable de construire, de manière pragmatique et réaliste, le Liban futur.
Premièrement, dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord de Taëf, il convient d’appliquer la décentralisation administrative en élargissant les prérogatives des gouverneurs et en créant un conseil local dans chaque mohafazat. Ces conseils seraient chargés de gérer, en toute autonomie vis-à-vis du pouvoir central, les affaires financières, sociales, économiques et judiciaires.
En cas d’échec du pouvoir dans la mise en œuvre de la décentralisation administrative, il deviendrait nécessaire d’adopter un système fédéral.
Deuxièmement, les Libanais devraient parvenir à un consensus national sur l’adoption d’un système fédéral, inspiré du modèle suisse. Celui-ci reposerait sur quatre cantons à dominante confessionnelle – chrétien, sunnite, chiite et druze – chargés de gérer, dans un cadre de compétences clairement délimité, leurs affaires politiques, financières, sociales, économiques, judiciaires et sécuritaires.
L’État central conserverait, quant à lui, son armée nationale et une politique étrangère unifiée, garantissant ainsi l’unité de l’État libanais.
Cette proposition apparaît comme la solution la plus adaptée aux réalités du pays, après l’échec des tentatives visant à abolir le confessionnalisme, tant au niveau de la société que des institutions politiques. Sa mise en œuvre devrait toutefois reposer sur un consensus national global et sur l’élaboration d’un nouveau contrat social, permettant de refonder les relations entre les Libanais et de construire un État stable, juste et souverain.
Élias Abu Jawdeh
Docteur en sciences politiques
Général de brigade à la retraite
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