Election banners in Sderot Une banderole électorale portant l’image du ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, chef du parti « Force juive » (Otzma Yehudit), à Sdérot, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, le 18 octobre 2026. Amir Cohen/Reuters
Saïd Kabet a boycotté les élections législatives israéliennes toute sa vie. À 55 ans, il ira aux urnes pour la première fois le 27 octobre, convaincu que l’avenir de la minorité arabe d’Israël se jouera ce jour-là. « Ne pas voter ne ferait que renforcer (Itamar) Ben-Gvir et (Bezalel) Smotrich », deux ministres d’extrême droite du gouvernement sortant, explique ce pharmacien établi dans le village arabe de Majd al-Kroum, dans le nord d’Israël.
À l’approche du scrutin du 27 octobre, un sentiment d’urgence domine beaucoup de localités arabes israéliennes, dont les habitants, descendants des Palestiniens restés sur leurs terres lors de la création d’Israël en 1948, disent considérer ces élections comme existentielles.
La minorité arabe représente près de 20 % de la population israélienne. Ses membres dénoncent depuis longtemps des discriminations de la part de la majorité juive et soulignent que leur situation a empiré sous le gouvernement sortant de Benjamin Netanyahu, le plus à droite de l’histoire du pays.
Sous l’impulsion des ministres de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et celui des Finances, Bezalel Smotrich, la colonisation s’est accélérée en Cisjordanie occupée. Et des colons regardent désormais vers les localités arabes d’Israël.
En septembre, un terrain appartenant à la famille Kabet à Majd al-Kroum a ainsi été le théâtre d’une confrontation entre habitants et colons juifs venus y établir une nouvelle implantation illégale.
La police israélienne a fini par évacuer les occupants, malgré le soutien affiché par M. Smotrich qui y avait tenu une réunion, et avait affirmé en août vouloir « judaïser » les régions majoritairement arabes d’Israël.
L’épisode a marqué les esprits. « À la lumière de ce qui s’est passé ici et ailleurs, j’encourage chaque électeur à se rendre aux urnes », dit Saïd Kabet.
« Danger proche »
Dana Salameh, 31 ans, sillonne les rues de Majd al-Kroum pour convaincre les récalcitrants d’aller voter.
Traditionnellement, le taux de participation est plus faible au sein de la minorité arabe : lors du dernier scrutin, en 2022, il était de 53 %, contre 70 % au niveau national.
Mais la militante est convaincue que la participation sera cette fois en hausse.
« Tout le monde, même ceux qui boycottent (habituellement) les élections ou qui ne sont pas sûrs d’aller voter, voit désormais à quel point le danger va se rapprocher si ce gouvernement reste au pouvoir », dit-elle.
Les partis arabes israéliens ont présenté deux listes : la Liste unifiée, qui rassemble trois partis, et Raam, acronyme en hébreu signifiant « Liste arabe unie ».
Toutes deux avaient initialement été invalidées par la Commission électorale, saisie par des membres de la coalition gouvernementale, avant que la Cour suprême ne les autorise finalement à concourir.
Les derniers sondages leur prédisent 13 sièges à elles deux, contre 10 actuellement pour les partis majoritairement arabes.
Pour Dana Salameh, ces chiffres reflètent le sentiment qui se diffuse au sein de la minorité arabe que ces élections sont « une lutte pour leur existence même ».
Le long des routes, des panneaux électoraux assurent : « Ça dépendra de ton vote ».
Si le scrutin est aussi serré que l’annoncent les sondages, les partis issus de la minorité arabe pourraient aussi être propulsés en faiseurs de rois pour la formation d’un gouvernement.
Un autre facteur de mobilisation de la minorité arabe est l’explosion de la criminalité en son sein, en particulier les homicides et les extorsions.
D’après l’ONG judéo-arabe Abraham Initiatives, plus de 140 Arabes israéliens ont été tués au cours du premier semestre 2026, soit une augmentation de 15 % par rapport à la même période en 2025. En 2022, il y avait eu 116 homicides sur l’année entière.
De nombreux citoyens arabes accusent la police israélienne de laisser faire. « L’État s’est complètement retiré », estime le criminologue Walid Haddad.
« Chasser les extrémistes »
Les Arabes israéliens doivent également faire face aux démolitions régulières d’habitations par les autorités israéliennes, qui les justifient par une absence de permis de construire. Les habitants dénoncent de leur côté l’extrême difficulté qu’ils ont à obtenir ces permis. À Taybeh, dans le centre du pays, une quarantaine de membres de la famille Abou Mtair sont confrontés à une menace de démolition, même si la procédure a été provisoirement suspendue. « Je ne peux pas imaginer un retour de ce gouvernement de droite », assure Akram Abou Mtair, 47 ans.
Le 12 octobre, 80 habitations ont été rasées dans le village bédouin d’al-Dahiya dans le désert du Néguev (Sud). Désormais sans toit, Adnan Abou Wadi est persuadé que les gens iront « voter massivement ». « Nous utiliserons nos voix arabes pour changer de gouvernement et chasser les extrémistes », dit-il.
Hiba ASLAN/AFP