
Chère lectrice, cher lecteur,
La guerre ne détruit pas seulement les bâtiments en sus de voler des vies. Elle emporte aussi les souvenirs, les traditions, les parfums, l'insouciance...
Avec la reprise de la guerre entre Israël et le Liban, le 2 mars dernier, le Liban-Sud est de nouveau dans la tourmente. Dans une large bande frontalière, l’armée israélienne a relancé ses opérations massives de dynamitage dans des dizaines de villages.
Mais la destruction de ces dizaines de villages ne se résume pas à la disparition de bâtiments.
Dynamiter un village, c’est détruire un patrimoine parfois centenaire, mais aussi effacer des traditions, une mémoire — celle de familles entières, sur plusieurs générations. Ces villages, ce sont les retrouvailles en été pour des familles dispersées aux quatre coins du monde. Ce sont des gestes et des visages : le sourire d’une mère, la tombe d’une grand-mère, le zaatar qui pousse dans le jardin, le café partagé avec les voisines.
Parce que ces villages du Sud représentent bien plus que des noms sur une carte, nous avons demandé à des habitants de partager avec nous la vie qui s’y passait, avant les bombes.
« Deir Seriane, c'est le café, au soleil, pendant que mes petits-enfants faisaient du vélo » se souvient Ali Ibrahim, 68 ans ; « Naqoura, c’était le paradis sur terre… » raconte Zeinab Mahdi, 50 ans ; « S’il fallait que je décrive Majdel Selm en un mot, ce serait ‘maman’ » explique Yana, 25 ans ; « Pourvu que les Israéliens ne détruisent pas les tombes de mes parents à Chamaa », s’inquiète Salma, 61 ans.
Ces histoires, et bien d’autres, sont rassemblées dans notre dossier spécial : Ce que les villages du Liban-Sud, détruits par Israël, représentent pour ceux qui en sont originaires.
L'Orient-Le Jour
Dossier : Ce que les villages du Liban-Sud, détruits par Israël, représentent pour ceux qui en sont originaires



« Ma terre, à Beit Lif, me manque. Mon cheval aussi »

Situé à 3,5 kilomètres de la frontière israélienne, Beit Lif, village de la caza de Bint Jbeil, se trouve dans la « zone tampon » définie par Israël et continuait de subir des destructions, après le cessez-le-feu. Pour ses habitants, qui aujourd’hui ne peuvent y revenir, Beit Lif c’est avant tout un lieu de solidarité, riche d’une nature exceptionnelle. L’Orient-Le Jour a recueilli le témoignage de Moustafa Ibrahim al-Sayid, 50 ans, agriculteur à Beit Lif et déplacé à Tyr depuis le 2 mars.

« Le Liban est mon pays, mais Meis el-Jabal est ma terre »

Courant avril, l’armée israélienne a mené des opérations de démolition avancée à Meis el-Jabal, localité située à moins d’un kilomètre de la frontière. Déjà lors de la guerre de 2024, les données collectées par L’Orient-Le Jour montraient que ce village faisait partie des plus ciblés par l’armée israélienne au Liban-Sud. Aujourd’hui les habitants qui ont dû fuir craignent de ne plus pouvoir rentrer chez eux. L’Orient-Le Jour a recueilli le témoignage de Al-Abde Bourji, infirmière de 39 ans qui a dû fuir Meis el-Jabal au premier jour de la guerre.

Paroles d’habitants de villages du Liban-Sud désormais dans la « zone tampon » israélienne

Alors qu’ils étaient déjà sous le feu israélien depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars dernier, des dizaines de villages sont désormais totalement inaccessibles aux civils. Le 19 avril, Israël a officialisé la mise en place d’une « ligne jaune » qui délimite la frontière d’une zone tampon - qualifiée par Tel Aviv de « ligne de défense avancée » - s’étendant sur des centaines de kilomètres carrés. Zeina Antonios donne la parole aux personnes originaires de ces villages du Liban-Sud.

« Pourvu que les Israéliens ne détruisent pas les tombes de mes parents à Chamaa »

Village de la caza de Tyr, situé à cinq kilomètres de la frontière, Chamaa a été bombardée a de multiples reprises lors des guerres qui ont suivi le retrait israélien du Liban-Sud en 2000. Depuis la reprise de la guerre le 2 mars 2026, ce village est régulièrement visé par l’armée israélienne : la citadelle a de nouveau été touchée ainsi que le sanctuaire chiite attribué au prophète Chmoun as-Safa. L’Orient-Le Jour a recueilli le témoignage de Salma, 61 ans, originaire de Chamaa où reposent également ses parents.

