Des soldats de l'armée libanaise sécurisent le périmètre autour d'un immeuble visé par une frappe israélienne, à Hazmieh, à l'est de Beyrouth, le lundi 23 mars 2026. Photo d'archives Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour
L'armée libanaise a entamé samedi matin un déploiement « renforcé » dans la banlieue sud de Beyrouth, au lendemain de l'incident survenu dans le secteur de la Galerie Semaan, à la lisière de cette banlieue, lors duquel des dizaines d'hommes armés du Hezbollah avaient encerclé une patrouille de la police judiciaire qui procédait à une saisie de médicaments dans des entrepôts, rapporte une source de l'institution militaire. Ces hommes s'étaient retirés après l’arrivée de l’armée sur les lieux.
« Nous menons un déploiement plus important que d'habitude compte tenu de la situation, et des frictions survenues hier (vendredi, Ndlr) », précise cette source à L'Orient-Le Jour, tout en évoquant « des mesures de routine visant à maintenir la situation sécuritaire sous contrôle ». Des vidéos amateurs, en ligne samedi matin, montrent l’arrivée dans la banlieue sud de Beyrouth de véhicules militaires en provenance de Choueifate, situé juste au sud de la capitale.
Levée de boucliers de députés anti-Hezbollah
Alors que le Hezbollah n'avait pas nié la veille qu'il s'agissait de membres du parti-milice, le député du Hezbollah Ibrahim Mouassoui a affirmé samedi qu'aucune commission rogatoire « n'a été délivrée à l’encontre d’un quelconque membre du Hezbollah » dans cette affaire. « Cessez vos divagations, vos inepties et vos fausses rumeurs… Aucune commission rogatoire n’a été délivrée à l’encontre d’un quelconque membre du Hezbollah ! », a écrit sur son compte X le député de la formation.
Des informations circulant en ligne ont fait état plus tôt d'une demande du procureur général près la Cour de cassation, Ahmad Rami Hajj, afin de mener une enquête pour identifier les hommes armés qui ont participé à l'obstruction à la Galerie Semaan, en vue d'engager des poursuites judiciaires à leur encontre. Il n'était pas immédiatement possible de confirmer cette information de manière indépendante. Des sources judiciaires ont démenti auprès de la chaîne MTV les informations selon lesquelles des poursuites étaient engagées contre le président du Comité de liaison et de coordination du Hezbollah, Hussein Abdallah, et son adjoint, Ali Ayoub.
L'opération de vendredi à la Galerie Semaan était menée en exécution d’une commission rogatoire du procureur Hajj, à la suite d’un signalement du ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, concernant des médicaments impropres à la consommation et ne répondant pas aux conditions sanitaires requises pour leur distribution. Le ministre, lui-même affilié au Hezbollah, a publié un communiqué vendredi soir dans lequel il affirme que son approche était « scientifique et juridique, totalement étrangère à toute considération politique », évoquant des médicaments qui « ne remplissaient pas les conditions nécessaires à leur utilisation et à leur commercialisation sur le marché libanais ». Il a encore appelé « les médias à faire preuve de vigilance face à toute allégation dépourvue de fondement scientifique, quelle qu’en soit l’origine, et à coordonner leurs efforts avec les autorités judiciaires et sécuritaires, dans l’intérêt général et pour la protection de la santé des citoyens ». Selon le site Al-Modon, la perquisition serait intervenue après que le procureur a élargi ses investigations dans le dossier des médicaments anticancéreux provenant d’Iran et d’Inde.
Par ailleurs, l'affirmation du parti-milice selon laquelle la perquisition de l'armée vendredi avait été effectuée « sans respecter le mécanisme convenu entre le Hezbollah et les services de sécurité » a provoqué samedi une levée de boucliers de députés de Beyrouth hostiles à la formation pro-iranienne. « Depuis quand les forces de sécurité libanaises doivent-elles se coordonner avec un parti politique ou obtenir son autorisation pour accomplir leur devoir sur le territoire libanais ? », a écrit sur son compte X le député Fouad Makhzoumi (sunnite). De son côté, le député des Forces libanaises (FL) Ghassan Hasbani s'est demandé sur la même plateforme : « Existe-t-il désormais au Liban des zones dans lesquelles les forces de sécurité ne peuvent pénétrer ou effectuer des perquisitions sans coordination préalable avec un parti politique ? L’application de la loi nécessite-t-elle une autorisation préalable d’une quelconque partie autre que les autorités judiciaires et sécuritaires compétentes ? ». Le député issu de la contestation Waddah Sadek a quant à lui évoqué « une répétition générale du 7-Mai (2008, date du coup de force du Hezbollah contre l'État, suite à une décision controversée du gouvernement, Ndlr), avec des centaines d’éléments organisés qui ont bloqué les accès à Beyrouth ». « Ce qui s’est passé hier n’était pas un simple cortège de motos », a-t-il estimé, également dans un message sur X.
L'incident de la Galerie Semaan est survenu concomitamment à l'appel vendredi du secrétaire d'État américain Marco Rubio au président libanais Joseph Aoun à « demander des comptes à tous ceux qui ont ordonné, financé et dirigé » la livraison au Hezbollah d'une demi-tonne d'explosifs saisie la semaine dernière par les autorités libanaises. Le Hezbollah avait reconnu jeudi que la cargaison lui appartenait, affirmant qu'elle était destinée à la « résistance » contre Israël. Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah avait alors demandé « la libération immédiate des personnes interpellées » et « la restitution du véhicule et de son contenu ».

