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MBS au piège de sa propre impuissance


La scène risque de le hanter pendant un bon moment. Les attaques menées par les houthis contre l’aéroport de Riyad, qui ont fait au moins 14 morts et plus de 310 blessés ce week-end, sont le symbole le plus frappant de l’année cauchemardesque qu’est en train de vivre le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane.
Il rêvait de construire la nouvelle Europe : il se retrouve rattrapé par une réalité géopolitique et géographique sur laquelle il ne semble avoir aucune prise, malgré tous ses pétrodollars.
Attaqué directement par l’Iran, par les milices irakiennes et désormais par les houthis, le royaume est sous le feu d’un voisin sans foi ni loi qui compromet toutes ses ambitions et qui le met face à un choix impossible : une guerre que Riyad ne peut pas gagner ou un accord de soumission à Téhéran.
Les stratèges saoudiens peuvent tenter de rassurer leurs interlocuteurs en mettant en avant leur politique de diversification des alliances et la prise de conscience d’une évidence : la sécurité du royaume ne peut dépendre indéfiniment de puissances étrangères. L’Arabie saoudite va se rapprocher de la Turquie, du Pakistan, de plusieurs pays européens, de la Chine, tout en essayant de renforcer ses liens avec les États-Unis et avec Israël. Surtout, elle va mieux préparer et entraîner son armée.
Mais même à supposer que cette stratégie porte ses fruits, elle va prendre des années. Or, Riyad n’a pas le temps. Il ne peut pas se permettre de rester sous le feu iranien pendant des années. Il en va de sa stabilité, de sa diversification économique, mais aussi de sa crédibilité en tant que puissance incontournable dans la région.
Mais comment continuer de prétendre à ce statut quand on est à ce point dénué de hard power ? Le royaume a découvert que le parapluie américain était troué et qu’il ne faisait pas bon vivre sans être une puissance militaire dans une région qui compte autant de prédateurs. Il est piégé par sa propre impuissance.
L’Arabie fait face à une urgence immédiate. Comment venir à bout des houthis que le royaume n’a pas réussi à mater malgré plus de sept ans d’interventionnisme musclé ? Qui va aller les déloger ? Qui va s’assurer qu’ils ne soient pas ensuite en capacité de reconstituer leurs forces et de mener une nouvelle offensive dans quelques mois ou quelques années ?
L’armée yéménite a montré toutes ses lacunes. L’armée saoudienne n’est pas taillée pour ce genre de mission. Et même d’éventuels renforts extérieurs, syriens ou pakistanais, ne peuvent pas à eux seuls compenser ce déficit.
Plus l’Arabie sera déterminée à en finir avec la menace houthie, plus elle subira, au moins dans un premier temps, la réalité de cette menace sur son propre sol, comme l’ont démontré les derniers événements de ce week-end. Les houthis ne se laisseront pas éliminer sans réagir et vont utiliser tous les moyens disponibles pour rendre cette guerre la plus coûteuse possible pour Riyad. Ce dernier peut-il accepter de subir cela pendant des semaines, et probablement des mois ?
Et dans le même temps, quelle est l’alternative ? Comment imaginer que le royaume puisse retourner à la table des négociations avec un acteur qui a tant de fois prouvé par le passé sa volonté de dominer coûte que coûte le Yémen par la force des armes ? Et comment croire qu’un accord suffirait à garantir que la menace ne resurgisse pas à la première occasion ?
Les houthis ne sont que l’épine la plus visible d’un problème bien plus profond. Ils conservent probablement une part d’autonomie vis-à-vis de leur parrain iranien et les spécificités propres au contexte yéménite sont essentielles à la compréhension du mouvement. Mais ils n’auraient jamais pu constituer une telle menace sans le soutien de Téhéran.
Or, la guerre lancée par Israël et par les États-Unis a rappelé au royaume à quel point il était illusoire d’espérer bâtir un avenir stable et prospère avec un voisin prêt à mettre le Golfe à feu et à sang pour que son régime survive. Mais elle a en plus attisé l’appétit iranien. Face à des voisins bien trop fragiles et trop peu enclins à subir le coût de la guerre, la République islamique veut s’imposer comme le seul maître de la région.
Soit l’Arabie, et les autres pays du Golfe, acceptent le diktat iranien afin de retrouver un semblant de stabilité. Soit ils acceptent de payer le prix fort dans une nouvelle guerre dont ils ne maîtriseront aucun des paramètres.
Soit ils se jettent dans la gueule du loup iranien. Soit dans celle du loup israélien. Le premier les bombarde sans vergogne. Le second leur propose de l’aide et ils n’ont jamais eu de conflit direct avec lui. Mais le premier est un voisin proche avec lequel le Golfe devra finir par trouver un modus vivendi, indépendamment du régime en place. Et le second est un acteur qui participe largement à la déstabilisation du Machreq, ce que le Golfe, Arabie en tête, ne peut ignorer.
Plus l’Iran va poursuivre ses attaques contre l’Arabie, plus Riyad sera tenté de se rapprocher d’Israël et d’oublier la question palestinienne. Plus il sera également convaincu que le seul moyen de retrouver une stabilité durable est d’en finir avec le régime iranien. Mais comment ? À quel prix ? Et quid de l’après ? Riyad n’a aucun début de réponse à ses questions. C’est là que se révèle toute son impasse stratégique.
Il y a le feu dans la maison Saoud. Et personne, à part la République islamique et ses alliés, ne devrait se réjouir de cette situation, tant la stabilité de la région est liée à celle du royaume.

La scène risque de le hanter pendant un bon moment. Les attaques menées par les houthis contre l’aéroport de Riyad, qui ont fait au moins 14 morts et plus de 310 blessés ce week-end, sont le symbole le plus frappant de l’année cauchemardesque qu’est en train de vivre le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane.Il rêvait de construire la nouvelle Europe : il se retrouve rattrapé par une réalité géopolitique et géographique sur laquelle il ne semble avoir aucune prise, malgré tous ses pétrodollars.Attaqué directement par l’Iran, par les milices irakiennes et désormais par les houthis, le royaume est sous le feu d’un voisin sans foi ni loi qui compromet toutes ses ambitions et qui le met face à un choix impossible : une guerre que Riyad ne peut pas gagner ou un accord de soumission à Téhéran.Les stratèges...
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