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Lifestyle - Hôtellerie

Le palais Beit al-Noor à Marrakech, un peu du Maroc, un peu du Liban, et un beau mélange de cultures

Elle apporte la réflexion, lui l’énergie et la fougue. Dans la ville ocre, Joëlle Dagher et Nicolas Delsuc ont transformé trois bâtiments anciens en une « maison de lumière », au terme d’une aventure aussi ardue que personnelle.

Le palais Beit al-Noor à Marrakech, un peu du Maroc, un peu du Liban, et un beau mélange de cultures

Joëlle Dagher et Nicolas Delsuc, le couple à l’origine de Beit al-Noor, à Marrakech. Photos fournies par le couple

Il a des yeux verts illuminés, un sourire à fossettes qui jaillit au détour d’un souvenir. Phrases, proverbes, histoires, anecdotes et dictons de son père ressurgissent spontanément, dans une forme d’impatience. Elle est retenue, posée, cartésienne, rigoureuse. Son sourire est prudent, intérieur.

Ensemble, ils forment depuis six ans un parfait duo, dans la vie comme au travail.

« Nous pouvons passer 24 heures sur 24 ensemble… Nos amis nous envient ! » s’exclament Nicolas Delsuc et sa femme, Joëlle Dagher. « Il fait la cuisine, moi, la vaisselle ! » dit-elle en souriant.

Deux profils totalement différents, deux caractères et deux parcours distincts, mais une complémentarité qui les a « enfin », diront-ils, menés à ce projet commun : un établissement hôtelier à Marrakech.

Une maison du XVIIIe siècle transformée en « hôtel confidentiel » de douze chambres, avec trois patios et deux terrasses, dans le quartier tranquille de Zaouia el-Abassia.

Marrakech, si loin de leurs racines : une adresse inattendue dans un itinéraire qui ne devait pas les mener naturellement à ce lieu.

L’un des trois patios de Beit al-Noor, une « maison de lumière » au cœur de la ville ocre. Photo fournie par le couple


Des chemins de traverse

Lui est originaire de Côte d’Ivoire, né dans une famille d’entrepreneurs : un grand-père polytechnicien ; un père qui n’a fréquenté aucune école, mais qui a réussi dans les affaires ; une mère, Marysa Saad Delsuc, née à Dakar de deux parents libanais.

« Je n’ai pas connu mon grand-père, décédé d’un cancer lorsque ma mère avait 15 ans, précise-t-il. À sa mort, la famille a rejoint la Côte d’Ivoire. Mon oncle maternel, Naguib Saad, y avait créé sa propre société de distribution. C’est également en Côte d’Ivoire que ma mère a rencontré mon père, et c’est là que j’ai grandi. J’ai baigné dans trois cultures : du côté de mon père, une culture très française ; du côté de ma mère, cet héritage libanais incarné notamment par ma téta, Hélène Saad, née Henein, qui est née et a grandi à Sour. La troisième était celle de ma vie de tous les jours : la Côte d’Ivoire. C’est là que j’avais mes amis, mes habitudes, mes repères et que se déroulait mon quotidien. »

Voilà pour les présentations, légèrement résumées. Nicolas, qui a un talent de conteur, pourrait poursuivre pendant des heures. Quand il raconte son enfance, la figure paternelle qui lui a appris la vie « en rigolant », son côté premier de classe, ses études de premier cycle en sciences politiques à Columbia University – « Je ne savais même pas ce que c’était, Columbia ! » – et New York, où il va vivre huit ans, les images se bousculent.

« Le Liban était finalement le seul de ces univers que je connaissais sans avoir encore connu le pays. Ma téta me l’avait transmis à travers la nourriture, son accent, ses histoires, sa manière de recevoir et cette chaleur affective si particulière. J’ai découvert physiquement le Liban pour la première fois à 19 ans, lors d’un été avec des amis. Je m’y suis immédiatement senti bien. »

« Et puis, j’ai rencontré Joëlle. »

Autour du bassin vert, Joëlle et Nicolas ont voulu préserver l’esprit d’une maison marocaine. Photo fournie par le couple


Complémentarité

Elle est née à Marjaba, au Liban, où elle a grandi, étudié et vécu toute sa vie. Passionnée de voyages, curieuse, elle multiplie les escales : quelque 44 destinations sont inscrites aujourd’hui dans ses carnets de voyage. Des parenthèses dans une vie consacrée aux chiffres : Joëlle Dagher a passé de nombreuses années dans la finance auprès des Obeji.

Actif depuis de nombreuses années dans le développement et la coordination de grands projets d’infrastructures en Côte d’Ivoire, Nicolas poursuit : « Nos parcours ne nous destinaient pas à créer Beit al-Noor. Mais nous nous sommes rendu compte pendant le projet qu’ils nous y avaient finalement assez bien préparés. »

« J’ai toujours rêvé de travailler dans le domaine de l’hôtellerie », précise à son tour Joëlle. Mais le décès de son père, alors qu’elle avait sept ans, et les responsabilités dont a hérité sa mère vont mettre cette envie, jugée « pas assez sérieuse », en veilleuse.

