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Des explosifs, le Hezbollah... et un État qui se dérobe


Un accident de la route. Voilà tout ce qui a séparé des centaines de kilos d’explosifs de leur destination : Beyrouth.
Selon une version qui reste à confirmer, le véhicule, chargé de 250 kilos de TNT et de 250 kilos de C4, aurait franchi sans encombre le barrage de Dahr el-Baïdar. C’est un banal accident, un peu plus loin, qui aurait trahi la cargaison. Une malchance qui aurait empêché les explosifs de poursuivre tranquillement leur chemin.

Combien d’autres cargaisons sont-elles passées sans croiser ni accident ni gendarme ? On n’attrape pas un contrebandier à son premier voyage, et les soupçons sur les circuits clandestins, drones et armes compris, ne datent pas d’hier. Sans oublier les quelque 200 millions de dollars que le Hezbollah aurait récemment reçus de l’Iran et dont les modalités de transfert restent à établir. Rien ne prouve de lien avec les explosifs, bien sûr. Mais la coincidence du timing est trop criante pour qu’on passe outre.

Aujourd’hui, l’essentiel n’est plus la découverte, mais ce qu’on en fera. Les deux interpellés, membres du Hezbollah, seront-ils jugés comme n’importe quel Libanais ? Ou nous resservira-t-on une libération inexplicable et une sanction dérisoire ? On se souvient bien du camion d’armes de Kahalé, puis du silence sur le sort des armes saisies... Sauf que, cette fois-ci, c’est l’État lui-même qui joue sa crédibilité. Aujourd’hui, le Hezbollah, ou du moins sa branche militaire, est déclaré illégal. Impossible donc, désormais, pour l’État de proclamer son autorité en théorie tout en tolérant, dans les faits, des circuits qui lui échappent.

Dahr el-Baïdar est un test grandeur nature. Et il intervient à un moment où le temps joue dangereusement contre Beyrouth. Selon plusieurs sources, des messages seraient parvenus au Liban : si le Hezbollah se lance dans une nouvelle guerre aux côtés de l’Iran, la riposte israélienne pourrait être particulièrement violente. Pire, Israël tiendrait l’État libanais lui-même pour responsable de chaque missile tiré, faute d’avoir désarmé le mouvement.

Le calendrier n’aide pas. Les négociations militaires de Tampa pourraient être repoussées après les élections israéliennes, voire après les élections américaines de mi-mandat. En attendant, les frappes reprennent, la région bouillonne, et Benjamin Netanyahu pourrait trouver dans une nouvelle confrontation le prétexte idéal pour un retour triomphal.

À quel degré de péril faudra-t-il donc parvenir pour que les gardiens de la République cessent de confondre prudence et capitulation ? Faudra-t-il attendre l’irréparable ? Car à ce stade, l’inaction prend des allures de mépris envers une population à laquelle on demande de croire encore à la renaissance d’un Liban nouveau. Et de légèreté vis-à-vis d’une communauté internationale qu’il supplie de protéger son territoire tout en laissant sans réponse des questions aussi lourdes sur des armes qui lui échappent.

Cette affaire – une affaire de trop – dépasse de loin une voiture, deux suspects et quelques centaines de kilos d’explosifs. Elle pose une question : l’État libanais est-il capable de faire appliquer ses propres décisions ?

Le hasard a parlé une fois. Il ne parlera pas deux fois.

Un accident de la route. Voilà tout ce qui a séparé des centaines de kilos d’explosifs de leur destination : Beyrouth.Selon une version qui reste à confirmer, le véhicule, chargé de 250 kilos de TNT et de 250 kilos de C4, aurait franchi sans encombre le barrage de Dahr el-Baïdar. C’est un banal accident, un peu plus loin, qui aurait trahi la cargaison. Une malchance qui aurait empêché les explosifs de poursuivre tranquillement leur chemin.Combien d’autres cargaisons sont-elles passées sans croiser ni accident ni gendarme ? On n’attrape pas un contrebandier à son premier voyage, et les soupçons sur les circuits clandestins, drones et armes compris, ne datent pas d’hier. Sans oublier les quelque 200 millions de dollars que le Hezbollah aurait récemment reçus de l’Iran et dont les modalités de transfert restent à...
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