« Deir Seriane, c'est le café, au soleil, pendant que mes petits-enfants faisaient du vélo »

Deir Seriane, village situé à six kilomètres de la frontière israélienne, a été évacué dès les premiers jours de la guerre qui a débuté le 2 mars 2026. Selon des images satellites datant du 13 avril, près de 60% des habitations de la localité du Liban-Sud sont complètement rasées après des dynamitages opérés par l’armée israélienne. L’Orient-Le Jour a recueilli le témoignage d'Ali Ibrahim, 68 ans, agriculteur et mokhtar de Deir Seriane, pour qui ce village représentait tout.

« S’il fallait que je décrive Majdel Selm en un mot, ce serait ‘maman’ »

Majdel Selm, village du Liban-Sud situé à un peu moins de six kilomètres de la frontière israélienne, est la cible régulière de raids et de bombardements israéliens qui engendrent de lourdes destructions. Mais pour ses habitants, et ceux qui en sont originaires, ce village, situé dans le caza de Bint Jbeil, était avant tout le lieu des retrouvailles. L’Orient-Le Jour a recueilli le témoignage de Yana, 25 ans, qui vit à Paris et pour qui Majdel Selm est à la fois le village maternel, celui de ses grands-parents et des étés en famille.

« Naqoura, c’était le paradis sur terre… »

Situé sur le littoral, à trois kilomètres de la frontière israélienne, Naqoura, qui abrite aussi le QG de la Finul, est une position stratégique. Dans les jours qui ont précédé le cessez-le-feu, entré en vigueur le 17 avril à minuit, l'armée israélienne y a procédé à de vastes opérations de destruction et de dynamitage de maisons. Dans ce contexte difficile, certains habitants se souviennent des beaux jours, comme Zeinab Mahdi, 50 ans, agricultrice de Naqoura, déplacée à Tyr depuis la guerre de 2024.

« C’est difficile de penser que la maison où j'ai grandi, à Qantara, va être détruite »

Considéré comme conquis par Israël assez tôt lors de la guerre ouverte début mars, le village de Qantara, dans le caza de Marjeyoun, a été très lourdement endommagé par les combats. Depuis l'entrée en vigueur de la trêve entre Tel Aviv et le Liban, le 17 avril dernier, l'armée israélienne a procédé à de nouvelles démolitions dans Qantara. Si aujourd'hui le village est vide, les Libanais qui en sont originaires se souviennent d'un village accueillant, vert et paisible comme Jalal Mohsen, 48 ans, menuisier.

« Ce que je préférais dans ma maison de Khiam, c'est le jardin »

Le 7 avril dernier, l'armée israélienne affirmait contrôler la ville stratégique de Khiam, qui se trouve à quelque six kilomètres de la frontière. Mais des combats continuent d'y opposer le Hezbollah aux soldats israéliens, qui tentent toujours d'y consolider leur présence. La guerre avec Israël est intimement liée à l'histoire de Khiam. Mais cette localité est aussi, pour ses habitants, un havre de paix. L’Orient-Le Jour a recueilli le témoignage de Hassan Sayyed Ali, 63 ans, revenu à Khiam après une vie passée à l’étranger.

« Taybé, c’est le village de mon enfance, des beaux souvenirs, des retrouvailles en famille »

Taybé, village important du Liban-Sud dans la caza de Marjeyoun, peut être considéré comme occupé par Israël, qui procède à d’importantes destructions notamment par dynamitage. Le Hezbollah revendique aussi régulièrement des attaques, avec des roquettes ou encore des drones kamikazes, contre les soldats israéliens qui y sont postés et semblent mener depuis ce village, situé à trois kilomètres de la frontière, des avancées vers les localités périphériques. Mais derrière tout ce vocable militaire, Taybé est bien autre chose aux yeux de ses habitants, comme pour Riham Choumar, 36 ans, qui est née et a grandi à Taybé.

« À Markaba, nous vivions au paradis. Nous avons compris cela quand nous l’avons perdu »

Situé à un kilomètre et demi de la frontière israélienne, Markaba a subi toutes les guerres. Si celle-ci fait partie de la vie des habitants de cette localité de la caza de Marjeyoun, quasiment collée à la frontière israélienne, leur village ne se limite pas à cela, loin de là. Markaba reste un paradis pour Abdelmajid Zaraket, 80 ans, professeur de littérature arabe à l’Université libanaise, né à Markaba et déplacé à Beyrouth depuis septembre 2023.


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