Cette conclusion de Jean de la Fontaine n’a rien perdu de son lustre. Celui qui a la force physique ou technique impose sa loi et ses vues. Depuis le règne animal jusqu’aux rapports humains, les grandes puissances (par la voix de leurs responsables et par leurs actions) dirigent le monde.
Comment accepter cette manière cynique qui fait que le pouvoir et la force l’emportent sur la justice et la vérité. En parcourant l’histoire de l’humanité, nous retrouvons des périodes de luttes, de guerres, des périodes d’accalmies et des périodes d’essor culturel et de progrès techniques.
Mais rappelons que c’est toujours la volonté du roi, du prince, du guide ou du président qui entraîne le peuple. La question se pose sur la nature humaine qui s’emballe, se radicalise et entraîne un pays à la guerre.
Les humains sont faits pour vivre ensemble en paix avec leurs semblables, avec les autres créatures et avec la nature.
Pour vivre en groupe il faut un ensemble de compétences cognitives, émotionnelles et comportementales qu’on peut appeler intelligence sociale. Les groupes sociaux s’influencent mutuellement, se supportent, se tolèrent, ou se détestent et s’entretuent selon le goût des responsables. Pour être en paix ils doivent accepter le partage d’un destin commun, des buts et des intérêts similaires. Cela implique des responsables attentifs et bienveillants.
Les chefs de ces groupes peuvent influencer les opinions, les émotions et les comportements des individus et leurs décisions. En sachant que le cerveau humain est malléable, il s’adapte au groupe, réprime ses pulsions immédiates, tolère les frustrations. Il peut gérer ses colères comme il peut tout lâcher et s’emporter. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité cérébrale. Quel dérèglement survient chez le chef pour glisser vers l’affrontement, la haine et la domination. Aucun système politique ne semble idéal pour gérer la communauté humaine. Parfois l’excès de la dictature ou les convictions religieuses peuvent brider les individus et limiter les déviances au prix de beaucoup de restriction individuelle.
C’est surtout par un excès d’emprise de la part des dogmes ou des religions extrémistes que les responsables des grands pays entrainent le monde.
C’est le culte des tabous et de l’endoctrinement pour donner de l’ignorance. Comme si les chefs utilisent tout un capital de haine et d’agressivité pour entraîner les peuples à s’affronter.
Nous assistons sur la scène politique à une persistance de l’intolérance, la démagogie et le narcissisme. Le monde devient sans foi ni loi et la démocratie mal traitée.
Le régime sociétal ancien vivait d’une certaine manière avec la souffrance, l’écrasement de l’individu, les normes morales et religieuses, les traditions étaient dominantes avec une inhibition du désir et du plaisir. C’est le collectif qui dominait l’individu par les interdits, les tabous, la culpabilité et la négation du corps. Dans le régime actuel depuis le XXe siècle, on cultive le désir individuel, la personnalisation, l’affirmation de soi et la liberté.
On redessine son corps par la chirurgie esthétique, par les tatouages multiples et par les piercings. Soit pour se distinguer, soit pour bien se donner l’impression de s’autogérer.
Cela entraîne une solitude, un isolement malgré tous les moyens de communication. Il s’y ajoute les drogues multiples, la détresse psychique et la perte de sens. C’est une recherche d’un bien-être introuvable. Les personnes deviennent à la merci des influenceurs, la publicité des gourous.
Notre pays n’échappe pas à ce malaise. L’ordre injuste du monde fait le jeu des manipulateurs du pouvoir, qui poussent aux conquêtes et à la guerre.
Ce sont les chefs de pouvoir, surtout totalitaires qui écrasent les pouvoirs libéraux et démocratiques.
Notre région se trouve tiraillée dans cette tourmente entre la sauvagerie d’Israël avec Netanyahu et la haine du côté iranien et les mollahs, et ailleurs un despote qui envahit l’Ukraine. Notre pays se désintègre au lieu d’être un stratège garant de la justice et de la sauvegarde de nos biens matériels et culturels. Il doit pouvoir sanctionner et punir, nous protéger contre les crimes et la corruption.
Qui peut retenir les despotes sanguinaires ?
À force de multiplier les compromis, de repousser les décisions les plus douloureuses, on rend l’explosion plus violente. Il faut rassembler à tous les niveaux ceux qui veulent vivre ensemble. Ils sont beaucoup plus nombreux que les déviants qui dérèglent tout le pays. Les choix varient entre la décentralisation, la fédération ou même le séparatisme.
Au niveau mondial, il y a un grand besoin de retrouver les instances internationales pour un dialogue constructif entre les peuples. Il faut reprendre le rôle de l’organisation mondiale des Nations unies, le Conseil de sécurité, la Cour pénale internationale. Ces instances restent un espoir pour tous les peuples et la paix internationale. Cela aidera à prévenir les atrocités des chefs guerriers qui bouleversent notre civilisation.
Notre époque est celle de « l’affectivisme » et le goût de la force. Pour le président Trump, le principe est le suivant : garde tes amis près de toi, et tes ennemis encore plus près. C’est une période où les puissants se comprennent et se respectent aux dépens de petits pays. Ces derniers ne font que rechercher la protection. En attendant les vents favorables et à jouer le rôle d’un comparse, que peut-on faire. On se rappelle le grand poète persan Mohammad Hafez al-Chirazi (1325-1390) : « Même si l’abri de la nuit n’est pas sûr et ton but encore lointain ; Sache qu’il n’existe pas de chemin sans terme ; Ne sois pas triste. »
Ou de Omar al-Khayyam (1048–1131 : « D’aucuns réfléchissent à la voie de la religion ; D’aucuns s’égarent sur le chemin de la certitude ; Je crains qu’un jour une voix ne s’élève ; Ô ignorants, la voie n’est ni celle-ci ni celle-là. »
Notre capital humain est en mesure de redresser le pays loin de toute violence. Les responsables doivent s’ouvrir au dialogue, à la tolérance et au bon sens, loin des illuminés assoiffés de guerres et de conquêtes.
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