Le couple se rencontre en 2019 et se marie en 2021. Quelques mois auparavant, Joëlle avait pris une décision importante : quitter le Liban pour la Côte d’Ivoire, où ils vivront trois ans.

« J’ai été blessée le 4 août 2020, confie-t-elle. La double explosion du port a bouleversé ma vie. J’ai mis des années à me remettre de mes traumatismes. À l’origine, notre projet était de retourner vivre au Liban et de créer quelque chose là-bas. Puis les événements en ont décidé autrement et la situation s’est progressivement dégradée. »

« Nous n’avions pas décidé d’ouvrir un hôtel à Marrakech dans le cadre d’un projet professionnel prédéfini, raconte Nicolas. Nous avons rencontré un lieu, découvert des artisans extraordinaires et senti que c’était quelque chose que nous devions faire. Lorsque nous avons commencé les travaux à Marrakech, notre complémentarité a réellement pris tout son sens et nous a permis de mener le projet à terme en seulement 21 mois. »

Sur la terrasse de Beit al-Noor, Joëlle et Nicolas prolongent l’esprit de la maison autour de la table. Photo fournie par le couple


Un projet, un défi

Pour concrétiser leurs envies et restaurer trois bâtiments anciens, dont une médersa du XVIIIe siècle, il a fallu s’adapter au pays, à la ville, aux mentalités, aux artisans et aux différents corps de métier, tout en protégeant le patrimoine.

« Nous étions dans des bâtiments qui avaient leur propre histoire. Il fallait respecter cela et laisser le Maroc s’exprimer. Et surtout, ne pas créer un hôtel au sens classique du terme. »

Pendant près de deux ans, le couple, attentif à chaque détail, observe le travail sur le terrain. « Nous avons rencontré des maîtres artisans qui nous ont fait découvrir leurs métiers : le zellige, le gebs sculpté, le tadelakt, la ferronnerie, la pierre, le bois, les plafonds peints… Le projet s’est construit avec eux. »

Trois bâtiments et trois univers

Beit al-Noor, baptisé ainsi en raison de la lumière qui baigne l’ensemble, n’est pas un riad constitué autour d’un seul patio. Le palais fait environ 1 700 m² et réunit trois bâtiments : une médersa du XVIIIe siècle, une maison berbère et une douheria. Ces trois parties communiquent entre elles, mais chacune conserve sa personnalité.

« La médersa est évidemment très particulière pour nous. C’était historiquement un lieu d’apprentissage et de transmission, et elle est devenue, d’une certaine manière, le cœur du palais. En passant de la médersa à la maison berbère, puis à la douheria, on découvre différentes expressions de l’architecture marocaine tout en restant dans une seule maison. C’est cette disproportion que j’aime. Un lieu très vaste avec finalement très peu de chambres. Cela nous permet de préserver l’impression d’être dans une maison plutôt que dans un hôtel », souligne Nicolas.

Le Liban y a trouvé sa place, presque naturellement. « J’aime parler d’un souffle libanais », dit-il. Ce souffle se retrouve dans certaines portes de chambre inspirées des maisons libanaises, quelques éléments de ferronnerie et certains revêtements muraux. Le mobilier a également été dessiné avec des références au design libanais des années 1920 et 1930.

« Nous avons travaillé avec Mia Derbas, une architecte d’intérieur libanaise, justement parce qu’elle comprenait cet équilibre. Elle savait que nous ne voulions pas imposer le Liban au Maroc, mais simplement laisser apparaître quelques traces de notre histoire au milieu d’une maison fondamentalement marocaine. »

Chaque chambre porte le nom d’une personnalité de la culture libanaise : Feyrouz, Khalil Gibran, Saïd Akl, Majida el-Roumi, Sabah, Zaki Nassif, les frères Rahbani, Salwa al-Katrib, Nasri Shamseddine, Wadih el-Safi, Melhem Barakat… « Pour nous, c’était une autre manière de transmettre. »

Aujourd’hui, le couple rentre au Liban, malgré tous les traumatismes. « Mais une partie de nous restera à Marrakech », avouent-ils.

« C’est peut-être cela, finalement, Beit al-Noor : une maison marocaine avec un souffle libanais, née d’une période sombre et construite autour d’une idée très simple, celle de la lumière. »



Il a des yeux verts illuminés, un sourire à fossettes qui jaillit au détour d’un souvenir. Phrases, proverbes, histoires, anecdotes et dictons de son père ressurgissent spontanément, dans une forme d’impatience. Elle est retenue, posée, cartésienne, rigoureuse. Son sourire est prudent, intérieur.Ensemble, ils forment depuis six ans un parfait duo, dans la vie comme au travail.« Nous pouvons passer 24 heures sur 24 ensemble… Nos amis nous envient ! » s’exclament Nicolas Delsuc et sa femme, Joëlle Dagher. « Il fait la cuisine, moi, la vaisselle ! » dit-elle en souriant.Deux profils totalement différents, deux caractères et deux parcours distincts, mais une complémentarité qui les a « enfin », diront-ils, menés à ce projet commun : un établissement hôtelier à Marrakech. Une maison du XVIIIe siècle...
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